Le quinquennat du regrès

Si les mots ont du sens, peut-on encore parler de « gauche » à propos du quinquennat actuel ? Les lois et projets de loi ont-ils à voir avec le progrès, l’émancipation ? Ou bien marquent-ils une évolution régressive justifiée par le « réalisme » ou le « pragmatisme » face à la mondialisation, à la financiarisation de l’économie et à la lutte anti-terroriste ?

Par paresse intellectuelle, on s’était habitué, sans trop réfléchir, aux discours qui tendaient à gommer la différence entre la gauche et la droite. Avec le tournant de 2012 et le renoncement aux promesses électorales, la perte des repères politiques a entraîné un effort pour réexaminer les termes qui situent l’action politique. Il y a eu la tentative cosmétique de donner un peu de dignité au changement de direction de la sociale démocratie, et l’on a vu apparaître le « socialisme de l’offre » se plaçant dans la droite ligne du Reaganisme (supply-side economics) des années 1980. On a ensuite parlé de « gauche sociale libérale » qui la rapprochait explicitement de la droite néolibérale.

Traditionnellement, la gauche se situe « du côté du cœur », des idées progressistes, d’un idéal émancipatoire ; elle met en avant la justice, la solidarité, l’égalité, et en conséquence, soutient les dominés, les salariés, les minorités, les immigrés, les réfugiés. En devenant « réaliste », ce quinquennat – qui entrera peut-être dans l’histoire comme le quinquennat de la déchéance (tout au moins du débat sur la déchéance) – s’est rapproché du patronat, de l’entreprise, de la finance ; il s’est plié sans trop résister aux diktats de l’Europe ordo-libérale.  Il s’est permis des attitudes d’exclusion, voire quelques paroles racistes ; il est devenu sécuritaire et autoritaire.

Un cocktail de lois et de projets de lois, tout un travail législatif mené au pas de course sur le renseignement, la déchéance de nationalité, le code du travail et le droit pénal s’est dirigé vers un abaissement de l’état de droit, la réduction des garanties fondamentales, non seulement pendant l’état d’urgence mais aussi dans la vie quotidienne si l’état d’exception cesse un jour. Il est même question de proposer sans sourciller des journées de travail de 12 h (pendant quelques semaines) ou de 10 h pour les apprentis mineurs, comme au  xixe siècle, temps béni où les industriels étaient libres de faire comme bon leur semblait avec leurs ouvriers.

Ce quinquennat, avec son gouvernement prétendument socialiste, a tourné sa veste : il n’est plus motivé par un idéal de progrès social dans son élaboration d’un « nouveau modèle social ». Il s’est engagé dans la régression par rapport aux recommandations du Conseil National de la Résistance. Il est devenu le parti du regrès… ce qui laisse la Gauche pleine de regrets !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.