Le papier de Mme Poinssot sur la Russie: survolage et racolage font bon ménage

Voici encore un papier confus dont le titre est de la désinformation pure; quand il lit "la grogne monte chez les militaires" le lecteur comprend "l'institution militaire" et se dit, tiens, tiens, une info intéressante: Poutine serait-il en délicatesse avec la caste post-soviétique des officiers ? ...

En lisant l'article, on s'aperçoit que le titre n'a rien à voir avec le contenu. À la rigueur, un titre comme: "la grogne monte chez les appelés du contingent envoyés en Ukraine" aurait pu convenir, même si cette assertion n'est soutenue que par des anecdotes et aucune donnée statistique, et l'article parle surtout de l'objection de conscience qui est un autre sujet, d'ailleurs intéressant en soi.

Finalement le meilleur titre par rapport au contenu aurait été: "L'objection de conscience mal reconnue en Russie". Mais le statut des objecteurs n'y semble pas plus fragile que dans notre bonne vieille France gaullo-giscardo-mitterrandiste de l'époque où le service militaire existait encore, une époque que Mme Poinssot n'a visiblement pas connue, et sur laquelle elle ne s'est pas documentée, ce qui lui aurait permis de mettre en perspective la situation actuelle en Russie par comparaison.

Rappelons aux jeunes générations et aux journalistes paresseux, qu'il a fallu chez nous une longue grève de la faim du militant anarchiste Louis Lecoin pour arracher à De Gaulle la création d'un statut de l'objection de conscience, tout en en faisant un parcours compliqué semé de restrictions (y compris celle d'en interdire la publicité: chez nous à l'époque gaulliste, la dame russe interviewée aurait pu être envoyée en prison pour avoir fait la promotion de l'objection de conscience auprès des appelés.)

Décidément, le traitement de l'information sur la Russie et l'Ukraine par Médiapart mériterait plus de rigueur intellectuelle, des journalistes mieux formés et des titres moins sottement racoleurs.

 

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