Après les attentats : comprendre ou non

Nombreux ont été ceux qui ont exprimé la difficulté de mettre en mots une réponse aux événements de ce vendredi 13 qui ressemble fort à un 11 septembre pour la France. Samedi, j’ai biaisé en n’abordant pas ce que j’avais seulement entendu à la radio et en me focalisant sur « la peur de comprendre » analysée par Edgar Morin.  Quelques jours après, on peut en schématisant classer les réponses au traumatisme des attentats dans trois catégories.

L’état d’exception.  Face à la violence du terrorisme de Daech, à son ampleur, à  l’idéologie nihiliste totalitaire, l’État annonce dans l’urgence une liste des mesures sécuritaires. Un état d’exception est mis en place pour quelque temps (3 mois ?). Il dit que la France est en état de guerre et doit créer un État en guerre. Il y aura en conséquence une Constitution modifiée par la nouvelle guerre ; il faudra s’habituer à des lois et règles d’exception dont on espère qu’elles ne réduiront pas l’état de droit, sinon, les terroristes auront réussi à détruire ce qu’ils exècrent, tout comme Al Qaeda a poussé l’Amérique de G. Bush au Patriot Act.

L’exclusion extrême.  Il s’agirait de mesures qui rejetteraient, enfermeraient le dangereux, l’étranger, l’inacceptable, sans aucunement s’embarrasser de scrupules. Toutes les « fiches S » seraient arrêtées et placées dans des camps d’internement : il n’est pas question de décisions de justice, seulement d’actions administratives puisque cela ne concerne pas des individus, mais des « fiches ». Dans ce discours-là, on n’envisage pas la possibilité de radicalisation renforcée dans les camps, ni ce qui se passera lors de la libération, à moins d’instituer un Guantanamo perpétuel. On propose aussi de déchoir de la nationalité les éléments dangereux et de les renvoyer « chez eux », ce qui ne les empêchera pas de revenir avec de faux papiers pour commettre un attentat. Ou bien on parle d’embrigader tous les jeunes migrants illégaux dans la Légion Étrangère afin de les envoyer ensuite combattre dans leur « pays ». L’imagination est féconde, mais elle ne va pas jusqu’à réfléchir à la faisabilité de ces mesures « concrètes » et fermes, ni à leur effet à long terme : elle ne cherche pas non plus à comprendre puisqu’il faut agir sur le champ.

Décrypter la folie terroriste.  Le juge Marc Trévidic (Mediapart, 15 novembre) suggère de « travailler sur les causes », de s’engager dans un « travail contre la radicalisation et contre l’idéologie islamiste ». De son côté, le psychanalyste Fethi Benslama (Le Monde, 14 novembre) considère que « Le phénomène de la radicalité a pris une telle dimension qu’elle nécessite une intelligibilité au croisement du politique, de l’histoire et de la clinique. » Cette approche complexe tente de comprendre la « fragilité identitaire », le fonctionnement de l’offre d’un « idéal total », « l’onde de propagation très longue » des « traumatismes historiques », « les craintes collectives de devenir autre : un “occidenté” ou un Occidental ».  On peut penser que ce travail d’analyse permettra de mieux comprendre les conditions d’endoctrinement par l’idéologie de l’islamisme terroriste et d’aider certains jeunes à ne pas succomber au lavage de cerveau.

On peut enfin réfléchir avec l’aide de la fiction. Aller voir le film de Robert Guédidian, « Une histoire de fou » qui, à propos de la mémoire arménienne, traite avec finesse du passage à la lutte armée et du sort des victimes innocentes.

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