Lettre ouverte de Tatiana Pliouchtch

Je reproduis ci-dessous une lettre ouverte de Tatiana Pliouchtch. « J’écris aujourd’hui au nom de la mémoire de mon mari Léonid Pliouchtch, dont les textes ont été publiés sans autorisation dans le numéro spécial de la revue La Règle du Jeu, à paraître le 18 juin 2015. En 1976, la France a accordé l’exil à Leonid Pliouchtch en tant que prisonnier politique

Je reproduis ci-dessous une lettre ouverte de Tatiana Pliouchtch.


« J’écris aujourd’hui au nom de la mémoire de mon mari Léonid Pliouchtch, dont les textes ont été publiés sans autorisation dans le numéro spécial de la revue La Règle du Jeu, à paraître le 18 juin 2015. En 1976, la France a accordé l’exil à Leonid Pliouchtch en tant que prisonnier politique soumis aux geôles et aux tortures du Goulag, grâce aux efforts déployés pour le sauver par le Comité des mathématiciens et des psychiatres français.

Pendant toute sa vie Léonid parlait constamment de l'Ukraine, de son histoire, de sa tragédie. De cette Ukraine qu'il aimait tant et qu'il avait quittée sans le choisir.

À l’époque où Léonid avait perdu tout espoir de revoir un jour son pays, le peintre Raymond Moretti, son ami, lui a conseillé d’écrire Ukraine: à nous l'Europe !, qui fut publié en 1993 aux éditions du Rocher.

Après le décès de Leonid Pliouchtch, survenu le 4 juin dernier, j'ai reçu de nombreuses lettres de compassion, pleines de paroles chaleureuses, de la part de personnes qui le connaissaient personnellement, qui avaient lu ses livres, écouté ses conférences et ses interventions, d'amis proches ou lointains. Et tout à fait par hasard, après l’enterrement, j'ai appris que des extraits du livre de mon mari allaient paraître dans le numéro de La Règle du Jeu, consacré à l'Ukraine. Sans l'aval de Léonid. Pourtant la préparation de cette revue a duré plusieurs mois, alors que Léonid était encore en vie et ne soupçonnait pas être atteint de maladie qui l’emporterait, et personne ne lui a demandé son accord. De surcroit j'ai la certitude absolue que Léonid n'aurait pas donné son accord à la publication de ses textes dans cette revue.

Léonid Pliouchtch n'a jamais recherché les honneurs, ni la gloire, ni l'argent. Dès son adolescence il s'est donné la parole d’"être honnête avec soi-même". Telle était sa "règle du jeu".

Je ne veux pas empêcher la parution de la revue. Mais je suis indignée par le manque de respect et d'éthique élémentaire dont a fait preuve cette édition. Je suis heureuse qu’un numéro entier soit consacré à l’Ukraine, mais qu’il le soit en respectant les hommes qui se sont battus toute leur vie pour sa liberté.

15 juin 2015
(Bessèges, ville où Léonid Pliouchtch est mort et enterré) »

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