L'Argentine vient de finaliser la renégociation de sa dette d'environ 10 milliards de dollars avec le Club de Paris (les principaux créditeurs concernés étaient le Japon et l'Allemagne, les Français et les Américains jouant un rôle de facilitateurs). Les conditions obtenues après deux jours de négociations-marathons sont très satisfaisantes pour l'Argentine:
Dans une logique de sanction très proche de celle du FMI, la demande initiale des créditeurs était un premier remboursement d'un montant de 2 milliards assorties d'un taux d'intérêt moratoire punitif de 12%; l'Argentine a obtenu au final une réduction de ce remboursement initial à 1150 milliards (en deux versements) et un taux d'intérêt moratoire de seulement 3% le remboursement étant échelonné sur 5 ans (pour un montant total de 9,7 milliards au lieu de 12 milliards initialement réclamés.)
Tout au long des négociations, l'Argentine a été inflexible sur deux points:
- exclure le FMI des négociations: la désastreuse politique d'endettement à l'international et de maintien de la parité peso-dollar poursuivie pendant dix ans par les gouvernements de Menem (péroniste) et de De La Rua (radical) avec le "Chicago Boy" Domingo Cavallo comme cheville ouvrière tout au long du processus a mené à l'implosion économique et à l'explosion sociale en 2001-2002 et l'influence néfaste des dogmes du FMI avait pesé lourd dans la catastrophe.
- ne pas remettre en danger l'économie du pays en imposant une nouvelle phase d'austérité. Il faut relever que les Allemands avaient envoyé à la table des négociations un responsable de la politique d'aide au développement plutôt qu'un ultra-orthodoxe des Finances ou de la Bundesbank ; les Américains ont également joué le jeu d'une attitude ouverte (d'autant plus qu'ils n'étaient pas impliqués directement pour un volume important). Ici on peut parler d'un "effet Piketty": même le FMI commence tardivement à reconnaître que les "réformes" anti-redistributives du néo-libéralisme sont socialement et économiquement contre-productive.
C'est un vrai succès pour le ministre des finances Axel Kicillof, dont le dynamisme contraste avantageusement avec l'incohérence, l'incompétence et la corruption du mélange de technocrates et de péronistes "canal historique" qui sévissait précédemment aux commandes de la politique économique Argentine.
C'est aussi et surtout une leçon à méditer pour les victimes européennes de la "Troïka": virer le FMI des négociations peut rapporter gros !
Comme quoi, si la volonté politique ne peut pas tout, elle peut néanmoins obtenir des résultats.
A contrario, l'absence de volonté politique vaut reddition inconditionnelle devant les prédateurs financiers internationaux (hedge funds etc.) et les diverses institutions au service de l'impérialisme euro-américain (Banque Mondiale, FMI, OCDE...): l'Ukraine et les autres victimes présentes et futures du système financier international savent désormais ce qu'il leur reste à faire.