" PROTÉGEONS l’ACCES AUX SOINS PSYCHIQUES" : EVITER LE NAUFRAGE !!

Le soin psychique ( sa nature, son accès, ses praticiens…) est une question politique. Il est important d’en repérer les enjeux fondamentaux et la « souffrance des patients », le statut, la pratique, la rémunération des psychologues n’y suffisent pas.

A propos de la pétition adressée à E. Macron,J. Castex, O.Véran, J. Salomon sur change.org : PROTÉGEONS l’ACCES AUX SOINS PSYCHIQUES.



SUR LA PRESCRIPTION , LE « RAPPORT » OU « COMPTE RENDU »

« Ne pas pouvoir voir librement un psychologue quand vous le souhaitez. Devoir passer par votre médecin traitant, qui aura toute connaissance de vos souffrances les plus intimes car le psychologue devra lui en rendre compte ».

 « Une orientation du médecin est tout à fait compatible avec notre exercice, C'est une pratique courante. Sa prescription, en revanche, nous limite, et limite ainsi notre efficacité auprès de vous, patients

Par ailleurs, il est essentiel de continuer de permettre aux patients de consulter un psychologue en toute liberté ET en toute confidentialité, sans avoir préalablement besoin de passer par le médecin traitant, ni voir ses propos et sa prise en charge consignés dans un rapport destiné au médecin prescripteur, tel qu'il est actuellement exigé dans les expérimentations. » (pétition change.org) 

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-protégeons-l-accès-aux-soins-psychiques? ( pétition change.org)

Les psychologues ne sont pas des « paramédicaux », ce qui est très souvent entendu comme une péjoration de leur pratique. Ceci a d’ailleurs fait réagir nombre de paramédicaux qui ont peu apprécié, à juste titre, ces considérations des psychologues refusant «  d’être réduit à des paramédicaux ».

Il faut noter que sur les feuilles de soins agrées par l’ARS ( dispositif CPAM) figure en en tête explicitement :

« feuilles de soins psychologue clinicien/psychothérapeute agrée ARS »

C’est une contradiction , parmi d’autres très nombreuses, de ce dispositif !

Les psychologues dispensent donc un soin, sont donc inclus dans un parcours de soin. Compte tenu de l’organisation actuelle des politiques de santé et particulièrement de santé mentale il n’est pas du tout réaliste de penser que les psychologues pourraient échapper à une prescription médicale ( que d’aucuns appellent tutelle). On peut le regretter, mais penser que la détermination médicale et ses corollaires sont, dans ce dispositif (expérimental), la caractéristique essentielle et dominante opposée aux psychologues et à leur « liberté » me semble être une grave erreur politique.

Quant au dit « RAPPORT » ou « COMPTE RENDU » adressé au médecin prescripteur, pourquoi « ajouter au malheur du monde » ?

Maximilien Bachelart dans une interview ( par ailleurs intéressante) sur Beur FM parle aussi « d’établir des rapports » aux médecins traitants.( https://youtu.be/RjITWaVmcfI)

Bien nommer les choses …

Il ne s’agit ni de « rendre des comptes », ni de « rapporter » ( « les souffrances les plus intimes » cf pétition) comme ces termes surdéterminés le suggèrent, mais de bilans , synthèses ( appellation utilisée par la cpam sur les modèles qu’elle propose aux praticiens conventionnés).

Bref, il n’y a aucune contrainte clairement exprimée dans les indications de la CPAM ( il y a par contre des contradictions).

Pourquoi, alors mal nommer les choses ?

« Le psychologue est expert dans son domaine. Il est le seul professionnel à consacrer au minimum 5 années d’études supérieures sur le sujet spécifique du psychisme. C'est donc lui qui est le plus à même d'évaluer et de choisir ses méthodes (comme indiqué dans le code de déontologie des psychologues). » (pétition change.org)

La « prescription médicale », en tout cas sur la plus de soixantaine que j’ai pu voir, aucune ne prescrit ni une thérapeutique, ni un praticien. La prescription indique soit un bilan, soit un soutien, soit une psychothérapie structurée. Sans considérer ni s’attarder sur la pertinence de ces indications imposées par la CPAM, il n’y a aucune prescription / injonction !

Ce n’est pas une ordonnance !

Pour la 1ère fois, je crois, les médecins ont à « prescrire » quelque chose qui leur échappe complètement, une thérapeutique dont ils ont une connaissance au mieux partielle…

Dans la logique médicale, le médecin diagnostique, il sait doctement et donc prescrit une thérapeutique et une ordonnance, termes très connotés !

On sait bien toutefois que les choses ne sont pas toujours aussi simples pour le docteur !

C’est une nouvelle logique de « la prescription médicale » !

Il ne sait pas , alors il prescrit !

Et il prescrit sans savoir ce qu’il prescrit !

Bien souvent il comble son ignorance par un nom, un psy qu’il connaît directement ou indirectement pour diverses raisons, par divers réseaux.

Parfois il ne sait pas et ne connaît rien ni personne !

(Une exception notable, les comptes rendus du DSPP que je conserve précieusement : il s’agit parfois d’orientation thérapeutique clairement prescrite).

Comment pourraient ils s’y repérer, ces médecins traitants, pour PRE-SCRIRE ?

