Manifestations anti-racistes dans les universités américaines

Comme ils l’avaient programmé, les terroristes de Paris et de Saint-Denis ont semé la terreur ; ils ont en conséquence obtenu, à l’instar des polémistes grognons et des hommes politiques narcissiques, de faire la Une – émotionnelle –  et ainsi de réduire singulièrement les sujets de réflexion depuis quelques jours. L’information a également été restreinte, en grande partie cantonnée au traitement des massacres, des mesures d’exception prises en urgence par le gouvernement, et à la réaction des Français. Les questions politiques, sociales, écologiques sont passées au second plan, ainsi que ce qui se passe ailleurs qu’en France et au Moyen-Orient.

Pendant ce temps, un mouvement prend de l’ampleur aux États-Unis, celui des étudiants  qui se sont engagés depuis quelques semaines dans une lutte contre le racisme sur les campus, dans la continuité du mouvement de protestation aux brutalités policières, « Black lives matter ». Cela a commencé à l’université du Missouri où l’on a reproché à l’administration son insensibilité et son absence de réaction ferme à des actes racistes. La grève des joueurs de l’équipe de football, appuyée par les manifestations d’étudiants et d’enseignants, a obtenu la démission du président de l’Université.

Le mouvement s’est maintenant étendu à tout le territoire américain : une multitude d’universités sont affectées, même les plus prestigieuses, comme  Harvard, Tufts, Princeton, Stanford… Manifestations, forums de discussion sur les problèmes de discrimination raciale, grève des cours, occupation de bureaux de présidents, demande que certains membres des polices universitaires n’aient plus le droit de patrouiller sur les campus, changement symbolique du titre de responsable de résidence universitaire pour qu’il ne s’appelle plus « master » : la réponse inadéquate au racisme de la part d’administrateurs essentiellement blancs a conduit les étudiants à protester contre les différents aspects de la vie universitaire. Ils ont pris conscience que les racistes considèrent toujours que les Noirs ne sont pas vraiment à leur place à l’université, même si l’on est loin de la ségrégation qui régnait encore aux États-Unis dans les années 1950. Ils ne veulent plus supporter cet état de fait qui entrave leurs études.

Il est difficile de savoir comment le mouvement se développera, mais il semble profond parce qu’il vient à la suite de la prise de conscience née des événements de Ferguson : l’élection d’Obama n’a pas changé la situation des Noirs dans la société américaine, toujours marginalisés, ghettoïsés, traités différemment, même à l’université. Un racisme latent ressurgit de temps en temps et donne lieu à diverses injustices. Pour les étudiants noirs, ce n’est pas seulement leur avenir professionnel, leur place dans la société qui est en jeu, c’est aussi leur sécurité puisque leurs vies peuvent être menacées. C’est ce qui semble donner à leur mouvement tout son dynamisme.

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