De qui se MOOC-t-on ?

La semaine dernière, Le Monde s'est fendu d'un long article sur l'évolution du système éducatif où l'on retrouve tous les clichés à la mode, par exemple à propos de la généralisation de l'enseignement massif en ligne (MOOC).

Vu le taux d'abandon constaté des usagers des MOOC aux États-Unis (de l'ordre de 90 à 95%) je pense que dans sa forme "pure" ce type de système n'a guère d'avenir sauf pour des gens extrêmement motivés, en particulier pour des formations techniques très ciblées.

Le pseudo-MOOC sans interactivité tel qu'on le voit mis en oeuvre ici ou là (par exemple, dans le genre zéro valeur ajoutée du système en ligne, il y a sur le site de l'Université de Genève un cours en ligne où un mandarin historien est filmé, sur un fond de décor urbain, pérorant sans aucun support graphique comme s'il était en train de donner une conférence dans un amphi...)

De même, les très nombreux "MOOCs du pauvre" consistant à pointer une caméra vidéo sur un enseignant griffonnant des équations au tableau noir me semblent sans grand intérêt.

Cela dit, tous les MOOCs, même les plus mal fichus, peuvent avoir un certain avenir économique compte tenu des puissants intérêts privés qui militent en leur faveur.

Sur la base de mon expérience personnelle (5 ans de participation à la mise en place et à l'exploitation opérationnelle d'un système de formation en ligne pour les langues à destination des étudiants de première année d'université), il me semble que la démarche la plus prometteuse consiste à développer des systèmes en ligne couplés avec un tutorat humain assurant un retour personnalisé vers chaque étudiant pour le guider dans l'analyse de ses erreurs et l'aider à définir des axes prioritaires de progression.

Ce type d'approche donne plus de flexibilité que les cours en présenciel, à la fois pour les étudiants non physiquement disponible (salariés etc.) et pour les enseignants faisant du télé-tutorat, mais il faut bien se rendre compte que, vu la réactivité et le niveau d'individualisation du suivi qui sont nécessaires, ce système requiert énormément de ressources humaines (quoique moins que des cours en présenciel) pour fonctionner correctement.

Dans cet article du Monde, un autre élément de discours a attiré mon attention: l'opposition que met en exergue l'auteur de l'article entre "compétences personnelles" et "savoir-faire" d'une part, et "savoir académique" d'autre part.

Comme si les "compétences personnelles" acquises au terme d'un processus d'apprentissage pouvaient être autre chose que la mise en action d'un savoir-faire s'appuyant sur du savoir tout court (académique ou non).

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