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Billet de blog 13 oct. 2018

« PRISE EN CHARGE PAR L’ASSURANCE MALADIE DES THÉRAPIES NON MÉDICAMENTEUSES »

Un dispositif expérimental de gratuité des soins de psychologie et de psychothérapie sur prescription médicale a été mis en place dans 3 départements: les Bouches du Rhône, la Haute Garonne, le Morbihan et prochainement les Landes. Les psychologues et/ou psychothérapeutes doivent être conventionnés par l'Agence Régionale de Santé

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DISPOSITIF DE « PRISE EN CHARGE PAR L’ASSURANCE MALADIE DES THÉRAPIES NON MÉDICAMENTEUSES »

Je ne connaissais pas ce dispositif expérimental et ce sont plusieurs patients qui m’ont sollicité.

Je me suis donc renseigné, ce qui est aisé sur le site de la CPAM ainsi que sur les nombreuses contributions qu’ont peut trouver sur le net.

Ce dispositif en cours sur 3 départements propose la gratuité des soins psychologiques ou psychothérapeutiques sur prescription médicale.

Je me suis souvenu des interminables discussions lors de mes longues études de psychologie en Dess puis en thèse sur… l’argent et la psychanalyse, la psychanalyse et la psychothérapie, sur la pratique de la psychanalyse « gratuite » en institution…c’était les années 80 et il n’y avait pas une revue qui ne labourait en micro sillon ce champ de l’argent et de la psychanalyse, de la psychologie et la psychothérapie comme un « envers » de la psychanalyse.

Je me suis souvenu aussi des débuts de la psychanalyse, des dispensaires psychanalytiques, de toutes ces tentatives d’offrir à tous « un soin psychique » gratuit.

Je me suis souvenu aussi de la tentative de Serge Leclaire lorsqu’il publia en 1989 « Pour une Instance Ordinale de la Psychanalyse » et de l’immense réaction suscitée.

La psychanalyse n’a rien à faire avec l’état, elle ne peut être régie par ….par rien du tout !

Par quoi ? Les psychanalystes sont ils en lévitation sociale, les conflits socio, les  inégalités économiques , culturelles … sont ils en dépôt dans la salle d’attente ?

Qu’est ce que la « neutralité » ? et plus encore lorsqu’elle est bienveillante ?

Les cabinets des psy sont ils des abris « idéologiques » ?

Je me suis souvenu aussi de la fin de mon parcours professionnel dans l’Éducation Nationale comme psychologue scolaire pendant 5 ans dans un quartier « défavorisé » REP+.

1500 fiches de liaisons avec les enseignants,

462 rencontres avec les familles,

205 élèves participants aux groupes qu'il animait,

488 Équipes Éducatives réunissant familles élèves enseignants et intervenants sociaux et médicaux sociaux,

51 bilans psychométriques.

...Et toujours des listes d’attentes interminables dans les services de soins publics et privés, services « gratuits » dont on peut penser qu’ils sont des « biens communs » ouvert à tous.

Parfois des familles en « revenaient » ne supportant pas les soins proposés, souvent à tort ou à raison interprétés comme une remise en cause de leur fonction de parent !

Alors que faire ?

Aucune de ces familles ne pouvaient en toute « liberté » consulter un praticien libéral.

L’impossibilité n’était pas uniquement pécuniaire, elle était aussi culturelle .

Le président du Syndicat National des Psychologues estimait le coût de la consultation de psychothérapie entre 50 et 60 euros.

https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre/saison-27-08-2018-01-07-2019 )

De cette expérience, en fin de carrière, j’ai beaucoup appris et en ai écrit un bouquin.

( http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=58908&motExact=0&motcle=&mode=AND )

Je reçois dans mon cabinet, en toute « liberté » des ingénieurs, des médecins, des vétérinaires, des pharmaciens, des enseignants ( la mgen rembourse pour partie les soins psy)….qui peuvent payer les consultations.

J’ai donc signé une convention avec l’ARS et suis donc répertorié « Psychothérapeute agréé », ce qui signifie que j’accepte de travailler comme psychothérapeute dans ce dispositif.

J’ai reçu récemment, adressé par son médecin traitant, un monsieur ouvrier dans le bâtiment.

60 ans, c’est la limite d’age fixée par le dispositif expérimental.

