El Silencio et l'Eglise argentine

Je recommande à tous la lecture de l'ouvrage de Horacio Verbitzky El Silencio. El Silencio était le nom d'une petite île du delta au nord de Buenos Aires, propriété de l'église catholique qui fut aimablement prêtée aux militaires argentins pour y transférer quelques victimes encore vivantes de la dictature lors de la coupe du monde de football de 1978.

Je recommande à tous la lecture de l'ouvrage de Horacio Verbitzky El Silencio. El Silencio était le nom d'une petite île du delta au nord de Buenos Aires, propriété de l'église catholique qui fut aimablement prêtée aux militaires argentins pour y transférer quelques victimes encore vivantes de la dictature lors de la coupe du monde de football de 1978.

L'auteur y évoque, avec certaines précautions oratoires qui manifestent sa probité intellectuelle, le rôle ambigü de Bergoglio (à l'époque responsable des Jésuites) en ces termes (que je vous traduis au plus près du texte original):

Mignone dénonça la "sinistre complicité" ecclesiastique avec les militaires "qui se chargèrent de faire le sale boulot de nettoyer la cour intérieur de l'Eglise avec l'acquiescement des prélats". Selon le fondateur du Centre d'Etudes Légales et Sociales "en quelques occasions le feu vert fut donné par ls évêques eux-mêmes" et il en donne un exemple avec la détention de Yorio. [un des jésuites séquestrés par les militaires)

D'après différentes expressions entendues par Yorio durant sa captivité, il apparaît clairement que l'Armée interpréta une telle décision, et possiblement certaines manifestations critiques de son provincial jésuite, Jorge Bergoglio, comme une autorisation d'agir à son encontre. Sans doute, les militaires avaient alerté les deux quant à sa supposée dangerosité. Que dira l'histoire de ces pasteurs qui livrèrent leurs brebis à l'ennemi sans les défendre ni venir à leur secours! (p 58)

Les témoignages varient sensiblement quant à l'attitude de Bergoglio à l'époque:

Alicia Oliveira, proche de Bergoglio, explique:

"Lorsque la répression militaire commença, certains parmi les militants comme parmi les habitants du bidonville soutenaient que pour ceux qui s'occupaient d'alphabétisation et d'évangélisation le mieux était de s'éloigner quelque temps. J'ai participé à des discussions avec des catéchistes qui se refusaient à le faire parce qu'ils disaient qu'ils avaient un mandat divin et qu'on ne pouvait pas les obliger. Avec le même critère de préservation des gens, Bergoglio ordonna  aux prêtres de s'éloigner du bidonville. Mais la Compagnie de Jésus est organisée sous forme militaire depuis Ignace de Loyola. Ils refusèrent d'obéir et il les exclut de la Compagnie. Je n'affirme pas que ce fut la meilleure attitude possibl, mais on ne peut la confondre avec le fait de les livrer". (p 102)

Une personne qui accepta de transmettre quelques réflexions de Jalics avec l'accord du prêtre dit que: "Pendant des mois Bergoglio dit à tout le monde que les deux prêtres étaient avec la guérilla. Un évêque avoua à Jalics que c'était Bergoglio qui le lui avait dit. Jalics lui reprocha d'avoir ainsi joué avec la vie des deux". Ce que nie Bergoglio "Jamais je n'aurais pu les caractériser comme guerilleros ou communistes, entre autres choses parce que je n'ai jamais cru qu'ils le fussent". (p 103)

 Ce que je trouve suggestif dans ce passage est que Bergoglio nie spontanément les avoir traités de "communistes" alors que ses accusateurs n'utilisent que le terme "guerilleros"...

Bref, Bergoglio est au mieux un digne successeur de Pie XII le silencieux et au pire une ignoble crapule.

 PS: je viens de lire la note que consacre ce jour H.V. à Bergoglio dans Pagina/12 sous le titre "Ersatz"

Il y rappelle les casseroles anciennes que traîne le nouveau pape puis critique son opposition systématique à la politique égalitariste des Kirchner (que H.V. soutient dans le cadre du groupe d'intellectuels Carta Abierta) et son opposition farouche à leurs réformes "sociétales" comme on dit chez nous.

Il conclut en qualifiant le nouveau pape de "populiste conservateur" comme ses précesseurs Jean-Paul II et Pie XII, ce qui n'est pas mal vu.

 

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