Dans les annexes de la convention signée avec l’ARS figure un encart ou le praticien peut ( doit?) préciser sa pratique en cochant les cases ad hoc :

1- TCC

2- Psychothérapie psychodynamique ou d’inspiration psychanalytique

3- Thérapie familiale systémique

4- Psychothérapie interpersonnelle

Difficile de s’y repérer !

Pour prescrire quoi ?

La prescription médicale est clairement une orientation vers souvent une destination inconnue et celles et ceux qui la vivent comme une prescription injonctive attentatoire à la liberté, pour le patient de choisir son praticien, et pour le praticien d’orienter sa pratique, m’incitent à interroger la nature de leur indignation .

SUR LA POLITIQUE DE SANTÉ

« Expérimentations de remboursement, chèque psy… on espère y voir un accès facilité pour les usagers, et une reconnaissance pour la profession. C’est sans compter que les institutions publiques, en grande souffrance, sont ignorées et laissées dans leur détresse. A défaut, l’état cherche à faciliter l’accès au soin en libéral, dans des conditions invivables pour les praticiens et leurs charges. » ( pétition change .org)

Bien sur l’organisation de la politique de santé est une politique, et la combattre est une conviction que je partage.

«Ces objets de soins ( publics et privés) sont aussi des objets de reproduction et participent ( certains pour tout et beaucoup pour partie) au maintien des rapports sociaux et d’un mode de production, de normes et de valeurs dominants … C’est bien le moins qu’ils puissent faire !

Il ne faut pas le déplorer, mais le savoir, mais ce savoir nécessite des outils de déconstruction de ces objets.

Il s’agit d’une analyse critique ou bien sûr, il est conseillé de lire Marx, Althusser et d’autres, lire du coté des « économistes atterrés » plutôt que du « cercle des économistes » ou de « valeurs actuelles », plutôt Keynes que Friedman...mais le problème c’est qu’il faudrait les lire tous !

C’est un premier temps qui permet donc de déconstruire ce nouvel objet : « dispositif de prise en charge et de prévention de l’aggravation des troubles en santé mentale d’intensité légère à modérée chez les personnes de 18 à 60 ans inclus » comme le formule l’ARS dans la convention que nous avons signé.

Chaque mot compte !

Ce dispositif s’inscrit donc dans une politique publique de santé mentale, financée par des fonds publics, décidée par un exécutif, au nom de choix politiques qui sont clairement orientés vers un modèle de société néo libérale ou les valeurs de compétitivité, de productivité , de profit et de marché sont cardinales mais aussi ou percole un type de rapport au monde et à l’autre singulier.

Ils produisent à la fois un service de soin mais aussi des normes et des valeurs, ce sont à la fois comme le dirait Althusser des Unités de Production et de Reproduction. Ce sont des Appareil Idéologique d’État ( AIE)...qui soignent, d’autres éduquent, forment, jugent ou punissent...

Un autre mode de production et de rapport de production ne changerait rien à cette intrication mais produirait d’autres normes et d’autres valeurs dominantes !

Il se pourrait que ce soit souhaitable !

https://blogs.mediapart.fr/michel-cazeneuve/blog/240121/le-consentement-au-partage-mode-de-production-et-mode-de-jouissance-septembre-2018

Ce premier temps d’analyse de ce nouvel objet me paraît indispensable pour éviter de le considérer comme nouveau, novateur, pervers, ou quoi que ce soit d’autres et s’égarer dans des indignations par trop auto centrées.

Il s’inscrit dans la lignée et la logique de tous les autres et il sera très probablement mis en concurrence avec ceux ci.

S’il est plus rentable ou productif que les autres ( par ex les CMPP), il emportera le marché ! (ce qui a de fortes chances de se produire).

SUR LA REMUNERATION

« Une base de remboursement AVEC dépassement d’honoraire autorisé semble la meilleure solution à ce jour, pour les patients qui auront un accès facilité au soin psychique, et pour les praticiens qui pourront survivre économiquement. » ( pétition change.org)

Sur la rémunération, il est clair que le calcul fait sur la base d’une rémunération de la fonction publique hospitalière est un calcul de technocrates fatigués.

On peut aussi se repérer aux rémunérations de base des praticiens médecins :

Consultation d’un généraliste : 25 euros

Consultation d’un psychiatre : 46 ,70 euros

Et les nombreuses majorations ?

Ce qui est alors revendiqué c’est la tarification à l’acte et selon le secteur, à l’instar des médecins secteur 1 conventionné sans dépassement d’honoraires

secteur 2 conventionné avec dépassement d’honoraires

secteur 3 non conventionné avec honoraires libres

La solution proposée est clairement destinée à régler le problème de la rémunération des praticiens en obérant les questions sociales que soulève ce mode de rémunération et notamment la question de la santé à 2 vitesses ( ou plutôt 3)

C’est une position très autocentrée.

POUR CONCLURE (provisoirement)

Le soin psychique ( sa nature, son accès, ses praticiens…) est une question politique. Il est important d’en repérer les enjeux fondamentaux.

La « souffrance des patients », la nécessaire « liberté » de choix du patient et de pratique du psychologue, son statut, sa rémunération et les revendications « cliniques » n’y suffisent pas.

https://blogs.mediapart.fr/michel-cazeneuve/blog/180221/dispositif-experimental-cpam-soins-psy-evaluation

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