Retraites: et si on incitait les vieux à se suicider

Et si on incitait les vieux à se suicider? Dit comme ça, oui, ça peut faire un peu peur. Mais franchement, ça simplifierait les choses pour en finir avec cet affreux dossier des retraites.

Et si on incitait les vieux à se suicider? Dit comme ça, oui, ça peut faire un peu peur. Mais franchement, ça simplifierait les choses pour en finir avec cet affreux dossier des retraites. Cassandra Devine, héroïne du roman «Départs anticipés» de Christopher Buckley, qui vient de paraître en poche, en est persuadée.

 

 

Cette blogueuse américaine de 29 ans met le feu au pays en suggérant une sorte de «plan de départ volontaire» des baby-boomers, qu'elle nomme avec un sens aigü de la communication «transitionnement volontaire» plutôt que «suicide collectif».

 

Cass explique: «Les Américains vivent de plus en plus vieux. Très bien, mais pourquoi serait-ce à ceux de ma génération de passer leur vie à trimer pour financer leur longévité ? Ils veulent l'éternité ? Nous disons: à eux de la payer.»

 

Attention: personne n'est obligé de se tuer. Le gouvernement se contenterait d'inciter à se flinguer en accordant quelques avantages fiscaux et en supprimant en totalité les droits de succession pour toute personne s'engageant à se donner la mort à 70 ans. Ceux qui sont prêts à avancer cette échéance à 65 ans recevraient même un bonus, dont une «lune de miel d'adieu de deux semaines tous frais payés». Royal.

 

L'argumentaire de Cassandra est implacable: «Nos grands-parents ont grandi pendant la crise de 1929 et se sont battus pendant la seconde guerre mondiale. On les a appelés la Grande Génération. Nos parents, les baby-boomers, se sont cachés pour ne pas aller au front, ont sniffé de la cocaïne et érigé le sybaritisme en vertu. (...) C'est l'occasion pour eux, enfin, de donner quelque chose en retour.»

 

Au début, la thèse fait rire. D'aillleurs, la blogueuse elle-même n'y croit pas, parle d'un «métaprojet» visant seulement à faire émerger médiatiquement la problématique des retraites. Et puis très vite, le lecteur trentenaire se met à y croire, peut-être même plus que l'héroïne. Tant pis pour l'Eglise vent debout. Fuck off les philosophes soixante-huitards qui se sentiront visés. Au diable les mémorables parties de bridge du dimanche, qui perdront quelques habitués.

 

Après tout, qui sait combien de vieux seraient soulagés à l'idée de ne pas devenir un poids pour leurs enfants? Combien se disent que vu la famélique allocation qu'on leur verse, vivre n'a plus de sens?

 

Bien sûr, on peut pinailler. On entend déjà certains baby-boomers estimer que 70 ans, ça fait un peu jeune, que 75 ans serait peut-être mieux adapté. Sauf que les économies ne sont pas les mêmes: se suicider à 75 ans, c'est, certes très sympa, mais insuffisant. Alors que si 20% des septuagénaires mettaient fin à leurs jours dans un geste altruiste, fini le déficit du système des retraites et le déséquilibre de la balance budgétaire! Fini de cravacher pour vous permettre de «faire du golf en buvant des gin-tonics» jusqu'à 90 ans, ou juste de regarder la télé comme des légumes asséchés dans une maison de retraite.

 

Allez, sautez camarades, le vieux monde est derrière vous. Ça fait 42 ans que vous nous cassez les oreilles avec vos souvenirs d'imagination au pouvoir. Acceptez celle qui vient des plus jeunes, et laissez les vieux qui le souhaitent se suicider. Puisqu'il est interdit d'interdire.

 

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