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Billet de blog 11 juin 2021

Pour ou contre la gifle et la fessée ?

En contre point de leur jouissance mal dissimulée procurée par LA GIFLE, tous les médias et tous les politiques ont condamné à «  l’ envie » aussi, cette atteinte à la République, à nos valeurs. Tous ont sonné l’alarme et appelé à la mobilisation générale pour sauver la République, la Démocratie en danger. Quelle République, quelle démocratie, et pour quels intérêts ?

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 LOI n° 2019-721 du 10 juillet 2019 relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires

Cette loi promulguée par le président de la République Emmanuel Macron n’appelait pas de décret d’application.

Les débats autour de la proposition de loi a l’assemblée nationale et au sénat ont peu divisé les politiques mais beaucoup les français :

Pour ou contre la gifle et la fessée ?

Parmi les partisans, les avis sont nuancés, voire divisés .

La gifle et la fessée ne renvoient pas aux mêmes représentations et n’auraient pas les mêmes effets!

Coté blessure symbolique, la gifle se détache sensiblement du coté de ses effets humiliants.

Il est vrai qu’on associe la fessée à des tout petits et la gifle à des plus grands…. et plus grande est l’humiliation.

La gifle vise le chef, c’est à dire ce que nous avons de plus intime, le visage !

La fessée pour la maternelle et la gifle pour l’élémentaire et le collège...les ados.

Bref, il s’agit d’enfants, de « violences éducatives ordinaires ».

Elles sont donc interdites par la loi...sans qu’il ait été nécessaire d’en dire plus et donc de décréter.

C’est que l’affaire est complexe et se prête mal à la rigueur conceptuelle d’un texte de loi !

Mais c’est interdit !

Ce matin vendredi 11 juin 2021, sur France Culture, le journal de 8 heure :

« Une claque pour le gouvernement maintenant et surtout pour son ministre de l’intérieur qui portait le projet… »

Le Conseil d’État a annulé plusieurs dispositions du « schéma du maintien de l’ordre » et notamment sur la technique de « nassage », sur la présence et « l’accréditation » des journalistes .

Le Conseil Constitutionnel avait le 20 mai 2021 censuré plusieurs articles de la loi Sécurité Globale, portée par ce même ministre, dont l’ex article 24 ( extension de l’usage de drones, lourdes sanctions en cas de diffusion d’images de policiers…)

« De proposition de loi « pour une sécurité globale », le texte avait été rebaptisé « loi pour une sécurité globale préservant les libertés », avant d’être adopté par le Parlement le 15 avril. En décidant de censurer sept des vingt-deux articles soumis à son analyse, le Conseil constitutionnel a considéré que cette précaution sémantique ne valait que pour ce qu’elle était : une simple tournure de style. » Site du monde ( Antoine Albertini)

Bref, des gifles , des claques et des baffes !

En écoutant très attentivement les chaînes de radio, essentiellement radio France et radio classique, j’ai été surpris d’entendre ce signifiant « gifle » répété compulsivement par les chroniqueurs .

J’ai pu vérifier en changeant de chaînes que ce signifiant envahissait les discours de façon très insistante, au point parfois d’être répété à l’envie dans de très nombreuses interventions !

Que dévoile cette « envie » ?

Ces médias et probablement beaucoup d’autres, je vous laisse le soin de vérifier, ne parle pas d’ « agression » du Président, tous parle de « gifle ».

Plus significativement, ils ne parlent pas « d’une gifle » mais de « la gifle » !

Gifle essentialisée, gifle singulière, LA gifle !

Au delà de l’agression, ce qui est retenu, c’est la modalité de l’agression, qui renvoie évidemment « aux violences éducatives ordinaires » et donc à l’humiliation ressentie.

On aurait pu penser que les médias qui avaient largement contribué à la promotion du produit « Macron » auraient pu (et du ?) travailler leurs éléments de langage pour effacer l’humiliation que porte le geste.

Ils auraient pu (du?) commenter une agression du Président , et utiliser prudemment le terme de gifle, mais le choc des photos a orienté le choix et le poids des mots.

C’est un déferlement de gifles, baffes, claques...

Nous avons bien vu la gifle.

J’aurais pensé qu’alors les médias dominants en aurait fait un usage modéré.

C’est tout l’inverse qui s’est produit et il faudrait comptabiliser le nombre de fois ou le mot « la gifle » transportant cette humiliation a été prononcé et écrit dans tous les médias !

Une déferlante : c’est très étonnant !

Peut être pas !

Alors de quoi s’agit il, sinon d’une sorte de retour, non du refoulé, mais du retenu-contenu, manifestant une insistante jouissance. D’autres médias, apparemment plus partisans des « violences éducatives ordinaires » ont affiché une jubilation, pour le coup, non retenue :

« Il a pris une baffe bien méritée ! Il l’a bien cherché … etc »

Macron exaspère par son exhibitionnisme (de la Grande Marche, au Grand Débat et bientôt a la Grande Concertation et au Tour de France), son narcissisme et son mépris du peuple qu’il ne peut contenir. Il y a plus de BHL que de Ricoeur chez notre Président.

Bien sûr Macron est un produit d’intérêts croisés entre le monde politique, économico financier et médiatique comme l’ont montré de nombreux ouvrages et travaux ( Branco : Crépuscule, les Pinçon Charlo, le président des ultra riches, Laurent Mauduis : la caste ...etc ) et beaucoup d’autres.

