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Billet de blog 30 novembre 2025

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Saint-Ouen : l’homophobie s’invite dans la campagne, la gauche se trahit

Il est affligeant que, dans un camp politique qui se revendique de la justice sociale, de l’égalité et de l’ouverture, l’orientation sexuelle d’une candidate soit jugée comme un frein électoral. À travers cette affaire, c’est la gauche elle-même qui se neutralise, qui refuse le risque d’inclusion et de diversité.

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Sabrina Decanton

À Saint-Ouen, pour les municipales de 2026, c’est un tremblement : la cheffe de file de la liste des écologistes, Sabrina Decanton, annonce le 25 novembreson retrait de la campagne. Elle affirme avoir été la “cible d’homophobie” au sein de son propre camp. « Depuis plusieurs mois, je suis la cible d’homophobie », déclare-t-elle, expliquant que des « comportements et propos inacceptables », liés à son orientation sexuelle, l’ont poussée à abandonner la course.

Elle raconte qu’« en fait, dès le printemps, on a commencé à entendre ce discours voulant que ma candidature posait problème pour faire campagne dans les quartiers populaires ».  Selon certains membres du groupe local, son homosexualité serait « incompatible avec le soutien des quartiers populaires », une insulte en creux, une stigmatisation de quartiers entiers, et un rejet de ce qu’elle représente.

Dans ces conditions, poursuivre la campagne aurait été trahir ses propres valeurs. Elle explique qu’elle n’était plus prête à « compromettre [ses] valeurs et [son] intégrité ». Ce renoncement, loin d’être un acte anodin, révèle une blessure profonde, celle de l’auto-censure imposée par la peur, la pression sociale, et par la lâcheté d’un environnement supposé progressiste mais rattrapé par des clichés et des préjugés.

Il est affligeant que, dans un camp politique qui se revendique de la justice sociale, de l’égalité et de l’ouverture, l’orientation sexuelle d’une candidate soit jugée comme un frein électoral. À travers cette affaire, c’est la gauche elle-même qui se neutralise, qui refuse le risque d’inclusion et de diversité.

Mais il y a aussi des voix de soutien. Sur les réseaux sociaux, la secrétaire nationale du parti a dénoncé ces pratiques. « Jamais l’homophobie n’aura sa place dans notre mouvement. Notre diversité fait notre force, et prétendre l’inverse est contraire à nos valeurs », a affirmé Marine Tondelier, assurant que les instances disciplinaires avaient été saisies. Le maire socialiste de la ville, Karim Bouamrane, a lui aussi condamné fermement la logique qui voudrait faire de l’orientation sexuelle un critère de légitimité : « considérer que l’orientation sexuelle est un critère pour être candidate est inacceptable, scandaleux et choquant »

Mais ces condamnations, aussi nécessaires soient-elles, ne suffisent pas. Elles ne suppriment pas la douleur, le rejet, le gâchis humain. Elles ne réparent pas l’humiliation vécue par Sabrina Decanton, humiliée parce qu’elle osait être visible, audacieuse, différente.

Car ce qui s’est joué ici dépasse une simple rivalité politique. C’est une marque de mépris, un aveu : quand la gauche cède à l’homophobie, quand elle renonce à défendre la diversité en son sein, elle trahit elle-même ses principes. Elle choisit la facilité électorale sur la justice, la conformité sur le courage, le silence sur la dignité.

L’affaire Saint-Ouen doit servir d’électrochoc. Elle doit rappeler à toutes celles et ceux qui croient encore que la politique — de gauche comme de droite — peut être un espace de liberté, d’inclusion et de respect : rien ne sera jamais acquis. Chaque droit, chaque dignité, se gagne, se défend, aussi — et peut-être surtout — contre les lâchetés internes.

C’est un appel à la vigilance, un appel à l’intégrité. À la gauche, à ses représentants : qu’ils regardent cette histoire en face. Et qu’ils comprennent que la cohérence d’un projet politique commence par le respect de celles et ceux qui le portent, sans condition.

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