Quand Kévin Bossuet couvre les agressions antisémites massives de l'extrême-droite

Décryptage d'un mensonge symptomatique de la tactique des suprémacistes, et de l'articulation de leur propagande islamophobe et antisémite.

Manif antinazie à Salzhemmendorf en 2015 © 7 sur 7.be Manif antinazie à Salzhemmendorf en 2015 © 7 sur 7.be

Ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan des mensonges sur lesquels les suprémacistes assoient leur hégémonie culturelle en Europe. Ce n'est qu'un tweet parmi les milliers de tweets quotidiens propageant contre-vérités et manipulations. Il est pourtant digne d'être relevé tant il est symptomatique de cette pratique politique que l'extrême-droite identitaire érige en arme idéologique de masse – avec la complicité de plus en plus grande de tout l'éventail des réactionnaires républicain-es.

Kévin Bossuet est un militant identitaire, suprémaciste, qui contribue à Valeurs Actuelles ou Sud Radio, deux vecteurs de la banalisation des idées d'extrême-droite. Samedi soir, il relaie un article du Parisien intitulé « Allemagne : face à l’antisémitisme, les juifs priés d’éviter de porter la kippa ».

Le papier reprend les déclarations du commissaire du gouvernement allemand en charge de la lutte contre l’antisémitisme, Félix Klein : « Je ne peux pas conseiller aux juifs de porter la kippa partout tout le temps en Allemagne ». Cette déclaration fait suite à l'augmentation d'actes criminels à caractère antisémite recensés par le ministère de l'Intérieur du Bund : + 20 % l'an dernier. L'article reprend les données ministérielles : « les auteurs de délits à caractère antisémite étaient à une écrasante majorité (90 %) issus des milieux de l’extrême droite. »

Kévin Bossuet relaie l'article avec le commentaire suivant : « Quelle honte ! Non, je suis désolé, ce n'est pas aux #juifs de ne pas porter la #kippa, mais à ceux que cela gêne de quitter l'#Allemagne, et plus largement l'#Europe. Il est temps d'en finir avec l'#islamisme qui constitue une vraie menace pour notre civilisation. »

 

Quand on relaie un article sur Twitter, seuls le titre et parfois le chapeau apparaissent. Une étude avait montré qu'en 2016, 6 personnes sur 10 relayaient un article sans l'avoir lu, en se contentant du titre. Professeur d'histoire, et donc à ce titre formé à ces questions dans le cadre de l'Enseignement Moral et Civique, Kévin Bossuet ne peut ignorer un tel phénomène – sur lequel se joue une bonne part du travail de sape idéologique de l'extrême-droite sur les réseaux sociaux. Il faut garder cela en tête quand on analyse le mensonge qu'il opère sur le contenu de l'article et qui lui permet de couvrir les auteurs réels des agressions antisémites en Allemagne : des gens d'extrême-droite, l'équivalent allemand du lectorat et des allié-es de Kévin Bossuet.

Une telle manipulation est évidemment xénophobe et islamophobe, puisqu'elle attribue de façon mensongère des pratiques délictueuses ou criminelles aux étrangers et aux « islamistes ». Que la menace sur « notre civilisation », celle de cette extrême-droite banche fanatasmée par les Kévin Bossuet d'Europe, doit être inexistante pour qu'il ait besoin de mentir ainsi pour faire croire qu'elle est en danger ! Mais cette manipulation est aussi antisémite, puisqu'en couvrant les responsables réels des agressions, Kévin Bossuet les relativise, participe à leur impunité, à leur perpétuation.

 

[MAJ à 19 h 13] Quelques minutes après que son mensonge a été éventé, l'intéressé plaide la bonne foi : il aurait lu l'article trop vite, et nous dit que l'antisémitisme, c'est mal et qu'il faut le combattre où qu'il soit, alors son "erreur" n'est pas si grave. Tâchons de ne pas rire.

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