Laurent Bouvet et les collusions avec le FN

En accusant Danièle Obono de complaisance envers Marine Le Pen, Laurent Bouvet déforme comme à son habitude les faits, cautionne la stratégie de la dirigeante du FN et « oublie » les collusions de l'extrême-droite et du Printemps républicain dès lors qu'il s'agit de s'en prendre à l'antiracisme politique et aux musulman-es.

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Le 25 juillet, Danièle Obono s'adresse aux journalistes après une réunion de la commission des lois, transformée en commission d'enquête sur l'affaire Benalla. Elle invite les députées des oppositions à la rejoindre pour exprimer leur colère face au blocage opéré par la présidente de la commission, Yaël Braun-Pivet.

Marine Le Pen, non invitée, s'immisce. Le cadrage d'une vidéo donne l'impression que Danièle Obono ne s'est adressée qu'à la présidente du Front national. La République en Marche s'empare de ces images tronquées pour accuser la députée France Insoumise de collusion avec le FN.

La réalité est toute autre comme le rappelle cet article du Huffington Post montrant la scène sous un autre angle. Marine Le Pen n'était pas invitée, et les parlementaires de l'opposition, dont Danièle Obono, s'éloigne d'elle après sa tentative réussie, et adoubée par la République en Marche, de s'incruster.

Plusieurs personnalités se sont excusées d'avoir relayé la campagne de diffamation lancée par la République en marche :

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L'universitaire et co-fondateur du Printemps républicain Laurent Bouvet a effacé son tweet où il écrivait : « Scène proprement hallucinante où la députée de la France Insoumise invite Marine Le Pen à la rejoindre pour s'adresser à la presse »

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Mais bien loin de s'excuser, il maintient ses accusations en relayant ce tweet :

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Il enfonce le clou :

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En déformant ainsi les faits, en refusant de prendre en compte le démenti de Danièle Obono, et la deuxième vidéo qu'il fait mentir, Laurent Bouvet sanctionne et cautionne la stratégie de Marine Le Pen, et lui ouvre un boulevard pour sa communication. Il suffit donc à la dirigeante du Front national de s'imposer dans un événement pour que le fondateur du Printemps républicain lui assure sa communication sans prendre en compte les autres versions.

Au reste, même si la version de Bouvet tenait, il lui resterait à éclaircir une étrange contradiction. Le défenseur de l'universalisme avait tenu un tout autre discours en février 2018 quand Julien Dray avait donné un entretien à un magazine tenu par des proches de Marion Maréchal (Le Pen). Il avait alors déclaré : « La gauche a besoin de pluralisme et non de censure moralisatrice », comme l'a rappelé ce compte twitter :

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Quand Dray collabore volontairement avec l'extrême-droite, Bouvet invoque un pluralisme. Quand Obono se fait piéger, ce pluralisme ne peut plus être pris en compte et Bouvet tombe dans la "censure moralisatrice". Selon que vous serez un homme blanc ou une femme noire, « l'universaliste » vous traitera différemment.

Les attaques infondées de Bouvet contre la députée de la France Insoumise masquent par ailleurs où se situait à l'Assemblée nationale la véritable collusion avec le FN. La loi Asile et Immigration était alors débattue et a été adoptée en deuxième lecture le jeudi soir. Elle n'empêche pas l'enfermement de mineur-es, complique les demandes d'asile et les recours, supprime le droit du sol, donc l'unité de la République, à Mayotte.

Cette loi a très largement été approuvée par le Front national (voir par exemple cet article de Regards). La remise en cause du droit du sol en est une mesure phare depuis sa création. En Marche va dans ce sens, Laurent Bouvet se tait et fait écran de fumée sur ce scandale remettant en cause l'engagement de campagne de « faire barrage » en prenant Danièle Obono pour cible - cette députée qui, elle, n'a pas ménagé ses efforts pour contrer cette loi raciste. Il est donc plus important à ses yeux de relayer une imposture du Front national en la tenant pour vraie que de dénoncer l'enfermement de bébés ou la suppression du droit du sol. Qui est complice du FN ?

Dans les faits, l'extrême-droite et le Printemps républicain se rejoignent dans des attaques ciblant des militantEs de l'antiracisme politique ou des femmes racisées prenant publiquement la parole. Camp d'été décolonial, collectif Mwasi, colloques universitaires, Lallab, Sud Education 93, Mennel Ibtissem, Maryam Pougetoux, Rokhaya Diallo, etc. : à chaque fois, la conjonction de l'extrême-droite et du Printemps républicain est patente.

La convergence est parfois au mot près, comme le montrent ces deux tweets dénonçant dans les mêmes termes (« c'est une blague »!) et avec les mêmes arguments (un financement public) un colloque organisé par le CCIF et le Cercle des enseignant-es laïques à Dijon. L'un est de Pierre Sautarel, responsable du site Fdesouche, l'autre d'un sympathisant du Printemps républicain, celui-là même que Bouvet relaie quand il s'agit d'Obono :


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On retrouve cette collusion à chaque polémique publique créée par le Printemps républicain. Prenons l'exemple du stage antiraciste organisé par Sud Éducation 93. Ce n'est qu'un mois après sa publication le 18 octobre, qu'il provoque le scandale qu'on connait par des tweets du secrétaire général du Printemps républicain le samedi 18 novembre, puis  de Fdesouche, et enfin de la Licra. Le lundi 20 novembre, le Printemps républicain envoie avec la Licra et deux autres organisations une lettre au ministre de l’Éducation nationale demandant en des termes choisis (car il faut paraître défendre la liberté...) des sanctions contre le syndicat. Le lendemain, Jean-Michel Blanquer annonce à l'Assemblée nationale qu'il porte plainte contre Sud Education 93. Il est applaudi par les députés de la majorité, de la gauche (y compris de FI, d'ailleurs...) à l'initiative de... Marine Le Pen. Etonnamment, Laurent Bouvet n'a pas pensé à dénoncer cette union sacrée avec le FN contre les libertés syndicales. Il l'a au contraire anticipé en exigeant des sanctions contre le syndicat.

Il n'a pas pensé à dénoncer le racisme qui s'exerçait partout. Le même week-end où Printemps républicain, la Licra et Fdesouche convergeaient contre Sud Education 93, l'ancien ministre Luc Ferry associait l'origine des élèves et l'échec scolaire en des termes qu'il reprenait à son assistant : « Si on supprimait les 15% de quartiers pourris qu'il y a en France, avec des établissements dans lesquels il y a 98 nationalités et où on n'arrive pas à faire cours, et bien nous serions classés numéros 1 dans Pisa ». Silence de Bouvet. Et pendant que le Printemps républicain braquait les projecteurs sur un syndicat enseignant antiraciste, il laissait faire un groupe d'identitaires avides de déposer une manifestation à Paris cette même semaine. C'est bien à la seule extrême-gauche antifasciste, celle que Bouvet conspue, qu'on doit l'annulation par la préfecture de la manifestation raciste.

Qui est complice du racisme ? Qui banalise les idées du FN et de l'extrême-droite ? Qui s'allie objectivement avec les suprémacistes blanc-hes et les identitaires pour que les débats sur le racisme en France n'aient pas lieu avec les premiErEs concernéEs ? Qui théorise « l'insécurité culturelle » qui n'est qu'un vernis de pseudo-respectabilité pour cautionner la peur d'un Grand Remplacement ?

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