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retraité de l'ingénierie informatique et aéronautique et de l'enseignement dit supérieur (anglais de spécialité), écrivain et esprit curieux

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Billet de blog 7 janvier 2026

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Comment Milei rabote l'Etat de Droit en Argentine

L'Argentine de Milei devient petit à petit un état illibéral autoritaire.

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Malgré la décision de justice condamnant le protocole anti-manifestation de l'ex-ministre de l'intérieur Patricia Bullrich la police anti-émeutes continuait chaque mercredi à distribuer coups de matraques et grenades lacrymogènes aux pauvres retraités protestant devant le Congrès contre leur perte massive de pouvoir d'achat (-30% en 2 ans de miléisme).

Mais les dernières mesures institutionnelles prises par Milei vont bien au-delà de ces brutalités policières dont la Droite argentine est coutumière.

Le Décret National d'Urgence (DNU) 941/2025 pris le 31 décembre réorganise les services de renseignement et étend leurs prérogatives sans égard pour les principes de l'État de Droit. Au-delà du caractère fallacieux de l'urgence évoquée par le gouvernement, Milei et ses sbires étaient tellement conscients du caractère contestable de ce décret qu'ils ont attendu la fin de la session parlementaire pour le publier, afin que le Parlement ne puisse exercer son droit de contrôle ce qui constitue une première attente aux principes de la démocratie.

Milei avait déjà rebaptisé, via le DNU 614/2024 de juin 2024, l'Agencia Federal de Intelligencia (AFI) du nom de Servicio de Intelligencia del Estado (SIDE) un sigle de sinistre mémoire eu égard à un passé d'espionnage politique et de manipulation, ce qui valait déjà déclaration programmatique.

Ce DNU réorganisait l'ensemble des services de renseignement et de contre-espionnage en quatre départements dans le cadre d'un SIDE nouvelle formule. Il attribuait aux agents du SIDE le statut d'auxiliaires de justice et permettait de nommer le chef du SIDE sans validation par le Sénat et surtout il plaçait sous son contrôle l'ensemble des budgets des renseignements civils et militaires, mettant ainsi fin au principe de séparation entre ces ministères. Ce décret de 2024 a été attaqué en justice pour inconstitutionnalité, mais les juges ne se sont toujours pas prononcés.

Le nouveau décret fait sortir la cybersécurité du périmètre du SIDE pour le rattacher directement au chef de cabinet. On peut y voir un effet des règlements de compte au sein de la mafia miléiste entre le clan de Santiago Caputo (dont un fidèle est à la tête du SIDE) et celui de Karina Milei dont fait partie le chef de cabinet Adorni. Une autre entité chargée du cyber-renseignement sera créée séparément, ce qui va à l'encontre de l'objectif de rationalisation mis en avant, mais reflète probablement l'état du rapport de force entre les différents clans miléistes.

Sous prétexte d'éviter des doublons entre SIDE et Police Fédérale, ce nouveau décret vise à "réorienter les activités de l'Agencia de Seguridad Nacional [ASN, qui est l'un des quatre départements du SIDE new look] en matière de contre-espionnage pour identifier et analyser, dans une optique préventive, les menaces sur la sécurité stratégique nationale, y incluant les activités d'espionnage, sabotage, ingérence, interférence et influence."

Compte tenu de la tendance de Milei et sa bande à criminaliser toute opposition à leur politique et à empêcher la diffusion d'informations d'intérêt public, ce paragraphe à très large spectre est particulièrement inquiétant pour les militants politiques et associatifs et pour les journalistes.

Ce décret crée également deux "Communautés" l'une d'information et l'autre de renseignement, en chargeant le SIDE de coordonner le rassemblement et le croisement des données de tous services de l'Etat, y compris toutes les données personnelles sensibles, sans le moindre garde-fou de type CNIL.

La Commission mixte (Sénateurs et Députés) que les miléistes ont pris soin de ne pas convoquer ne pourra se prononcer sur ce DNU qu'en février ce qui donne pendant un mois toute latitude au SIDE pour amasser de l'information sans aucun contrôle. De plus, le secret devient la règle plutôt que l'exception, y compris vis-à-vis de l'organisme bicaméral chargé de contrôler les activités de renseignement.

Le nouveau service de cybersécurité rattaché au chef de cabinet est chargé de traiter "les risques et menaces sur l'intégrité de l'information publique et privée". Vu la pratique intensive du mensonge et de la désinformation par Milei et sa bande, ce nouveau service va avoir de quoi balayer devant sa porte...

La Direction du Renseignement Militaire Stratégique est dissoute, ce qui va renforcer la mainmise du SIDE sur le renseignement militaire au détriment du ministère de la défense, et la mise en place de la nouvelle organisation rendra floue la distinction entre les activités de renseignement militaire tournée vers les menaces extérieures et celle de la police concernant les menaces intérieures, d'autant plus que ce décret autorise le SIDE à requérir l'assistance et l'appui technique ou logistique des armées à ses activités.

Enfin ce décret autorise les agents du SIDE à appréhender des personnes en flagrant délit, se substituant ainsi au rôle de la police.

Cerise sur le gâteau, ce DNU aurait dû être signé par l'ensemble des ministres mais quatre d'entre eux (dont le ministre de la Justice) n'en sont pas signataires, ce qui devrait au moins temporairement le rendre sans effet, mais le respect du formalisme démocratique est le cadet des soucis du miléisme.

"Vive la liberté, bordel !"

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