Comprendre la politique argentine en 10 leçons (5/10: le premier péronisme)

comprendre le péronisme est probablement ce qu'il y a de plus ardu pour un esprit français, cartésien en politique et habitué au clivage droite/gauche en environnement démocratique. Le mieux est de reprendre le fil historique du péronisme: Peron n'était au départ qu'un membre relativement secondaire de la junte militaire nationaliste d'inspiration fascisante arrivée au pouvoir en 1942. Lui-même avait été attaché militaire en Italie et était devenu un grand admirateur de Mussolini. Sa fortune politique est née de la conjonction de deux facteurs: la construction d'une base de pouvoir personnel en liaison avec les milieux populaires (il avait été chargé de s'occuper du secteur des réformes sociales du travail) et le charisme et l'intrépidité de son épouse Eva Duarte (qui avait des c... pour deux selon ses propres termes).

Le premier péronisme est clairement une variété de fascisme (mise en place d'un puissant appareil étatique de propagande, réformes sociales menées avec une vision corporative et organique de la société: verticalisation et assujettissement des syndicats, élimination y compris physique des dirigeants syndicaux non alignés sur le Chef, persécution des intellectuels de gauche non ralliés au système...).

Peron lui-même passe encore pour un génie politique chez beaucoup d'Argentins intoxiqués par la propagande péroniste. En réalité, il fut un dirigeant médiocre et cynique, d'une grande complaisance envers les nazis (ce n'est pas un hasard si tant d'entre eux trouvèrent refuge en Argentine en 1945) et d'un rare aveuglement géopolitique: en août 1944 il envoya sa police réprimer sauvagement les manifestations spontanées de joie dans les rues de Buenos Aires déclenchées par la nouvelle de la libération de Paris et il ne se décida à rompre son alliance tacite avec l'Axe qu'en... avril 1945.

Les ennemis du péronisme l'ont accusé de corruption massive, ce qui n'est pas faux, mais il faut préciser que les péronistes n'étaient pas beaucoup plus corrompus que les autres, simplement, la construction de l'appareil péroniste a permis de démocratiser la corruption active: le moindre chef de quartier du parti justicialiste pouvait devenir un profiteur du nouveau système clientélaire.

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