Dans le Times Literary Supplement de cette semaine (N° 5805 daté du 4 juillet), se trouve un intéressant article de Charles Glass intitulé "Rogue males" (p 5) portant sur les activités de la CIA au Proche-Orient après la seconde guerre mondiale, à propos d'un récent ouvrage de Hugh Wilford America's Great Game consacré aux (mé)faits et gestes de Miles Copeland à Damas et des cousins Archibald et Kim Roosevelt à Beyrouth:
"Quand Copeland arriva à Damas en 1947, la Syrie avait un Parlement élu et un premier ministre sous un régime constitutionnel similaire à celui de la Troisième République en France. Il ne fallut pas longtemps à Copeland pour se lier d'amitié avec le Chef d'Etat-Major de l'armée syrienne, le colonel kurde Hosni Zaïm, et pour orienter ses réflexions vers la politique à un moment où le gouvernement civil retardait la conclusion d'un traité permettant la traversée de son territoire par un oléoduc américain allant de l'Arabie Séoudite et la Jordanie vers le Liban... Zaïm s'empara du pouvoir en 1949, le premier dans une série de coups d'Etat militaires qui ont empoisonné le monde arabe depuis lors".
Après avoir évoqué le complot contre Mossadegh, il arrive à la conclusion que:
"Sans l'argent et la complicité de la CIA nous aurions pu avoir une Syrie démocratique. Sans le soutien financier de la CIA nous n'aurions ni Frères Musulmans, ni Hamas, ni Jamaat Islamiya, ni Osama Ben Laden ni aucun des groupes déplaisants que nous identifions maintenant comme des ennemis et pour beaucoup d'entre eux au terrorisme. La CIA accepta l'Islam à l'ancienne mode, les oulémas discrédités d'Al-Azhar et les muftis impopulaire et non élus de Jordanie comme une façon d'abaisser le Proche-Orient".
Et l'article de conclure:
William Eddy, le fils né au Liban de missionnaires protestants américains, qui travaillèrent successivement pour l'OSS, la CIA et la compagnie pétrolière Arabian American se lamentait: "C'est encore une question ouverte de savoir si un opérateur de l'OSS ou de la CIA pourra jamais redevenir un homme entièrement honorable. Nous méritons d'aller en enfer quand nous mourrons." D'une certaine manière, l'enfer a réclamé son dû. Le 18 avril 1983, bien après la période couverte dans ce livre, un attentat-suicide fit sauter l'ambassade américaine à Beyrouth, faisant périr tout l'effectif de la CIA au Proche-Orient, qui se trouvait alors en conférence à l'ambassade. Les coupables étaient des fondamentalistes musulmans de la même sorte que ceux que la CIA avait encouragés pendant la Guerre Froide. Ils agissaient pour le compte de l'Iran, dont la CIA avait trente ans plus tôt fait disparaître le premier ministre laïque et nationaliste."
Et on peut constater que soixante-dix ans après la deuxième guerre mondiale, tous ces jeux tordus continuent de plus belle... et prévoir sans grand risque de se tromper que les mêmes causes auront encore et toujours les mêmes effets.