Air France censure Le Figaro et Mediapart le prouve

Air France a demandé à plusieurs aéroports internationaux de retirer Le Figaro daté du jeudi 11 juin des vols de la compagnie, des salles d’embarquement et des salons. Mediapart a réussi à se procurer le télégramme d'Air France et le publie.

Air France a demandé à plusieurs aéroports internationaux de retirer Le Figaro daté du jeudi 11 juin des vols de la compagnie, des salles d’embarquement et des salons. Mediapart a réussi à se procurer le télégramme d'Air France et le publie.

En cause, un article reprochant à Air France de ne pas avoir remplacé assez vite les sondes Pitot de mesure de la vitesse aérodynamique impliqués dans des incidents qui ont émaillé les vols de certains Airbus A330 et A340 de la compagnie et qui pourraient être à l’origine des problèmes de l’A330 du vol 447 qui s’est abîmé entre le Brésil et l’Afrique, provoquant la mort de 228 passagers et membres d’équipage.

 

Dans cet article, intitulé «Air France avait déjà eu des incidents de sonde Pitot», Le Figaro assure, sous la signature de Fabrice Amedeo et Delphine Chayet, que «les messages envoyés par l'avion AF 447 peu avant la catastrophe laissent entendre que les sondes Pitot de mesure de la vitesse aérodynamique de l'Airbus étaient défectueuses et ont pu être l'une des causes du drame». Et d'ajouter: «Le groupe a même eu connaissance d'incidents survenus à bord de ses avions. Les rapports de plusieurs vols, dont Le Figaro s'est procuré une copie, font ainsi état de problèmes «anémométriques» et de «fortes turbulences». Il s'agit d'un vol AF 101 entre Canton et Roissy-Charles-de-Gaulle, d'un vol AF 279 entre Tokyo et Paris ainsi que d'un vol AF 908 entre Paris et Tananarive. À chaque fois, les pilotes font état de «de turbulences sévères», d'un «cocktail d'alarmes un peu incohérent» et de «pannes sévères en turbulence»

 

«À plusieurs reprises, précise Le Figaro, ces incidents surviennent lors du «passage entre deux cumulonimbus bien identifiés sur le radar». Le pilote d'un vol AF 279 rapporte même avoir «piloté l'avion en manuel avec mise en descente» et «envoi d'un message Mayday». À la fin de son rapport très précis, il indique que «l'équipage a suspecté la pollution des tubes Pitot par de la glace»

 

«Le 8 août 2001, à la suite de plusieurs incidents similaires, indique le journal, la Direction générale de l'aviation civile avait émis une consigne de navigabilité imposant aux compagnies aériennes le remplacement de tous les capteurs de vitesse sur leurs A 330. Sous peine d'inaptitude des avions concernés.» Le Figaro affirme que «mardi [9 juin], les syndicats de pilotes ont obtenu de la direction d'Air France qu'elle procède au remplacement accéléré de toutes ces sondes de marque Thales équipant les Airbus A 330 et 340». Soit près de huit ans après la note de la Direction générale de l'aviation civile. Mais, jeudi, ces informations-là, la plupart des passagers d'Air France n'ont pu les lire.

 

Le télégramme d'Air France demandant aux aéroports internationaux de ne pas distribuer Le Figaro du 11 juin.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.