Le PSG, un amour contrarié

Je ne suis plus très sûr de mes sentiments. Enfant je l’ai aimé, ado adulé, adulte dédaigné. Mais le PSG est de retour dans ma vie, par sa brûlante actualité, et j’essaie de scruter au fond de moi ce que je ressens.

Je ne suis plus très sûr de mes sentiments. Enfant je l’ai aimé, ado adulé, adulte dédaigné. Mais le PSG est de retour dans ma vie, par sa brûlante actualité, et j’essaie de scruter au fond de moi ce que je ressens.

Le PSG est le premier à m'avoir fait vibrer. J’avais 8 ans. Mon frère, de trois ans mon aîné et que je suivais en tout, supportait le Bordeaux de Giresse. Mais la victoire fascine les plus jeunes. Et en cette saison 1985-1986, c’était Paris, quasi invincible, qui fonçait vers son premier titre de champion.

Cadeau magnifique, quelques mois après « le sacre », nous avions reçu de notre père la K7 vidéo « Paris champion : 50 ans qu’on attendait ça », et je ne me lassais pas de voir et revoir les buts, journée après journée, les passes de Susic, la hargne de Fernandez, les chevauchées de Rocheteau, la baraka de Bats lors du match à Auxerre, les 26 match sans défaite.

35 ans plus tard, je crois que je suis encore capable de donner les résultats de tous ses matchs. Et en cherchant des images d’époque pour ce billet, je découvre qu’un génie (mon frère ?) a mis l’intégralité de la cassette sur Youtube.

PSG Saison 1985-86 (1/4) © ASTEVEL

La suite est moins glorieuse. Mais le clinquant du Matra Racing ne me fait pas vaciller, et les années suivantes, les virées au Parc en famille, les 13e place en championnat, les Franck Tanasi et les Gabriel Calderon suffisent à mon bonheur.

« Paris, fais nous rêver », disait la campagne d’abonnement dans les rues de la capitale, avec une photo d’Amara Simba réalisant une de ses fameuses bicyclettes. Et je rêvais.

Amara Simba, une légende. Amara Simba, une légende.

A l’adolescence, ce furent les années Canal, merveilleuses. Les exploits, les écharpes, les copains. Il y avait bien les fachos dans les tribunes, mais après tout, « on ne choisit pas ses supporteurs ».

Les années Colony filent et en 2011 arrive le Qatar. Ses valeurs, sa diplomatie, son histoire, son chéquier, son arrogance, sa surpuissance, ses affaires de corruption. L’opposé du modèle rêvé.

Mais peut-on se détourner d’un club qu’on a aimé quand il s’apprête à tout gagner ? Avec son club de foot, on traverse tout, même les bons moments.

On s’est pourtant éloigné, puis quitté. Je n’ai jamais boudé ses matchs, j’ai apprécié Zlatan, et je continuais de le supporter en Coupe d’Europe. Mais comme j’avais supporté Monaco, Marseille, Auxerre. Un club français parmi d’autres.

J’ai alors découvert le Red Star, la 4e divison, Bauer. Cédric Sabin est devenu le nouveau mot de passe de ma boite mail. Au début, il y avait une pointe d’ironie dans mon supporterisme, dans ma façon de scruter le mercato audonien et d’envoyer des liens à des amis vers des vidéos de nouveaux joueurs ayant vaguement évolué à Sannois Saint-Gratien.

Mais sans m’en rendre compte, je suis passé au premier degré. Quand Jean-Jacques Mandrichi (le Choupo Motting du club cette année-là), a marqué dans les dernières minutes le doublé permettant au club de se maintenir en National, j’ai chaviré comme je n’avais plus chaviré dans un stade depuis bien longtemps. « Jean-Jacques !!!! Jean-Jacques !!!!» J’ai hurlé son prénom, j’ai eu la chair de poule,, et j’ai ri, ri de me prendre de passion pour un Jean-Jacques, ri de me sentir si heureux d’un maintien en 3e division, ri comme un gamin.

Red Star FC 2 - 1 Fréjus Saint-Raphaël (24/05/2013) © REDSTARFC

Est-ce que dimanche soir je vais me lever, hurler, être peiné si le PSG perd ? J’ai d'abord écrit « si on perd », et puis j’ai corrigé, même si je constate que c’est bien le « on » qui me vient naturellement à la bouche depuis plusieurs jours.

En temps normal, quelle que soit l’équipe, quelle que soit la compétition, je n’ai aucun mal à dire « on ». « On était qui ce soir ? », s’amuse ma femme quand je rentre après les matchs.

Cette fois, je me sens pourtant imposteur, usurpateur. Alors pas la peine d’être aussi menteur ou mauvais joueur : dimanche, devant le match, je serai comme un gamin. Comme à l’époque.

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