Vivre « à part » en démocratie

Sébastien, un zadiste de NDDL, s’interroge pour savoir s’il serait vraiment inacceptable de permettre un autre genre de vie paysanne, communautaire, solidaire, « à part ». Sa question rejoint le rêve de Henry D. Thoreau au milieu du XIXe siècle.

Ce zadiste de NDDL (*) refuse un mode de vie paysanne classique (propriété, dette à l’égard d’une banque, travail individuel) et se rend compte qu’avec les autres habitants de la ZAD il vit « dans une forme de sécession » : il s’interroge pour savoir s’il serait vraiment inacceptable de permettre un autre genre de vie respectueux de la nature, communautaire, solidaire, …à part. « A-t-on le droit dans la nation d’avoir des bulles d’air où ça ne se passe pas comme ailleurs ? ».

Sans doute les défenseurs de la République « indivisible » (qui souvent omettent « démocratique et sociale ») y trouvent-ils à redire : la majorité a tranché contre les zadistes par un référendum fait sur mesure, et la loi, c’est la loi. L’expérimentation collective d’un autre mode de société contredisant l’idéologie néolibérale sur laquelle repose la société de marché n’est absolument pas tolérable.

La réflexion d’un penseur américain hétérodoxe du xixe siècle apporte un commentaire utile. Au terme d’un essai sur la résistance à un gouvernement indigne pour ses lois esclavagistes, Thoreau pose la question faussement naïve de savoir si la démocratie telle qu’elle existe aux États-Unis en 1849 est bien « l’ultime forme de gouvernement possible ? » L’enjeu est pour lui de faire reconnaître les droits de l’individu indépendant, doté d’une conscience, et il se plait à rêver d’un État qui le respecterait : « […] un État qui en vérité ne trouverait pas incompatible avec sa tranquillité l’existence de quelques-uns qui choisiraient de vivre en marge, sans se mêler de ses affaires ni se laisser séduire par lui, et qui rempliraient tous leurs devoirs de bons voisins et de bons citoyens ». (**)

Le contexte de cette réflexion est à l’évidence bien différent et l’individualiste Thoreau n’aurait vraisemblablement pas participé aux activités collectives d’une ZAD. Pourtant, il apporte une suggestion bien raisonnable : laisser à quelques individus la possibilité d’expérimenter, « en marge », un avenir qui permette de ne pas continuer à courir vers la catastrophe écologique que prépare l’addiction à la croissance et à la compétitivité. Tant pis si cela enlève quelques kilomètres carrés aux convoitises d’entrepreneurs du greenwashing.

 

(*) https://www.mediapart.fr/journal/france/230118/la-zad-se-cherche-un-avenir

(**) Henry D. Thoreau, Essais, trad. N. Mallet (Le mot et le reste, 2007, p. 175)

 

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