Argentine: les ravages d'une coalition incivique

Dans l'affaire d'Alessio se découvrent chaque jour de nouvelles ramifications et en remontant les fils de toutes les manipulations médiatico-politiques orchestrées par la droite argentine de ces dernières années on retrouve toujours d'Alessio.

Dans l'affaire d'Alessio se découvrent chaque jour de nouvelles ramifications et  en remontant les fils de toutes les manipulations médiatico-politiques orchestrées par la droite argentine de ces dernières années on retrouve toujours d'Alessio opérant de concert avec les principaux dirigeants politiques de Cambiemos, des procureurs et juges corrompus mais intouchables car au service du pouvoir exécutif, des membres des services secrets faisant de l'espionnage politique, des journalistes-sic espionnant leurs propres collègues et relayant complaisamment toute désinformation pouvant nuire à l'opposition tant péroniste que non-péroniste.

Cette coalition incivique a monté, avec la compiicité des autorités américaines et israéliennes, de nombreuses opérations de désinformation et de destabilisation à l'encontre du précédent gouvernement, opérations qui se poursuivent encore aujourd'hui, comme en témoigne les procès dénués de fondement qui continuent contre l'ex-présidente Fernandez de Kirchner à propos de l'attentat de l'AMIA et de l'affaire Nisman, alors même que ce système judiciaire inique a refusé de condamner l'ancien président Menem qui fut le principal responsable politique du sabotage initial de l'enquête sur l'attentat...

Entrent dans cette catégorie les élucubrations d'Elisa Carrio à propos d'un prétendu commando irano-vénézuélien qui serait venu assassiner Nisman. Elisa Carrio, par son histrionisme, son narcissisme, sa démagogie, son mysticisme catho-réac et son irresponsabilité est devenue une des figures du microcosme politique argentin  parmi les plus toxiques pour la démocratie et sa Coalition soi-disant Civique s’avère n’être qu’un des éléments d’une vaste coalition incivique.

Ses contacts avérés avec d'Alessio et d'autres acteurs de l'infra-monde judiciaire nous révèlent d'où provenaient toutes les pseudo-révélations fracassantes qu'elle répandait de manière incontrôlée dans les médias proches du pouvoir.

De la même façon, on retrouve d'Alessio à la source d'une opération de désinformation montée par Daniel Santoro, journaliste-sic du groupe Clarin, à l'encontre de Maximo Kirchner et de l'ancienne ministre de la défense Nilda Garré les accusant faussement de détenir 43 millions de dollars dans une banque américaine. Santoro est également cdénoncé pour avoir fourni des informations privées sur deux de ses collègues, informations qui ont servi à nourrir les activités d'espionnage illégal de d'Alessio.

À l'époque où ses pseudo-révélations faisaient la une de Clarin, il eût été facile à Santoro de découvrir la fausseté de l'information qu'il relayait car des montants de cet ordre sont répertoriés anonymement  banque par banque par la Réserve Fédérale étatsunienne et la banque en question ne présentait aucun dépôt supérieur à 6 millions de dollars: il lui aurait suffi de faire une petite recherche sur Internet car ces données sont publiques. Bref, en plus de jouer les informateurs de basse police pour le compte de d'Alessio, Santoro s'est révélé paresseux et incompétent, ce qui ne l'a pas empêché d'être encore et toujours couvert par sa hiérarchie et de bénéficier de l'indulgence corporatiste de toute la caste médiatique.

D'Alessio fut également le recruteur pour le compte de Stornelli d'un expert véreux (aujourd'hui inculpé) ayant servi, par le biais d'un rapport mensonger sur les coûts d'approvisionnement en Gaz Naturel Liquéfié à faire emprisonner l'ancien ministre De Vido pour une affaire de surfacturation d'une livraison de gaz, affaire montée de toutes pièces par le procureur Stornelli et le juge Bonadio (De Vido n'est certes pas une blanche agnelle expiatoire, mais il a suffisamment d'autres casseroles à son actif pour qu'on ne lui en invente pas à partir de rien).

Une autre vilaine opération montée il y a quelques années par D'Alessio révèle que les kirchnéristes n'étaient pas la seule cible de ses manoeuvres de destabilisation. Après l'arrestation des dirigeants de la tristement célèbre bande de narco-trafiquants de Rosario connue comme « Los Monos », d'Alessio alla rencontrer le chef de la bande et lui promit une réduction de peine en échange d'un faux témoignage visant à salir Lifschitz, le gouverneur socialiste de la province.

Un nouveau procureur nommé Bidone (celui-là est bien aussi « comme son nom l'indique », dirait le Canard Enchaïné) vient d'être mis en cause car recourant d'Alessio pour blanchir de l'argent obtenu illégalement, tout en lui fournissant des informations d'origine policière et judiciaire sur des cibles à qui D'Alessio voulait extorquer de l'argent.

Toutes les manipulations crapuleuses qui émergent depuis quelques semaines de l'analyse des dossiers de D'Alessio par le juge fédéral Ramos Padilla montrent crûment comment l'espionnage américain (d'après ses références à "Maine",Etat du nord-est des USA hébergeant un centre de pilotage des activités clandestines de la CIA, il semble bien aue D'Alessio ait été un agent au service des Américains), le pouvoir macriste et leurs relais médiatiques s'y prennent pour désinformer l'opinion et nuire à leurs adversaires politiques, et comment divers escrocs et « opérateurs judiciaires », comme on dit pudiquement ici, utilisent ces dossiers au passage pour s'enrichir par le chantage et l'extorsion.

Il n'est donc pas surprenant qu'après la mise en cause du procureur Stornelli (dont les échanges par WhatsApp avec d'Alessio prouvent qu'il lui avait demandé d'espionner un avocat de la défense avec une caméra cachée, ce qui est en soi scandaleux, et surtout révélateur de l'absence totale d'éthique de la mafia politico-judiciaire qui règne à Comodoro Py), le gouvernement se soit précipité vendredi soir pour demander au Conseil de la Magistrature le dessaisissement du juge Ramos Padilla. Mais l'énormité du scandale laisse espérer que Ramos Padilla pourra poursuivre son enquête.

Dans un régime normal d'Etat de Droit, c'est au contraire Stornelli qui aurait d'ores et déjà suspendu de ses fonctions et contraint à se rendre à la convocation de son collègue, et l'ensemble des dossiers qu'll traite auraient été confiés à d'autres magistrats (il est cependant possible que Stornelli s'attende à quelque chose de ce genre car la Presse indiquait ce dimanche qu'il se préoccupe de s'adjoindre d'autres procureurs).

Mais si l'Argentine était un pays normal, cela se saurait...

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