Michel DELARCHE
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Billet de blog 11 déc. 2017

Jeu d’échecs : la révolution AlphaZero

Google a encore frappé : après seulement quelques centaines de milliers de parties d’auto-entraînement à partir des seules règles du jeu son nouveau programme AlphaZero a aisément battu le programme champion du monde Stockfish (coté à 3500 points ELO, les meilleurs joueurs humains étant autour de 2800 ELO).

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AlphaZero présente évidemment un grand intérêt technique car ses capacités d’auto-ajustement de son réseau neuronal sans supervision humaine le rendent adaptable à une grande variété de problèmes combinatoires complexes. L’article d’ARXiV décrivant ses propriétés et ses performances est ici : https://www.arxiv-vanity.com/papers/1712.01815v1/
AlphaZero a également dominé les versions précédentes du système qui étaient spécialisées pour le jeu de go (ses performances sont nettement supérieures à celle d’AlphaGo qui avait battu le champion humain Lee l’an passé) et il a aussi battu Elmo, le programme champion du monde de Shogi (jeu d’échec japonais).
Par contraste, le champion déchu Stockfish représente la programmation traditionnelle du jeu d’échecs : une analyse arborescente optimisée par des techniques algorithmiques (ce que l’on appelle l’élagage alpha-bêta) et surtout par l’encodage du savoir empirique humain (bibliothèque d’ouverture, fonction d’évaluation).
Les performances d’AlphaZero sont également de nature à révolutionner ce jeu, en particulier au niveau du choix des ouvertures.
En effet, AlphaZero préfère nettement les ouvertures fermées (gambit dame, pion dame…) ou semi-fermées (anglaise) aux ouvertures ouvertes (espagnole, italienne...) ou semi-ouvertes (sicilienne, française, Caro-Kann...)

Les ouvertures préférées d’AlphaZero indiquent une appétence particulière pour la flexibilité (possibilités de transposition) et pour le jeu positionnel stratégique alors que les programmes du type Stockfish tirent leur force uniquement de leur capacité d’analyse tactique.
Ceci est confirmé par le fait qu’AlphaZero analyse en moyenne 80 000 mouvements par coup alors que Stockfish en épluche des dizaines de millions. On est encore loin des quelques dizaines de coups sur lesquels se concentrent les forts joueurs humains mais le fonctionnement d’AlphaGo est nettement moins fondé sur la force brute que celui des programmes traditionnels.
Sur cent parties jouées, l’ouverture avec laquelle AlphaZero a obtenu ses meilleurs résultats avec les blancs comme avec les noirs contre Stockfish est l’ouverture du pion dame (1. d4 d5 2. Cf3) suivie dans la majorité des cas d’une transposition vers le gambit dame refusé par 3. c4 e6 (24 victoires et 26 parties nulles avec les blancs ; 3 victoires et 47 nulles avec les noirs).

Les autres bonnes ouvertures du point de vue d’AlphaZero sont le gambit-dame et l’anglaise.
Avec les noirs, la deuxième meilleure ouverture d’AlphaZero est la variante Nimzovitch du gambit dame (le coup-clé est le clouage Fb4 sur le Cç3). Ni l’espagnole, ni l’italienne, ni la sicilienne, ni la Grünfeld chères à Maxime Vachier-Lagrave ne trouvent grâce aux yeux d’AlphaZero. On peut donc prévoir que les champions d’échecs vont se pencher attentivement sur ces statistiques en vue de faire évoluer leur répertoire d’ouvertures.

Plus généralement, ce triomphe d’AlphaZero confirme le tournant que l’informatique prend depuis quelques années vers l’auto-apprentissage des réseaux neuronaux, comme l’illustre la récente décision du spécialiste de la traduction automatique SYSTRAN de remplacer par ces nouveaux outils son approche traditionnelle à base de règles et d’encodage du savoir humain : https://www.latribune.fr/technos-medias/internet/quand-l-intelligence-artificielle-revolutionne-la-traduction-automatique-626326.html

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