Sur l’Homme vacciné

Le vaccin apparait comme étant la lumière au bout du tunnel. Néanmoins, il faut ramener cette épreuve à l’échelle de l’Homme et à sa profonde assuétude aux jouissances de la consommation. L’homme a réussi à créer un passeport vaccinal avant de s’assurer de l’accès à tous à la vaccination. L’Homme se lance un défi, celui d’immuniser le monde et ne perd pas en chemin son appétence pour la domination.

À l’aune d’un rapport économiste au corps, le vaccin dans la société occidentale apparait comme étant la lumière au bout du tunnel. Aucune autre solution imposante n’a eu autant d’intérêt et d’investissement en 1 an. Toute la stratégie Européenne repose sur la capacité à se mobiliser financièrement pour se fournir en vaccin.

En France, rien n’a émergé du pays, lui qui ne compte pas moins de 65 lauréats au Nobel et du pays le plus démocratique au Monde.

Tant sur le progrès scientifique que sur l’intelligence sociale, chaque individu est voué aux mesures attentatoires régressives. Se résigner à regarder la nature offrir le spectacle du printemps depuis son balcon, c’est cela qui rassemble des millions d’hommes et de femmes pour la seconde année.

Bien sûr, face au manque d'aptitude et d'habileté stratégique des gouvernants, nous pourrions témoigner d’une certaine forme de mépris. Mais il faut aller au-delà, pousser plus loin nos points de vue vif, acérés et sensibles. Il faut ramener cette épreuve à l’échelle de l’Homme et à sa profonde assuétude aux jouissances de la consommation.

Bien que l’Homme se contemple d’aspirer à une vie meilleure, une société plus juste, plus proche de la nature, il semble espérer vivement revenir à ses habitus ; à l’image des publicitaires qui ne se projettent en aucune façon dans cette crise sanitaire. Après 1 an, aucun spot ne saurait montrer des publicités avec une foule masquée… La voiture de demain avec l’Homme d’hier est un exemple de l’absence de considération des conditions de vie de notre époque actuelle.

L’Homme est bercé de ces propres illusions. La société « d’avant » n’est-elle pas uniquement qu’une course effrénée à la consommation sous toute ces formes ?

C’est l’expression de l’assujettissement d’un matérialisme impérieux au détriment d’un humanisme bienveillant.

L’Homme a réussi à créer un passeport vaccinal afin de retrouver au plus vite son mode de vie. Et ceux avant de s’assurer de l’accès à tous à la vaccination. Ce passeport montre une nouvelle fois comment l’Europe occidentale se considère être le modèle de pensé unique. Un modèle centré sur le pouvoir économique et d’un intellect condescendant.

Les pays d’Afrique du Nord, d’Asie plus faiblement impactés doivent-ils se tarir de ce modèle ?

L’Homme Européen se prépare donc une fois de plus dans son histoire à faire acte de séparation imposée, de droit ou de fait, d'un groupe social d'avec les autres. Le principe même d’une forme de ségrégation. L’Homme se raccroche une nouvelle fois à une forme d’attitude passive conservatrice.

Comme tant d’autres l’ont fait par le passé, l’Homme se cachera derrière une forme de protectionnisme afin de faire face à un risque de mise en danger d’autrui. La barrière entre la course aux vaccins et la course aux passeports est infime. Néanmoins ces 2 solutions présentent des objectifs antagoniques en termes de liberté individuelle. 

De la magnificence de la nature est sortie une infime forme de son immensité pour nous rappeler que nous ne sommes qu’une poussière au milieu d’une tempête.

Lors du premier confinement, il aura fallu que quelques jours pour que la splendeur animale regagne des territoires perdus.  Le virus impacte les territoires et les Hommes de façon très disparate. Certains territoires n’ont pas subi plusieurs « vagues » de contaminations. Certains peuples ayant des règles d’hygiènes moindres ont pu faire les mêmes constats, tout comme certaines régions aux climats particuliers et dépourvues d’une distanciation sociale culturelle.

Les pays « riches » ont réduit cette crise à un aspect uniquement sanito-économique. Pourtant, les conditions environnementales ouvrent aux peuples du Monde, une brèche favorisant un changement de paradigme socio-économique. L’Homme pourrait s’emparer de la situation afin de montrer son sens mnésique du passé et l’ingéniosité de son époque.

