C’EST MA PRIÈRE !

IL EST UN BIEN ÉTRANGE RITUEL TOUS LES JOURS A 20H. APPLAUDISSONS ! MAIS QUI ET POURQUOI ?

C’EST MA PRIÈRE !

(Ce qui se souviennent de ce titre de Mike Brant feraient bien de rester confinés)

Mais d’abord il faut que je vous raconte une petite histoire afin que vous installiez dans vos oreilles cet accent et cette musique particulière : "Ah… !"

Car au-delà de cet accent étranger mais si familier, il y a pour nous blancs civilisés et développés, quelque chose d’étrange et d’inquiétant, quelque chose de notre propre histoire...de France.

Voilà, il y a déjà plusieurs mois, c’était donc avant !

7h30 du matin. Je patiente pour un examen, nous dirons pudiquement, désagréable dans une clinique toulousaine. L'humeur est maussade.
Devant moi s'alignent 4 chariots de nettoyage.
J'entends un petit groupe de femmes africaines ou d'origine africaines, leur accent m'est familier, s'approcher . Elles  arrivent dans le hall.
Ça parle, ça plaisante, ça rit.
L'une d'elle demande.
- Tu vas a la morgue ce matin?
- Hé!... Pour quoi faire?
- Ha!...Pour nettoyer !
- Pourquoi veux tu que je nettoie, ils sont tous morts, ils s'en foutent !!! »
Éclat de rire général !
Les chariots se dispersent.
Finalement la journée s'annonce bien.
Plein soleil aujourd'hui sur Toulouse. 

Il est 20 h. C’était il y a quelques jours, c'est donc après!

Aya a filé avec son vélo sur la longue piste cyclable. Nous sommes confinés et l’escapade dérogatoire nous conduit jusqu’à l’école.

L’école est fermée bien sur, mais... nous allons à l’école.

Elle a pris une bonne distance d'avance et je l' aperçois s’arrêter devant 2 personnes en bordure de la piste cyclable, puis elle s’éloigne.

Je me rapproche, intrigué par ces 2 personnes, un couple, en bordure de piste, absolument immobiles.

Personne aux alentours sur cette longue ligne droite, personne, exceptés nous.

Je m’aperçois alors qu’ils étaient devant leur maison et applaudissaient.

Mais c’est bien sur, il est 20 h !

Bientôt à porté de voix ils me proposent :

« Vous pouvez vous joindre à nous ! »

Je les croisais en leur souriant puis m’arrêtai. Une brève discussion !

«  Vous savez que ces blouses blanches que vous applaudissez étaient dans la rue il y a quelques mois et qu’alors la police les gazait et les tabassait...

- ... Oui mais c’était politique, là c’est pas politique! »

Je m’éloignais en me disant que je l’avais bien cherché et bien mérité.

En fin de soirée, j’emmenais Aya chez sa mère.

Elle est aide soignante dans un service de réanimation.

Elle est ivoirienne et étant aide soignante, elle est rapidement devenue franco-ivoirienne.

BFM rediffusait les applaudissements de 20 h et je savais le ressentiment qu’elle et bien d'autres nourrissaient de devoir se compter désormais parmi les héros de la nation !

Je lui racontais notre promenade avec Aya.

Elle éclata de rire et s’exclama :

"AH !!!! LES BLANCS, ILS ONT TOUS PEUR DE MOURIR !"

Je réalisais soudain que ce RITUEL à l’adresse de nos HÉROS était une PRIÈRE.

 

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