Les appels visio avec les aînés d'EHPAD ont-ils été un effet latent de consommation?

Pendant que tout le monde s'inquiétait du sort des personnes âgées ainsi que des conséquences de la restriction des visites dans les établissements médico-sociaux, certains visiteurs familiaux exigeaient plusieurs contacts en vidéo par semaine. Aujourd'hui où sont-ils passés ?

Le constat est simple, le nombre d'appels en visio dans les EHPAD est en chute libre depuis le déconfinement.

Certains aînés se retrouvent à nouveau dans une solitude intemporelle.

Pendant que tout le monde s'inquiétait du sort des personnes âgées ainsi que des conséquences de la restriction des visites dans les établissements médico-sociaux, certains visiteurs familiaux exigeaient plusieurs contacts en vidéo par semaine. Aujourd'hui où sont-ils passés ?

Pourtant de nombreux EHPAD ont reçu des tablettes par l'intermédiaire de la fondation Boulanger afin de multiplier les possibilités de communication. Aujourd'hui ces tablettes restent indéfiniment en veille.  De nombreux professionnels étaient satisfaits de constater que certains résidents avaient retrouvé une relation, certes virtuelle, mais continue avec leur famille durant cette période difficile. Nous aurions pu croire qu'avec le déconfinement ces familles auraient maintenues celle-ci en rendant visite à leurs proches.

 Alors que tant de personnes attendaient le déconfinement pour ressortir, afin de se balader et de voyager afin de reprendre leur vie. Visiblement l'EHPAD lui reste définitivement loin,  dans des zones difficilement accessibles...

Certainement que le fait de ressortir ne coïncide pas avec la forme de vie de celle des EHPAD.

Bien sûr, bon nombre de ces personnes ont certainement repris le travail mais ne représentent pour autant pas la majorité des appels visio effectués pendant le confinement. Néanmoins, pour les plus jeunes qui appelaient leurs grands-parents ou arrières grands-parents, eux sont en vacances. Il semblerait qu'ils aient repris leurs habitudes de vie et d'oubli.

Le soignant ne remplace pas la famille, malgré sa vocation et son sens de l'humanisme. Il ne peut pas utiliser sa sphère affective comme un outil thérapeutique pour faire face à cette solitude d'esprit. Le contact avec la famille demeure essentiel pour les résidents. Car celui-ci réveille en eux les souvenirs d'une vie affective passée, une interaction directe avec leur histoire. Il n'y aura jamais meilleure activité thérapeutique que ce contact là. Dans les circonstances énoncées, il devient alors un moment d'échange privilégié.

La société de consommation a-t-elle un impact si puissant qu'elle modifie nos contacts avec nos proches? Ces familles ont-elles consommé de l'audiovisuel en oubliant qu'il s'agissait de leur parent derrière l'écran ?

Ces nouvelles formes de communication n'ont-elles pas suscité qu'une simple émulation momentanée? Ces nombreux appels en visio dépendaient-t-ils du champ affectif ou du plaisir détourné lié aux conditions matérielles ? Doit-on y voir une forme de consommation ostentatoire ? Doit-on réaliser des messages de prévention : Hors période de Covid, n'oubliez de visiter vos ainés !

Georges Bulvestre

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