Impasse Printemps républicain (1)

Il y a un an, le Printemps républicain se transformait en parti en s'alliant avec des responsables de droite, Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand. Avec quel bilan ? Premier volet d'une série.

Échecs électoraux

Constitué en parti à l'automne 2019, le Printemps républicain n'a pas présenté de listes aux municipales. Le président Amine El Khatmi n'a pas été retenu comme candidat sur une des listes à Avignon. Le parti s'est contenté de parrainer une poignée de candidat·es, moyennant l'adhésion à une charte. La quasi totalité de ces personnes a connu des échecs cuisants. Ce fut le cas de Frédérique Calandra, maire sortante du vingtième arrondissement parisien, que le PS a refusé de mandater, et qui s'est réfugiée à En Marche. Elle a obtenu 9,23 % des voix au second tour. Pierre Liscia, dans le dix-neuvième arrondissement, n'est pas allé jusqu'au deuxième tour, éliminé dès mars avec moins de 2,5 % de suffrages. Ces échecs en rappellent un autre : celui de Manuel Valls, qui n'a pas franchi la première étape des primaires pour la présidentielle, et n'est arrivé que quatrième. Il avait été soutenu par la plupart des responsables du Printemps républicain. Gilles Clavreul avait transgressé le devoir de neutralité que lui imposait sa fonction de préfet pour appeler à voter pour lui.

Les idées et méthode du Printemps républicain ne séduisent donc pas l'électorat. Cela n'empêche pas ses représentants de continuer à donner des leçons en stratégie électorale :

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Exposition médiatique

Le Printemps républicain bénéficie d'une couverture médiatique importante dans des médias de droite et d'extrême-droite. Le Figaro ou Cnews, notamment, ouvrent leur colonne et leurs plateaux aux cofondateurs et au président du mouvement. Gilles Clavreul et Laurent Bouvet bénéficient d'une tribune ou d'une interview quasi-mensuelle dans le journal de Dassault. Depuis début octobre, Amine El Khatmi a été invité une dizaine de fois à l'émission Punchline de la chaîne de Vincent Bolloré. Cette exposition médiatique s'apparente à une véritable tribune. Mouvement s'affichant comme d'abord « de gauche », puis présenté le 1er décembre 2019 comme dépassant ces clivages, le Printemps républicain défend donc des idées qui plaisent avant tout aux médias de droite et de droite extrême. Il s'agit là d'une possible explication à la surexposition médiatique de ce mouvement dans ces médias, surexposition étrange si on pense au faible nombre d'adhérent·es, et à la faible représentativité qu'ont prouvée les échecs électoraux.

La parole médiatique se concentre sur un petit nombre de personnes, exclusivement des hommes. Le président semble être le seul à représenter le parti sur les plateaux télévisés. Le tweet épinglé sur le compte du Printemps républicain ne renvoie pas à un projet collectif, un manifeste, mais au seul livre d'Amine El Khatmi. Tout cela renforce l'idée d'un parti restreint, qui ne sait pas travailler collectivement, et qui semble orienté sur une seule trajectoire personnelle.

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Cela brouille la perception d'un projet global du Printemps républicain pour la gauche et pour la société, d'autant que les positions d'Amine El Khatmi ont radicalement changé au cours de la décennie sur tous les sujets sur lesquels le Printemps républicain a une position forte : la laïcité, l'islamophobie, l'antiracisme politique, etc. C'est ce projet confus, qui défend une laïcité affaiblie et contraire à la loi de 1905, ou encore un universalisme à géométrie variable, que j'analyserai dans le prochain volet.

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