Défiler ou se défiler ?

Je suis perturbé par la lecture ce matin d’un nombre important de billets, rédigés par des abonnés de Mediapart qui refusent de participer à la marche silencieuse de dimanche 11 janvier. Leurs auteurs ne veulent pas être manipulés par la présence de présidents de droite, français et européens, ainsi que de partis dont ils considèrent (à juste titre) qu’ils ne défendent pas toutes les valeurs de la République : il est évident que certains de ces politiciens ont exprimé à un moment ou un autre des positions racistes, soutenu des politiques d’exclusion et qu’il ont peu en commun avec l’esprit de Charlie-Hebdo. Il est vrai  aussi que ce beau monde n’a, par exemple, guère manifesté de soutien aux Palestiniens massacrés l’été dernier à Gaza, ni agi pour aider efficacement les Roms ou accueillir les réfugiés syriens.

Faut-il pour autant rester chez soi, aller à la pêche ou au ski ? Faut-il ne pas exprimer son soutien à la liberté de conscience, à la liberté d’expression et à la liberté de la presse en ce moment précis ?

J’ai lu le communiqué de la LDH, de la Licra, du Mrap et de SOS Racisme (« Pour une République effective », 9 janvier) en réaction au risque de récupération : il contient un constat accablant sur les problèmes sociaux et politiques que dirigeants et partis ont échoué à traiter. Il n’empêche que l’appel de ces associations à manifester « Parce que nous voulons vivre ensemble, sans racisme et sans discriminations, quelles que soient nos origines, parce que la laïcité sans adjectif, celle qui accueille sans exclure, est la garantie de la paix civile (…) » emporte la conviction et constitue une réponse des citoyens aux tueries du 7 et du 9 janvier.

Je participerai demain à la Marche républicaine de Lyon (« défilé silencieux, sans banderoles ni drapeaux »), à l’initiative du Club de la presse de Lyon et relayée par diverses associations, dont le Collectif 69 Palestine.

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