Réponse à Aquilino Morelle

S'agissant du chargé de la direction de la communication à l’Elysée, formé à l’école Euro RSCG, on aurait pu attendre mieux d’Aquilino Morelle que son « Droit de réponse » qui ne répond à rien. Il faut dire qu’il n’est pas aidé par les faits puisqu’il n’en conteste aucun. Il mélange quelques événements. Multiplie les approximations. Misant sur la méconnaissance de ses lecteurs. Décryptons son message point par point.

S'agissant du chargé de la direction de la communication à l’Elysée, formé à l’école Euro RSCG, on aurait pu attendre mieux d’Aquilino Morelle que son « Droit de réponse » qui ne répond à rien. Il faut dire qu’il n’est pas aidé par les faits puisqu’il n’en conteste aucun. Il mélange quelques événements. Multiplie les approximations. Misant sur la méconnaissance de ses lecteurs. Décryptons son message point par point. 

  1. Le droit et les faits.

Dans ce premier point, Aquilino Morelle reprend précisément notre récit (l'article complet est ici) sans le contester: les dates, les événements, les montants des prestations. Comme nous l’avions écrit, la commission de déontologie l’a autorisé à travailler pour Euro RSCG en 2003. Puis, comme précisé dans notre article, Aquilino Morelle raconte avoir créé l’EURL Morelle afin de travailler à son compte pour le laboratoire Lilly en 2006.

Le problème est qu’il est un peu tard pour déclarer tout ça. L’homme qui exigeait une transparence absolue sur ce type d’activités lors de la remise de son rapport sur le Mediator ne s’est pas appliqué ses propres principes à lui-même.

Aquilino Morelle retourne à l’IGAS, en 2007. Il écrit un rapport sur les entreprises pharmaceutiques. Parallèlement, il travaille pour un laboratoire danois, qui le rémunère. Là non plus il ne conteste pas ces faits. Mais « en tant que fonctionnaire, dit-il, un certain nombre d’activités annexes sont autorisées par la loi, dont l’enseignement et le conseil. »

C’est vrai. Mais de l’avis de trois anciens directeurs de l’IGAS que nous avons consultés, il est impossible de travailler pour un laboratoire tout en ayant pour mission de les surveiller. On ne peut pas contrôler ceux qui vous rémunèrent. On ne peut pas être juge et partie.

« Ces activités ont dû être déclarées à l’IGAS », argumente Aquilino Morelle. Pas de chance, il ne retrouve pas le document prouvant ce qui a « dû » se produire.

Plus embêtant encore, le directeur de l’IGAS de l’époque ne se souvient aucunement d’avoir accordé un tel droit, jugeant que cela n’aurait eu aucun sens : « Ce serait comme autoriser un inspecteur du travail à être rémunéré par une entreprise qu’il contrôle ».

Et pire que tout, à l’IGAS, on ne retrouve aucunement la trace d’une telle dérogation. Les archives ont pourtant été bien conservées puisqu’y figure le document lui donnant le droit d’enseigner à Paris 1 – ce qui est toléré par la loi.

S'il trouve aujourd'hui cela « banal », on se demande alors bien pourquoi Aquilino Morelle a mis tant d'ardeur à cacher ses activités, au point de nommer son frère à sa place comme gérant de sa société. Sa justification de ce fait laisse pantois : « A la fin de l’année 2006, j’ai décidé de réintégrer l’IGAS. Aussi, dans cette perspective, j’ai anticipé la cessation d’activité de l’Eurl en demandant à mon frère d’assurer la fonction de gérant. »

Par ailleurs, Aquilino Morelle ne conteste pas avoir candidaté chez Sanofi et surtout chez Servier dans les années 2008 et 2009. Mais soucieux de défendre à tout prix son rapport sur le Mediator, il assure : « A aucun moment je n’ai été en situation de conflit d’intérêts. ». A toutes fins utiles, rappelons tout de même à Aquilino Morelle la définition d’un conflit d’intérêts selon le rapport Sauvé, la référence en France en la matière :  « Un conflit d’intérêts naît d’une situation dans laquelle une personne employée par un organisme public ou privé possède, à titre privé, des intérêts qui pourraient influer ou paraître influer sur la manière dont elle s’acquitte de  ses fonctions et des responsabilités qui lui ont été confiées par cet organisme ». Comment le conseiller politique du président peut-il dès lors écrire qu’il n’était pas en situation de conflit d’intérêts ? Cela ne fait même pas débat.

2. La méthode.

Aquilino Morelle explique qu’il m’a répondu par écrit. C’est vrai. Mais pourquoi a-t-il refusé de me rencontrer ? Que craignait-il ? La contradiction ? Il s’est offusqué que les questions ne lui soient pas adressées à l’avance. Mais pourquoi bénéficierait-il d’un tel privilège ? L'homme qui déteste plus que tout voir les ouvriers pleurer a-t-il songé qu'à eux on n'envoyait jamais les questions avec 24 heures d'avance?

Aquilino Morelle explique qu’il m’a envoyé les comptes de son entreprise. C'est exact qu'il a fini par le faire. Mais à défaut de les avoir déposés au greffe du tribunal de commerce, comme la loi l’y oblige.

Aquilino Morelle croit bon de préciser que son patrimoine a en partie été acquis grâce à des emprunts. C’est exact. Mais quel est le rapport avec les faits qui lui sont reprochés ?

Par ailleurs, le conseiller politique du président assure que ses déclarations concernant la nécessaire transparence sur les liens d’intérêts « soulignaient un contexte précis : celui de la gravité des fautes commises dans un scandale de santé publique (le Mediator) ayant provoqué, selon les estimations disponibles, environ 2500 morts. » C’est faux. Il suffit de réécouter ses interviews de l’époque pour s’en rendre compte. C’est pour éviter que des scandales sanitaires de ce type ne se reproduisent qu’il faut déclarer ses liens d’intérêts. Aquilino Morelle l’expliquait d’ailleurs très bien à l’époque.

Sur son comportement à l’Elysée – demande à ses secrétaires de gérer son patrimoine immobilier, demande à ses chauffeurs de conduire ses proches dans leurs activités personnelles, consommation de vins de grands crûs en toutes occasions, signature de discours qu’il n’avait pas réellement écrits, attitude irrespectueuse à l’égard du personnel, absences répétées, etc. –, Aquilino Morelle ne conteste rien là non plus. Tout juste explique-t-il que son « emploi du temps extrêmement chargé ne lui a pas toujours permis d’aller (lui)-même chercher (s)on fils le lundi soir, à 19h30, à la sortie d’un enseignement. » Comme si ces abus n’avaient pas été répétés. Comme si ses émoluments ne lui permettaient pas, comme des millions de Français dans la même situation, d'avoir recours à un baby-sitter ? Comme si son emploi du temps ne lui avait pas permis d’arriver régulièrement à 11 h le matin au bureau, de donner des cours à mi-temps à l’université, de passer des après-midi au hammam ou à pratiquer les arts martiaux. Aquilino Morelle a-t-il réfléchi au fait que les contribuables n’ont peut-être pas envie que leur argent serve à compenser ses loisirs ?

Quant à la gestion de son patrimoine immobilier, il va de soi, comme il l’explique très bien, que ce sont ses secrétaires qui lui ont proposé de le décharger. Généreuses comme elles sont, il est étonnant qu’elles ne lui aient pas encore proposé de faire ses courses et le ménage à son domicile.

 

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