Le fichage ethnique du PSG: en réponse à Christine Angot

La romancière Christine Angot s’est fait le relais samedi soir sur le plateau de ONPC d’un certain nombre de critiques qui peuvent se lire sur les réseaux sociaux. En une minute, elle est parvenue à formuler une contre-vérité par phrase.

La romancière Christine Angot s’est fait le relais samedi soir sur le plateau de ONPC d’un certain nombre de critiques qui peuvent se lire sur les réseaux sociaux. Au début, en tant qu’auteur de l’article sur les fichiers ethniques du PSG, je n’ai pas pris la peine de répondre à ces reproches, tellement ils me paraissaient hors-sujet. Je m’aperçois qu’en réalité, ils portent, ils troublent. Alors autant rétablir certains faits.

Christine Angot explique que Mediapart « interprète des documents en parlant de racisme ». Christine Angot n’a visiblement pas pris la peine de lire l’article : jamais les mots « racisme » ni « raciste » ne sont écrits. Jamais je ne les ais prononcés dans aucune interview. Je me suis attaché à raconter les faits : des fichiers ethniques ont été mis en place au sein du club pour recruter plus de blancs dans les équipes de jeunes.

Christine Angot dit : il suffit de regarder l’équipe et notamment les équipes de jeunes pour voir qu’il n’y a pas de racisme. Sur Internet, les supporters du PSG font tourner des photos de ces équipes dans lesquels apparaissent un grand nombre de joueurs noirs. Mais c’est justement parce que le PSG a constaté qu’il y avait énormément de joueurs noirs dans ses équipes, trop à son goût, qu’il a entrepris de recruter en tenant compte de la couleur de peau.

Nous n’avons rien inventé : c’est précisément ce qui est dit dans un compte-rendu officiel du club dont j’ai fait état : le brillant meneur de jeu français, Yann Gboho, n’a pas reçu de proposition du club parisien, parce qu’il y avait déjà « trop d’Africains et d’Antillais » dans les effectifs.

Christine Angot poursuit : « J’ai vu les deux journalistes qui ont écrit le papier ». Je ne sais pas ce qu’a vu Christine Angot, qui parvient en une minute à formuler une contre-vérité par phrase, mais je suis le seul auteur de l’article, et non, je n’étais pas « très content de mes trouvailles », plutôt désespéré.

Enfin, elle s’interroge sur le « taux de diversité » à Mediapart. Là encore, c’est une critique que j’ai beaucoup reçue depuis la publication de l’article.

Soyons encore une fois factuel : la rédaction de Mediapart est très majoritairement blanche. La représentation de la « diversité » dans le journalisme, notamment à Mediapart, est une problématique qu’il ne faut surtout pas balayer d’un revers de main. Et nous ne la balayons pas. Mais c’est un autre sujet, qui n’est évoqué ici que pour détourner le débat.

Car en quoi cela disqualifie-t-il l’article ? En quoi cela amoindrit-il sa portée ? Parce que je ne suis pas noir, je ne serais pas légitime à écrire sur le sujet ? Puisqu’il faut visiblement rappeler des évidences, à Mediapart, nous n’avons pas de fichiers ethniques, nous n’avons pas de processus d’embauches discriminatoire, nous n’avons aucune pratique illégale de recrutement. Vous voyez la différence ?

Si demain, j’écris qu’une grande entreprise fiche les juifs qu’elle est susceptible de recruter, en tient compte dans sa politique de ressources humaines, le tout avec l’aval de ses plus hauts dirigeants, va-t-on aussi me demander combien de juifs il y a à Mediapart?

Si je découvre qu’un grand ministère classe les gens en fonction de leur orientation sexuelle parce qu’il estime compter déjà trop d’homosexuels dans ses rangs, va-t-on également me demander le « le taux de diversité sexuelle » à Mediapart, et si je suis bien légitime à écrire sur le sujet ?

Christine Angot, vous avez abordé la question du racisme dans certains de vos livres. Auriez-vous trouvé pertinent que la critique littéraire de vos ouvrages se fasse à l’aune du nombre de noirs qui travaillent dans les maisons d’édition (Flammarion, Stock ou Seuil) qui vous ont publiée? J’ose croire que non.

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