Le sentiment d'insécurité, une valeur en baisse

«Au fait, je vous ai déjà parlé de l'insécurité?» Voilà comment Nicolas Sarkozy pourrait entamer son discours demain à Bobigny. Il faut excuser le président, parler d'insécurité, chez lui, c'est un TOC.

«Au fait, je vous ai déjà parlé de l'insécurité?» Voilà comment Nicolas Sarkozy pourrait entamer son discours demain à Bobigny. Il faut excuser le président, parler d'insécurité, chez lui, c'est un TOC.

Nicolas Sarkozy devrait toutefois en discuter avec son copain auteur de tubes Didier Barbelivien: le risque avec les éternels refrains, est de lasser. Et à la lecture de la dernière étude de l'IAURIF (Institut d'aménagement et d'urbanisme de l'Ile-de-France) intitulée «Victimation et sentiment d'insécurité», Nicolas Sarkozy pourrait bien être saisi d'un sentiment d'insécurité politique.

Certes, cette enquête ne s'intéresse qu'à l'Ile-de-France. Mais aucune autre étude en France (même celle de l'Observatoire national de la délinquance) n'est comparable dans son ampleur: tous les deux ans depuis 2001, 10.500 Franciliens sont interrogés de la même façon. Et cela tombe plutôt bien: l'année 2001 a justement marqué l'apparition du TOC.

Or que remarque-t-on? Depuis la première enquête, la délinquance n'a cessé de reculer parmi les principales inquiétudes des franciliens, tandis que chômage et pauvreté suivaient la courbe inverse.

 

 

39,2% mettait la délinquance en tête de leurs préoccupations en 2001, contre seulement 12,6% en 2009. La dégringolade est régulière bien que les atteintes volontaires à l'intégrité physique recensées soient de plus en plus nombreuses (hausse de 25% entre 2000 et 2008 selon l'étude de l'IAURIF).

En clair, la délinquance ne baisse pas vraiment, mais la priorité est ailleurs. L'IAURIF remarque, comme lors des enquêtes précédentes, «une relative indépendance entre la préoccupation «sécurité» et l'exposition à la délinquance».

 

Dans les quartiers difficiles (où les HLM sont plus nombreux), le constat est identique. On s'y montre encore plus préoccupé par la pauvreté (43,1 % contre 39,8 %). Seuls 12% mettent la délinquance en tête des priorités assignées au gouvernement alors qu'elle était citée comme prioritaire en 2001.

Bien sûr, le sentiment d'insécurité n'a pas disparu: les habitants des HLM ont plus peur que la moyenne, notamment le soir (+5,8 points que dans l'habitat privé), et dans le bus (+4,1 points)

Et la demande de sécurité reste forte: si 46% des habitants du parc social trouvent la présence policière suffisante (et 6% même excessive), l'autre moitié la considère insuffisante, voire inexistante.

Par ailleurs, toutes populations confondues, 60,6% des Franciliens se montrent favorables à l'installation de caméras de surveillance dans les lieux publics.

Mais «dans un contexte social de plus en plus difficile marqué par la crise économique, l'enquête de 2009 montre que le désintérêt des Franciliens pour les questions de sécurité s'est encore accentué au profit d'une insécurité «sociale» grandissante», explique l'IAURIF.

Depuis neuf ans, Nicolas Sarkozy s'était trouvé un saint toc. Cette fois il pourrait déchanter en sonnant le tocsin.

 

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