Des musulmans à la Courneuve: des paroles et des commentaires

De dix portraits et quelque 350 commentaires, il n'est pas question de tirer de grandes conclusions sur les rapports entre «la société française» et «les musulmans». Quelques impressions cependant, et quelques commentaires sur les commentaires.

De dix portraits et quelque 350 commentaires, il n'est pas question de tirer de grandes conclusions sur les rapports entre «la société française» et «les musulmans». Quelques impressions cependant, et quelques commentaires sur les commentaires.

Cette série voulait échapper au débat sur le niqab. Elle n'a pas échapé au débat sur le simple voile, le hijab, qui recouvre les cheveux. Est-ce le fait d'interdire le niqab dans l'espace public qui libère la parole? Les commentaires montrent une répulsion forte, épidermique, chez certains lecteurs à la vue de ce bout de tissu.

Des interviewées ont beau se dire «libres», des lecteurs les jugent «aliénées». Selon eux, il faudrait «épouser la République et non la religion». Le voile serait un «instrument de prosélytisme». Nul n'aurait à «afficher sa religion dans la rue». Un lecteur s'interroge: «Pourquoi en France, l'identité des musulmans doit -elle passer par le port de tenues vestimentaires très visibles?»

Tout simplement parce que «le voile est une prescription» nous disent les interviewées. Parmi les trentenaires interrogés, certains, comme Islam, Nabou, Bachir ou Mokhtar ont été élevés dans une pratique religieuse assidue. Mais d'autres, comme Nora ou Abdel ont fait un retour ou plutôt un aller vers la religion. Leurs parents n'étaient pas pratiquants. Eux, vers l'âge de 25 ans, ont trouvé quelque chose dans le religieux : un équilibre, des repères, une bonne raison de sortir de la délinquance. Mokhtar le constate. Abdel, un barbu, l'a vécu.

Face à ce retour au religieux, le voile ne serait pas «intégriste, mais, force est de constater que ce retour coïncide avec lui, un peu comme une vague dont il serait l'écume». Le parallélisme avec les pays arabes accroît les craintes. «En terres d'islam, les femmes sont de plus en plus voilées et les hommes de plus en plus barbus. L'écume commence à submerger la vague, comme poussée par un Mistral malsain.»

Alors que les femmes voilées disent en avoir assez d'être réduites à leur voile, une lectrice réagit: «Si on le met ce bout de tissu, c'est bien parce qu'on veut que les autres le voient et donc qu'on soit traitée en tant que musulmane».

Une autre commentatrice explique qu'elle ne «pourra accepter pleinement le voile que quand auront disparu dans tous les pays ce qui y est très souvent associé: l'autorité systématique des hommes sur les femmes, les mariages forcés, les vérifications de la virginité et du drap du mariage, les crimes d'honneur, la lapidation, les professions interdites aux femmes, l'inégalité des garçons et des filles devant l'éducation, les discriminations par rapport à l'héritage, le partage inégal du territoire extérieur comme intérieur à la maison.»

Seulement, si Jennifer, récemment convertie, dit bien avoir été battue, ce fut par son précédent mari, «un Français». Aucun des interviewés n'a dit cautionner une seule des pratiques citées plus haut. Bien au contraire. Plusieurs, comme Islam, textes religieux à l'appui ont expliqué rejeter les traditions de leurs parents qui confinent la femme dans un rôle secondaire. Plusieurs l'ont expliqué, comme Imaine: «Nous avons cherché les sources religieuses de cet archaisme, et il n'y en a pas.» Et si la religion ne conduisait pas à tous les coups au conservatisme?

Parmi les commentaires, certains se font à l'oral: «Tu as interviewé des gens ouverts» m'a dit une proche. Comme si les musulmans étaient des gens intolérants par nature et que j'avais dû chercher très très loin pour trouver ces discours. Comme si porter le voile, ou prier cinq fois par jour conduisait nécessairement à l'intolérance.

Par ailleurs, le portrait qui a suscité le plus de réactions favorables dans mon entourage est celui de Monique. Monique qui ne porte pas le voile, seulement un regard très dur sur les jeunes religieuses qui finissent par endoctriner leurs parents.

Pourquoi le portrait de Monique a-t-il tant plu? «Monique c'est l'Arabe que t'as envie d'inviter à dîner», m'a répondu une amie. L'Arabe qui est comme toi en somme. Celle qui ne fait pas peur.

Les autres? On les soupçonne de double-discours. De cracher leur haine dès que le journaliste a tourné le dos. Et s'ils sont vraiment libres, de ne pas être représentatifs de toutes celles qu'on force, forcément plus nombreuses que ce qu'on veut bien nous dire.

Sur Monique, voici l'avis partiel d'un autre ami: «J'ai aimé son portrait et pas seulement parce que je suis contre le voile...». «Contre le voile» donc. Mais qu'est-ce que cela signifie? Il y aurait en France un débat sur le droit ou non de porter le voile dans la rue. Cela ne ferait pas partie du droit de chacun de vivre sa religion?

Le voile fait peur. Et je ne donne pas de leçons sur le sujet. Moi-même, en découvrant Nabou dans son voile noir austère, j'ai été surpris de voir une femme de 28 ans prête à rire de tout. Pourquoi surpris?

Je mentirais également si je disais que je n'avais pas d'a priori sur les barbus. Pourtant le parcours d'Abdel tel qu'il le raconte ne me choque pas. Il m'intéresse. Qu'est ce qui peut conduire à une telle visibilité de sa pratique? Qu'est ce qui peut conduire à renoncer à un CDI pour une barbe? Ce qui est choquant, c'est d'entendre Abdel penser qu'un de ces jours peut-être, la barbe longue sera interdite. Cela signifie qu'il ne croit pas un instant que c'est le Niqab qui est visé par la loi. Seulement l'Islam. Ce qui risque de le conduire à se mettre encore plus en marge de la société.

 

Retrouvez les autres épisodes de la série et leurs commentaires

L'article Paroles de musulmans: au-delà des fantasmes

Ansi que les 10 portraits:

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.