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Billet de blog 2 janvier 2026

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IRAN : L’insurrection gagne le pays, entre affrontements urbains et guerre numérique

Depuis le 1er janvier, le mouvement de contestation, initialement porté par la détresse économique des commerçants du bazar, a muté en un soulèvement politique frontal. Les deux derniers jours marquent un tournant radical dans les modes d'action des manifestants, qui prennent désormais pour cibles les symboles institutionnels et répressifs du pouvoir à travers tout le pays.

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L'année 2026 s'ouvre en Iran sur une insurrection d'une intensité rare.

À Téhéran, le cœur de la contestation bat dans le Grand Bazar et autour des pôles universitaires. Les commerçants maintiennent une grève massive, baissant leurs rideaux de fer pour paralyser l'économie locale tandis que des cortèges improvisés serpentent dans les allées. La jeunesse étudiante a pris le relais dans les rues adjacentes, notamment autour de l'université de Téhéran. Les manifestants y utilisent des tactiques de mobilité rapide pour échapper aux encerclements, scandant des slogans exigeant la fin de la théocratie. Dans certains quartiers de la capitale, des barricades de fortune ont été érigées avec des bennes à ordures incendiées pour bloquer l'avancée des unités anti-émeutes.

L'escalade est encore plus marquée en province. À Fasa, dans la province du Fars, une foule a réussi à forcer les accès du gouvernorat, prenant d'assaut ce bâtiment administratif symbolique. Dans la ville de Lordegan, les manifestants ont fait face à des tirs à balles réelles alors qu'ils tentaient d'encercler des centres de la milice Basij. À Azna, dans la province du Lorestan, des manifestants ont renversé et incendié des véhicules de patrouille après en avoir extrait les agents. Dans d'autres localités comme Kouhdasht et Fuladshahr, des groupes utilisent des tactiques de guérilla urbaine, s'en prenant aux postes de police locaux avec des projectiles incendiaires. À Marvdasht, des manifestants ont été filmés en train d'arracher les portraits du Guide suprême des édifices publics, illustrant la rupture totale avec l'autorité centrale.

Face à ce chaos, le contrôle de l'information est devenu le principal champ de bataille technologique.

Pour entraver la coordination des rassemblements, les autorités ont instauré depuis le 1er janvier des "couvre-feux numériques" ciblés, coupant l'accès à l'internet mobile dans les zones de fortes tensions. La stratégie du régime s'appuie sur le Réseau National d'Information, une sorte d'intranet souverain qui permet de maintenir les services étatiques et bancaires tout en isolant la population du web mondial.

En réponse, les manifestants déploient des trésors d'ingéniosité pour briser ce siège numérique. L'usage de VPN de nouvelle génération et de réseaux maillés (mesh networks) fonctionnant via Bluetooth permet de s'échanger des points de rendez-vous sans connexion active. Par ailleurs, l'utilisation clandestine de terminaux satellites, bien que strictement interdite, se généralise dans les zones rurales et les quartiers périphériques, permettant d'envoyer les images des affrontements vers l'extérieur en temps réel. 

Dès juin 2025, lors d'une précédente vague de tensions, Elon Musk a publiquement confirmé sur le réseau social X que les "faisceaux" de Starlink étaient activés au-dessus du territoire iranien. Cette activation logicielle a été maintenue et renforcée pour répondre à la coupure quasi totale de l'internet terrestre décidée par le gouvernement iranien le 1er janvier 2026.

Cette guerre des communications est vitale pour le mouvement : elle permet de briser le sentiment d'isolement des villes de province et de maintenir une pression constante sur un pouvoir qui peine désormais à occulter l'ampleur de la révolte.

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