Il n’y a pas de sujet de l’Histoire mais l’Histoire s’est dessinée de quelques sujets d’exception, pour le meilleur et le pire.

Ce président est le porte parole, le porte voix et l’agent d’une oligarchie, d’une classe.

Waren Buffett sans ambages déclarait :“Il y a une lutte des classes aux Etats-Unis, évidemment, mais c'est ma classe, la classe des riches qui a mène la lutte. Et nous sommes en train de gagner.

Aux Etats- Unis et ailleurs, mais est ce si sûr ?

Macron est le représentant de cette classe… celle qui gagne !

Ou bien est il selon la formule du denier ouvrage de P. Arthus,« la dernière chance du capitalisme » ?

Pour cela il faut que le(s) pays se tiennent calmes !

Notre jeune président arrogant a pris une baffe !

Le problème est que cette lecture des évènements (que vous voudrez bien soumettre à votre propre vérification des faits passés et à venir) n’est pas publiquement recevable, elle n’est pas audible, elle est politiquement incorrecte.

Le problème est aussi que cette lecture n’est pas suffisamment politique ou plus exactement elle masquerait le fond politique de la situation.

Elle est malgré tout importante par les indications qu’elle propose.

https://blogs.mediapart.fr/michel-cazeneuve/blog/170119/macron-attention-cet-homme-ne-deconne-pas-il-est-dangereux

C’est aussi ce que les médias dominants préservent, le fond de la question politique.

LA RÉPUBLIQUE, LA DÉMOCRATIE sont en danger !

En essentialisant ces titres, il ne peut plus être question de s’interroger sur QUELLE RÉPUBLIQUE, QUELLE DÉMOCRATIE ?

Et pour quels intérêts dominants ?

En contre point de leur jouissance mal dissimulée procurée par LA GIFLE, tous les médias et tous les politiques ont condamné à «  l’ envie » aussi, cette atteinte à la République, à nos valeurs.

Tous ont sonné l’alarme et appelé à la mobilisation générale pour sauver la République, la Démocratie en danger.

Lors de l’acte VIII du mouvement des Gilets Jaunes , Benjamin Grivaux avait déclaré  à BFM TV le 5 janvier 2019 :

« … C’est pas moi qui était attaqué, c’est les institutions, c’est la forme de démocratie du gouvernement qui a été attaquée. Ici c’est la maison de tous les français, ceux qui ont utilisé un engin de chantier pour défoncer le portail de ce ministère , ils ont attaqué la maison France. »

Dont act !

Cet acte isolé est sans signification politique implicite ou explicite, sinon celle qu’on lui prête et celle qu’on lui prête très volontiers est que la violence et la barbarie sont à nos portes.

Sauf qu’elle y est déjà et que notre président y a largement contribué !

Un simple rappel du nombre de blessés graves lors des manifestations des Gilets Jaunes ou des propos du Préfet Lallemant, précise que c’est bien une histoire de violence et qu’il y a 2 camps !

« Nous ne sommes pas dans le même camp, madame ! »

Il faut aussi rappeler les propos de cet ancien ministre de l’EN, Luc Ferry chroniqueur philosophique sur Radio Classique le lundi 7 janvier 2019 à propos des Gilets Jaunes :

( Il serait revenu sur ces propos, ce qui est loin d’être plus rassurant).

"On ne donne pas les moyens aux policiers de mettre fin aux violences. Quand on voit des types qui tabassent à coups de pieds un malheureux policier... qu'ils se servent de leurs armes une bonne fois, écoutez, ça suffit! …. Il y a un moment où ces espèces de nervis d'extrême droite ou d'extrême gauche ou des quartiers qui viennent tabasser des policiers ça suffit! ... on a, je crois, la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies, faut dire les choses comme elles sont".

Les Nations unies, le Défenseur des droits ou le Conseil de l’Europe se sont tous inquiétés de l’usage excessif de la force en France et des restrictions que cela entraîne sur le droit pour les personnes de manifester pacifiquement.

Le maintien de l’ordre est bien celui de l’ordre dominant.

« Un pays qui se tient sage » .https://www.premiere.fr/film/Un-pays-qui-se-tient-sage

 « Le 8 juin,( 1871) Le Figaro refaisant son article de Versailles, dressait un nouveau plan de carnage : "La répression doit égaler le crime... Les membres de la Commune, les chefs de l’insurrection, les membres des comités, cours martiales et tribunaux révolutionnaires, les généraux et officiers étrangers, les déserteurs, les assassins de Montmartre, de la Roquette et de Mazas, les pétroleurs et les pétroleuses, les repris de justice, devront être passés par les armes... La loi martiale devra s’appliquer dans toute sa rigueur aux journalistes qui ont mis la torche et le chassepot aux mains de fanatiques imbéciles... Une partie de ces mesures ont déjà été mises en vigueur. Nos soldats ont simplifié la besogne des cours martiales de Versailles en fusillant sur place ; mais il ne faut pas se dissimuler que beaucoup de coupables ont échappé au châtiment..." » https://blogs.mediapart.fr/gdevie/blog/241113/retour-sur-les-massacres-de-la-commune-de-paris

Thiers défendait la République !

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