Patron contre représentants au Congrès américain

Ou comment le jeune patron d’une entreprise pharmaceutique se moque d’une commission d’enquête de la Chambre des Représentants, puis traite sur Twitter ces représentants du peuple américain d’ « imbéciles ».

Dernier épisode d’un feuilleton (*) impliquant le jeune patron d’une entreprise pharmaceutique, soupçonné d’escroqueries diverses, puis accusé d’avoir fait grimper soudainement le prix d’un médicament de 13,50 $ à 750 $. Spéculateur précoce de Wall Street, devenu récemment le patron de Turing Pharmaceuticals qui a racheté un médicament déjà ancien, le Daraprim utilisé pour traiter la toxoplasmose,  Martin Shkreli, 32 ans, a déjà un lourd passé de provocateur et d’homme d’affaires sans scrupule. Cette fois, il est convoqué par un comité de la Chambre des Représentants enquêtant sur la culbute du prix d’un médicament qui, pour certains patients, est une affaire de vie ou de mort. Shkreli refuse d’abord de se présenter, mais une assignation à témoigner (subpœna) l’oblige à se rendre le lendemain au Congrès. À plusieurs questions du président Républicain et d’autres membres, il refuse de répondre en invoquant son droit constitutionnel à ne pas dire ce qui pourrait se retourner contre lui lors d’un procès. La vidéo de ces moments-clés montre toute l’insolence cynique de ce riche patron-spéculateur : des sourires narquois expriment un mépris insultant pour ces représentants qu’il qualifiera quelques heures plus tard sur Twitter d’ « imbéciles ». Qu’a-t-il à faire d’appels à sa conscience face à des malades qui mourront s’ils ne peuvent acheter un traitement au prix exorbitant ? Son problème  n’est pas le juste prix du Daraprim mais le profit qu’il peut tirer de cette opération financière : 98 millions de dollars depuis l’été dernier et peut-être bien plus si l’on lui permet de continuer impunément.

 

Ce n’est pas seulement l’anecdote d’un spéculateur sans scrupule et sans doute pas très équilibré qui se permet d’insulter des représentants, mais le révélateur de la faillite d’un système économique sans limite, sans humanité et destructeur de la vie démocratique. Ici, il s’agit des dérives de l’industrie pharmaceutique ; les entreprises chimiques, grandes productrices d’herbicides toxiques pour l’agriculture industrielle (Monsanto…), ou de firmes spécialisées dans les énergies fossiles (Exxon, Total…), fourniraient bien d’autres exemples de sociétés suffisamment riches et puissantes pour dominer le pouvoir politique.

 

Les représentants Républicains n’ont guère apprécié d’être bafoués en public ; on verra par la suite s’ils ont les moyens de restaurer leur autorité et de faire respecter la « démocratie » américaine.

 

 

(*) http://www.theguardian.com/business/2016/feb/04/martin-shkreli-refuses-to-testify-congress-drug-daraprim

 

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