En Australie comme en France, les enfants construisent des liens d’attachement avec leurs deux parents

En Australie, les enfants de moins de trois ans de familles divorcées n’avaient aucun espoir de passer une nuit dans la maison de leur père. Les centres de médiation familiale, qui sont un point de passage obligé avant toute décision de justice, décourageaient toute demande des pères allant dans ce sens. La presse australienne relate comment ces décisions sont aujourd’hui remises en question.

Cette décision était fondée sur un document d’aide aux services de médiation qui attirait l’attention sur l’incompatibilité entre résidence alternée des jeunes enfants et construction du lien d’attachement principal à la mère. Ce lien était donné comme la clé de leur développement psychique.

L’article de consensus signé par 110 experts dont certains éminents scientifiques australiens vient bousculer cette certitude.

Cet article de consensus montre que les enfants développent des  liens d’attachement avec plusieurs adultes qui leur procurent des soins et conclut que, dans les circonstances normales, les enfants de moins de trois ans se portent mieux s’ils ont des contacts qui comprennent des nuits avec leurs deux parents. Il est aussi montré que l’inverse est nuisible à la construction du lien père-enfant.

Ce consensus va à l’inverse des politiques publiques australiennes. L’article reprend et révise le rapport  scientifique sur lequel ces politiques étaient fondées. Conduite par la professeure Jennifer  McIntosh, l’étude suggérait qu’une nuit par semaine passée chez le parent qui n’est pas l’objet de l’attachement principal pouvait accroître le stress du jeune enfant dans certaines circonstances. Ces résultats ont eu des répercussions considérables dans les décisions de justice.

L’article de consensus des 110 experts montre que le rapport de McIntosh, Smyth et Kelaher, (2010) comporte deux erreurs graves. Premièrement, certaines données chiffrées produites par la recherche de l’auteur et publiées par ailleurs sont oubliées dans le rapport si elles ne vont pas dans le sens des idées du rapport. Deuxièmement, l’échantillon de l’étude n’est pas valable : 30% des parents n’avaient jamais vécu ensemble avec l’enfant.

Les 110 auteurs de l’article de consensus sont des experts reconnus mondialement dans leur domaine. Ils appuient l’idée qu’il n’y a pas d’attachement principal à la mère car l’enfant construit plusieurs liens d’attachement. De plus, dire que passer une nuit loin de la mère est nuisible à l’enfant n’a aucun sens : même dans les familles monoparentales, les enfants peuvent sans dommage aller passer la nuit chez des amis ou des grands-parents.

Les services de soin à l’enfant et de médiation familiale sont donc en train de revoir leurs positions et de modifier les documents d’aide qu’ils donnent aux parents séparés ou divorcés. Ils les aident à choisir un aménagement des temps passés avec leurs enfants qui soit équilibré entre le père et la mère. Cela se passe en Australie…

La même évolution positive pour les enfants adviendra-t-elle bientôt en France ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.