Élection présidentielle: ce que nous disent vraiment les sondages sur le premier tour

En analysant les derniers sondages parus on peut tirer quelques conclusions, dont certaines vous surprendront peut-être.

Si l'on considère le dernier sondage paru qui situe Macron à 26%, Le Pen à 25%, Fillon à 17%, Mélenchon à 14%, Hamon à 11,5% et Dupont-Aignan à 4% on obtient un cumul apparent des suffrages exprimés de 97,5%, les 5 autres candidats ensemble relevant de l'épaisseur du trait (puisque la marge d'erreur typique est de l'ordre de 3-4 %).

En réalité, si l'on module ces pourcentages par la proportion d'électeurs proclamant que leur choix est désormais fixé (cette proportion varie de 51% pour Hamon à 82% pour Le Pen) on obtient les "scores-socles" suivants:

Le Pen: 20,5% ; Macron: 16,5% ; Fillon: 11,7% ; Mélenchon: 8,5% ; Hamon 6% et Dupont-Aignan 2,5% soit un total de seulement 67% des suffrages potentiellement exprimés.

Quelles conclusions raisonnables en tirer ?

1°) Le Pen sera au dessus de 20%;

2°) Macron dispose maintenant d'un socle nettement plus large que Fillon, quoi que l'on nous dise sur la friabilité de sa position;

3°) Contrairement à ce que nous serinent certains éditorialistes de droite, le fameux socle de Fillon n'a pas cessé de se réduire de semaine en semaine (il avait démarré à 28% dont les 3/4 prétendaient être sûrs de leur choix, soit un socle initial supérieur à 20%, équivalent à celui de Le Pen aujourd'hui) alors que son électorat sûr est aujourd'hui à un niveau extrêmement bas, totalement inédit pour un candidat représentant l'ensemble de la droite parlementaire;

4°) Contrairement aux rêves de certains militants de gauche, le socle global de Mélenchon+Hamon n'atteint que 14,5% ce qui est insuffisant pour justifier un vote utile à gauche; dans l'état actuel des choses, le seul intérêt d'une candidature unique à gauche serait de décaler Fillon de la 3ème place à la 4ème (certains voudront m'objecter la dynamique d'une campagne unitaire, mais je leur répondrai en pointant les risques de déperdition de voix dans un sens comme dans l'autre: une part importante de l'électorat-socle de Mélenchon est bien décidée à ne plus voter PS et réciproquement Mélenchon serait rejeté par une fraction significative de l'électorat-socle de Hamon.)

5°) si l'on compare les sondages des 2 dernières semaines, 2 candidats sont sur une pente ascendante: Mélenchon et Dupont-Aignan; 2 candidats sont stabilisés: Le Pen et Macron ; 2 candidats sont en baisse: Fillon et Hamon.

Si l'on considère les principaux transferts possibles des candidats perçus à la baisse vers les autres candidats (qui eux bénéficient au contraire d'une position ou d'une dynamique positives et ne risquent pas de déperdition, sauf accident imprévisible) on peut essayer de quantifier l'effet maximal de cette dynamique en supposant que tous les électeurs hors socle des candidats à la baisse finissent par se décaler vers d'autres candidats:

Les électeurs qui quittent Fillon vont pour partie chez Le Pen et pour une part plus importante chez Macron (et maintenant une autre petite partie va pouvoir aller chez Dupont-Aignan au lieu de se réfugier dans l'abstention).

Les 31% d'électeurs volatiles de Fillon représentent 5,3% de l'électorat. Celà peut augmenter de 1,3% le score de Le Pen (qui capterait un quart des déçus de Fillon) et de 2,5% le score de Macron (qui en capterait environ la moitié) le reste pouvant aller pour partie chez Dupont-Aignan et sinon s'abstenir. Quant à ceux qui quittent Hamon, ils vont soit chez Macron soit chez Mélenchon, dans des proportions équivalentes.

Les 49% d'électeurs volatiles de Hamon ne représentent que 5,5% de l'electorat qui sont susceptibles de gonfler les scores de Macron et Mélenchon de 2,2% pour chacun.

Si la dynamique présentement observée se consolide a maxima dans les 4 semaines qui restent à courir avant le premier tour, on pourrait donc obtenir les résultats suivants:

Macron: 30,7% (soit ses 26% actuels plus 2,5% venant de Fillon et 2,2% venant de Hamon) ; Le Pen: 26,3% ; Mélenchon: 16,2% ; Fillon: 11,7%, Hamon 6% et Dupont-Aignan 5%.

Quelles conclusions supplémentaires tirer de cette évaluation ?

- Macron est dans la position la plus favorable car pouvant gagner des électeurs de deux côtés à la fois ;

- Il est donc loin d'être acquis que Le Pen soit en tête au premier tour ;

- le jusqu'auboutisme de Fillon représente une opportunité extraordinaire d'atomiser les Ripoublicains ;

- Hamon pourrait égaler le score de G. Deferre en 1969, Mélenchon devenant mutatis mutandis le nouveau Jacques Duclos ;

- Dupont-Aignan a une chance non négligeable d'obtenir le remboursement de ses frais de campagne.

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