Il n’en avait jamais parlé à personne, pas même à sa femme me précise t’il... et il se décrit comme phobique depuis toujours et me raconte toutes les stratégies qu’il employait pour dissimuler ses symptômes ou pour éviter les situations trop anxiogènes.

C’était pour lui, une première et il en était, au fil des séances, toujours étonné.

Il ne s’agissait pas de phobie, mais il a pu déplier son histoire et parler de lui comme il n’avait jamais pu le faire tout en ponctuant son discours que l’école n’avait pu suffisamment policé de « putain, con », en bon toulousain !

Il a pu le faire parce que ce dispositif passait par son médecin traitant qui me l’a adressé

Jamais il ne serait allé consulter un psychologue ou un psychothérapeute ou qui que se soit de psy quelque chose , s’il n’avait pas été « orienté » par le discours médical.

Sa demande était contenue par cette prescription médicale qu’il me tendit.

Bien sur nous sommes dans des représentations imaginaires et des sur déterminations socio-économiques et culturelles…comme toujours et avec tous !

J’ai récemment pu avoir 2 discussions sur ce dispositif, l’une avec des psy, l’autre avec un groupe de travail d’anciens collègues directeurs d’établissements médico-sociaux intervenant dans le conseil et la formation.

Tous évoquaient la main mise insidieuse de l’ARS sur une pratique pour la réglementer, la dénaturer, et finalement la ...« neutraliser ».

J’ai évoqué, avec mes collègues directeurs, nos relations avec l’ARS, les Conseils Généraux, la Protection Judiciaire de la Jeunesse qui furent nos autorités de contrôle et qui imposaient donc des procédures, des évaluations…

Nous dirigions des institutions avec évidemment des agréments, des habilitations...

Chacun a convenu que ces procédures , mais aussi parfois les injonctions de nos «  autorités de contrôle », nous les avions subies mais que nous avions aussi pu et su développer des stratégies pour utiliser leurs contradictions, les subvertir...faire avec, ou sans !

Nous avons tous pu travailler, créer des établissements, des services, des nouveaux dispositifs .

Difficilement, souvent, mais nous avons pu inventer et bricoler.

Il fallut souvent composer, mais sans qu’aucun de nous n’ai eu à céder sur l’essentiel de ses convictions.

Pour certains, nous l’avons payé cher en étant « remerciés » sans ménagement, mais aucun ne peut dire qu’il a été empêché.

Pour ma part je n’ai bien sur pas pu faire tout ce que j’aurais voulu faire, mais je n’ai jamais fait ce que j’avais décidé de ne pas faire.

Le prix en fut plusieurs « remerciements » qui bien que sans ménagement n’en étaient pas moins « mérités ».

J’ai même rencontré, parmi les agents de ces « autorités de contrôle », des personnes qui pensaient.

Ils pensaient leur position d’agent mais aussi de sujet et de citoyen.

Ceux qui se disent empêché, le sont au mieux par paresse intellectuelle et au pire pour préserver leur « carrière ».

L’école est une institution publique, les enseignants sont « certifiés » et agent de l’état.

Il ne faut pas le déplorer, mais bien au contraire le défendre !

Ils sont soumis à des programmes , des évaluations, des inspections mais ils exercent aussi leur « liberté pédagogique » c’est à dire leur capacités critiques.

Votre médecin est conventionné secteur 1 ?

Secteur 2 !

Il vaut mieux alors avoir une bonne mutuelle.

Votre médecin est non conventionné !

Il vaut mieux alors être riche.

Fort bien, mais la psychanalyse !

Pas de ça chez nous !

Pas d’idéologie, pas de politique ?

Tous ces dispositifs sont à investir, tout d’abord puisqu’il n’en existe pas d’autres !

Nous n’avons pu, collectivement, en penser et créer d’autres.

Il faut dire que les vents contraires sont violents et que nous sommes actuellement « en marche ! ».

L’ARS n’est pas non plus en lévitation sociale, elle est un instrument d’une commande politique qui définit l’action et l’intervention médico-sociale et sanitaire. On ne peut pas espérer une commande sociale qui contreviendrait aux orientations politiques de notre pays.

Cette orientation politique est sans ambiguïté...mais pleine de contradictions.

C’est cet espace qu’il faut investir.

Cliniquement et politiquement !

Aucamville le 12 octobre 2018

Michel Cazeneuve

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