Trump et le « nativism » américain

Donald Trump, le milliardaire, candidat aux primaires des Républicains, vient encore de défrayer la chronique en voulant interdire l’entrée des États-Unis aux musulmans, même aux touristes.

Donald Trump, le milliardaire, candidat aux primaires des Républicains, vient encore de défrayer la chronique en voulant interdire l’entrée des États-Unis aux musulmans, même aux touristes. Faut-il parler de cet histrion toutes les fois qu’il fait progresser sa campagne électorale à coup d’insultes, de provocations outrancières, misogynes ou racistes, de moqueries à l’égard d’un handicapé ? Aux États-Unis, la réponse devrait être non, afin de ne pas aider sa candidature ; ici, le risque n’est que de perdre son temps à parler d’un bouffon sans importance. Pourtant, la critique d’un commentateur à l’un de mes billets, selon laquelle Trump ne serait pas représentatif des Américains, m’incite à en parler de nouveau. Sans doute serait-il hasardeux de s’aventurer sur le terrain de la représentativité, ce qui conduirait inévitablement à parler de l’insaisissable identité nationale américaine.

On peut au moins faire remarquer que ce Républicain a pu s’installer en tête de la course à l’investiture républicaine depuis des mois, alors qu’il n’a aucune expérience politique : il est seulement un milliardaire. Seulement ? Il prouve par ce fait qu’il ne se contente pas de paroles : il démontre qu’il a réussi, au point qu’on ne peut pas l’acheter. Argument en or ! Chaque fois qu’il va faire un discours, parfois juste dans un aéroport, à la descente de son jet privé, il y a une foule pour l’acclamer. Et les médias rendent compte aussitôt de ses dernières provocations, de ses remarques désobligeantes, contribuant ainsi à aider Trump à construire sa campagne sur le racisme, campagne elle-même imitée par ses concurrents : bien qu’extrêmes, ses positions ne peuvent être balayées d’un revers de la main. Son nationalisme, son populisme, sa brutalité, son extrémisme plaisent aux frustrés et ne sont pas si éloignées  des idées du Tea Party, ou des 31 gouverneurs qui refusaient l’accueil des immigrés syriens en novembre.

Lorsqu’il propose de construire un mur entre les États-Unis et le Mexique (en fait de  prolonger celui qui existe déjà en partie), lorsqu’il veut interdire l’entrée des musulmans sur le sol américain, ou lorsqu’il reproche au président Obama de vouloir glorifier des athlètes américains musulmans, loin d’être un excentrique insignifiant, Trump emprunte l’uniforme du nativism, un courant historique d’hostilité aux immigrants qui donne la préférence aux natifs des États-Unis. Ce mouvement s’est opposé aux vagues successives d’immigration au xixe siècle, notamment aux populations catholiques, jugées étrangères aux racines américaines : des églises et des couvents furent même  brûlés. Au milieu du siècle, un parti fut créé, le Know-Nothing, pour exploiter les sentiments anti-immigrés. Dans les années 1920, le Ku Klux Klan a pris la relève et s’est opposé aux Noirs et aux groupes qui n’étaient pas protestants. Trump s’inscrit dans cette tradition et exploite des pulsions qui, même si elles sont bien éloignées des idéaux proclamés par l’idéologie dominante américaine, motivent tout de même une part importante de l’opinion publique, au moins du côté des Républicains. La candidature du « Donald », extrême, polémique, n’est finalement pas aberrante.

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