Michel DELARCHE
retraité de l'ingénierie informatique et aéronautique et de l'enseignement dit supérieur (anglais de spécialité), écrivain et esprit curieux
Abonné·e de Mediapart

1490 Billets

0 Édition

Billet de blog 23 oct. 2018

Michel DELARCHE
retraité de l'ingénierie informatique et aéronautique et de l'enseignement dit supérieur (anglais de spécialité), écrivain et esprit curieux
Abonné·e de Mediapart

La nouvelle bicyclette financière argentine

La politique monétariste de gel de l'émission monétaire est une illusion qui se terminera comme d'habitude en hyper-inflation, spoliation des petits épargnants et défaut sur la dette publique.

Michel DELARCHE
retraité de l'ingénierie informatique et aéronautique et de l'enseignement dit supérieur (anglais de spécialité), écrivain et esprit curieux
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pour le moment, le seul objectif du gouvernement (et du FMI) n'est pas de passer l'été, mais seulement d'éviter,  juste avant le sommet du G20, le chaos que représenterait une course panique vers le dollar (la "corrida cambiaria") suivie d'une nouvelle dévaluation massive du peso dans les toutes prochaines semaines. Dans un précédent billet, j'avais déterminé que le retard de change vis-à-vis de l'inflation allait exiger à brève échéance une remontée du dollar vers les 50-55 pesos, soit bien au-dessus du plafond de 44 pesos accordé avec le FMI et du très artificiel cours actuel de 37-38 pesos.

Décembre-janvier étant les mois des départs en vacances d'été et de versement du demi-treizième mois de fin d'année (le "medio-aguinaldo"), la fringale de dollars va certainement se manifester de nouveau à partir de mi-décembre et jusqu'à fin janvier. Mais le sommet du G20 sera passé... Et d'ailleurs, pour éviter de trop grosses manifs contre le FMI, Macri, Trump et le G20 dans son ensemble, le gouvernement a également déclaré que le 30 novembre (jour d'ouverture du sommet) serait non travaillé à Buenos Aires.

La nouvelle politique affichée par la Banque Centrale argentine après sa seconde négociation avec le FMI est de stabiliser la masse monétaire au sens strict (M0) en n'émettant aucun nouveau billet de banque et en réduisant le volume total de liquidités disponibles, prétendant ainsi réduire l'inflation et abaisser le cours du dollar.

Mais pour réduire la masse de pesos en circulation tout en désamorçant la bombe des Lebacs, ces bons à court terme (quelques mois à un an) et haut taux d'intérêt, un nouvel instrument a été mis en place, les Leliqs, des "lettres de liquidité", que les humoristes locaux ont rebaptisés "lettres de liquidation".

Les Leliqs sont des instruments à très court terme (une semaine à un mois) qui contrairement aux Lebacs sont réservés aux banques et qui servent un taux d'intérêt de marché (72% annuel pour être compétitif avec les placements en dollars, soit 104% annuels avec les intérêts composés s'accumulant de semaine en semaine). Pour les rendre encore plus attractifs, les Leliqs sont admis à faire partie de l'encaisse obligatoire que les Banque doivent déposer auprès de la Banque Centrale (encaisse qui a été récemment augmentée). Les banques utilisent les intérêts des Leliqs pour proposer à leurs clients des placements à terme sur compte d'épargne ("plazo fijo") rémunérés à 40 ou 45% (c'est-à-dire compensant à peu près l'inflation de cette année) et relancent ainsi la bicyclette financière.

De nombreux économistes considèrent les Leliqs comme encore plus dangereux que les Lebacs du fait de leur caractère ultra-spéculatif (instruments à très court terme et à taux d'intérêt très élevé).

Autrement dit, le gouvernement argentin, sous couvert de réduction de M0, est en train de provoquer un énorme gonflement de la masse monétaire dans ses périmètres M1 et M2 (dépôts à vue et comptes d'épargne). Le montant total de Leliqs (500 milliards de pesos) a déjà atteint la moitié du montant maximum d'avril dernier en Lebacs, mais à un taux d'intérêt presque trois fois supérieur (72% au lieu de 26%).

Mais, comme l'explique bien Paul Jorion, les Banques ne créent pas vraiment de la monnaie, seulement des reconnaissances de dette envers leurs clients... et le jour ou le système explosera, les petits épargnants perdront tout.

Conclusion: la politique monétariste de gel de l'émission monétaire est une illusion qui se terminera comme d'habitude (car c'est la même politique catastrophique qui avait déjà été mise en oeuvre sous l'égide du FMI en 1988-89 et en 2000-2001) en hyper-inflation, spoliation des petits épargnants et défaut sur la dette publique.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Annie Ernaux, une œuvre intime et percutante
Annie Ernaux vient de se voir décerner le prix Nobel de littérature, et il y a de quoi se réjouir. Mais que vient dire cette récompense d’une écrivaine qui déclare : « Ce que je veux détruire, c’est aussi la littérature » ?
par Lise Wajeman
Journal — International
Lev Ponomarev : « La folie de Poutine progresse à mesure qu’il perd, puisqu’il ne sait pas perdre »
Lev Ponomarev, opposant à Vladimir Poutine, est un défenseur des droits, en exil pour avoir protesté contre l’invasion de l’Ukraine. Il dresse le tableau d’une Russie aussi accablée qu’accablante. Et raconte son expérience de demandeur d’asile en France.
par Antoine Perraud
Journal — Migrations
En France, « rien n’a été prévu » pour accueillir les exilés russes
Depuis le début de la guerre d’invasion russe en Ukraine, des centaines de Russes sont venus chercher refuge en France. Confrontés à un manque criant de politique d’accueil et à des obstacles en tout genre, ils ont surtout trouvé de l’aide auprès de réseaux d’entraide.
par Nejma Brahim
Journal
Pétrole : le cartel des pays producteurs ajoute sa pierre à la récession mondiale
En décidant de réduire massivement sa production pétrolière, l’Opep+e cartel des pays producteurs prend le risque de précipiter une crise mondiale. Maître du jeu dans l’organisation, l’Arabie saoudite est désormais totalement ralliée à la Russie. L’Occident n’a jamais été aussi isolé.
par Martine Orange

La sélection du Club

Billet de blog
Transition écologique ou rupture sociétale ?
La crise actuelle peut-elle se résoudre avec une transition vers un mode de fonctionnement meilleur ou par une rupture ? La première option tend à parier sur la technologie salvatrice quand la seconde met la politique et ses contraintes au premier plan.
par Gilles Rotillon
Billet de blog
Reprendre la main pour financer la bifurcation sociale et écologique
Attac publie ce jour une note intitulée « Reprendre la main pour financer la bifurcation sociale et écologique ». Avec pour objectif principal de mettre en débat des pistes de réflexion et des propositions pour assurer, d’une part, une véritable justice fiscale, sociale et écologique et, d’autre part, une réorientation du système financier.
par Attac
Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Doudoune, col roulé et sèche-linge : la sobriété pour les Nuls
Quand les leaders de Macronie expliquent aux Français comment ils s'appliquent à eux-mêmes les injonctions de sobriété énergétique, on se prend à hésiter entre rire et saine colère.
par ugictcgt