Aucune forme de disruptivité dans l’organisation des gouvernants, une simple contemplation à la compensation financière. Même les 40 ans de progrès techniques et technologiques de cette civilisation sont réduits aux seconds plans. L’échec cuisant des applications de traçage, de suivi, l’absence de tests numériques, la défaillances de l’éducation numérique,…sont autant d’exemples qui pointent l’incapacité de l’Homme à se projeter dans un avenir nouveau.  

Par un réflexe primaire, l’Homme s’est terré au fond d’une grotte pour patienter. Le temps, a fini par atteindre chaque esprit. Dès lors, l’Homme ne pense qu’à s’évader de sa niche sociale pour aller rencontrer et échanger avec son prochain. Faut-il y voir le gout du risque ou une forme d’échappatoire inconscient ?

La vaccination apparait alors comme étant l’unique moyen de retrouver la liberté du partage avec autrui. La santé mentale des citadins européens est en chute mais l’espoir est de nouveau permis. L’Homme convaincu de son progrès technique se lance donc un défi face à la nature celui d’immuniser le monde.

Une fois muni de son passeport de droit, l’Homme vacciné pourra se rendre dans un pays où il aura freiné l’accès à son propre progrès. Cela repose sur un simple fait d’avoir la chance d’appartenir aux groupes des dominants. L’Homme acculé dans cette crise sanitaire ne perd pas en chemin son appétence pour la domination.

Dénué d’un pragmatisme humanitaire, l’Homme Européen réveillera en lui ses vieux démons inconscients de supériorité « colonisatrice ». L’absence de la levée des brevets des vaccins est l’une des preuves.  Dans une société qui infantilise des adultes responsables, on peut y voir la forme de l’expression d’un enfant égocentrique gâté qui ne souhaite pas partager ses jouets.

Dans une équation mathématique à plusieurs variables, il est difficile d’avoir une seule et unique solution. Le scenario de la modélisation donne une date de sortie de crise grâce aux vaccins et uniquement à celui-ci. L’homme empreint de son addiction au consumérisme quasi-grégaire attend donc sa dose.

Vacciné, iI pourra ressentir instantanément l’ivresse d’un plaisir enfouit en lui depuis des mois ; celui d’une libération, d’un vent de liberté, d’une pensée libératrice qui pourrait lui faire renoncer aux exigences de protection d’autrui.  Cela réduirait alors ces efforts pour revenir à son égoïsme insouciant. Telle une souris conditionnée à la récompense, l’Homme attend de retrouver sa place dans la hiérarchie normative des comportements.

À l’échelle d’une vie, rien ne rattrapera ces mois passés, le rapport au temps suit indéfectiblement la loi de la physique. Dans cette course effrénée au temps d’avant et à l’éradication de la mutation du virus, l’Homme contraindra-t-il sa destinée à sa théorie de principe ? Vacciner les enfants pour gagner du temps ?

En 1 an, les scientifiques ne comprennent pas tout du virus et de sa réactivité. L’impact de l’inoculation demeure alors incertain sur l’échelle d’une vie humaine en croissance. Si l’enfant est l’avenir de l’homme alors doit-on le soumettre à la loi de la probabilité ?

La théorie de principe ne tient que jusqu’au moment où le poids des évènements imprévus par la modélisation penche majoritairement du côté du risque. Les enfants doivent-ils être réduits à la logique de l’échantillon ? Derrière chaque enfant qui aurait un évènement indésirable, il y aurait un échec de l’Homme et de son progrès technologique. Derrière la chaque modélisation, se cache l’empreinte de l’Homme et de la probabilité de l’erreur. 

L’enfant ne peut être soumis à cette incertitude, même infime soit-elle. Ce serait une forme de dépossession de l’Homme à réfléchir en tant qu’Etre Nature. 

Finalement, pour ceux qui pensent que pour l’Homme européen plus rien ne serait comme avant, un début de réponse tient dans l’approche comportementale de sa réaction depuis le début de cette lutte. Si nous observions la décadence de la théorie de principe de l’effet de la vaccination en Europe face aux agents mutants alors l’une des solutions reposerait sur son sens inné refoulé de l’adaptation à l’environnement.

M. Bulvestre

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