Ensauvagé, toi même!

Insulter et mépriser une catégorie de personnes en les renvoyant aux limites de la civilisation a toujours été le coup d'envoi du racisme organisé. la stigmatisation des jeunes (...) les gratifient d'un rôle d' adversaires privilégiés.

Monsieur Darmanin, ministre de l'Intérieur de notre Gouvernement à parlé: " il faut mettre un terme à l'ensauvagement de la France!" sans voir, ou sans reconnaitre, que le retour à la barbarie de notre société ne concerne pas seulement les quartiers de non-droit mais l'ensemble d'une population qui subit avec horreur et colère la désagrégation des liens sociaux, empathiques et fraternels opérée cyniquement par un Pouvoir qui confond profit et progrès. 

Il propose à notre société, une fois encore de se diviser entre civilisés et barbares. C'est bien le moment!

Déjà au temps de l'esclavage nous étions divisés…mais qui alors étaient les barbares?

Déjà au temps béni des colonies, nous étions divisés par vocation civilisatrice et prédatrice, qui était les barbares?

Et au Vel d'hiv, antichambre des camps, qui étaient les barbares?

Et, plus près de nous, aux USA dans la poursuite d'une tradition ancienne de génocide, qui sont les sauvages qui étouffent et flinguent à tout va les passants?

Et en Méditerranée, d'autres passants, en chalutiers…?

Et en Amazonie, en pirogues ?

En 1999, Chevènement avait voulu faire son intéressant  en évoquant les sauvageons des banlieues. Il comprit que le mot était inopportun, mais cela ne l'a pas empêché de s'envoler au secours des biens pensants qui se trouvaient justement à court d'idée pour qualifier leur incurie. Le voici de retour au moment même ou les français devraient se réunir, en dépit de tout ce qui les divise, pour rechercher les voies d'une nouvelle façon de vivre et résister aux assauts d'une impitoyable crise systémique dont la pandémie n'est qu'un avant goût.

Déjà, notre Président avait cette année fait une tentative de division avec son histoire de séparatisme qui devait devenir le fil conducteur d'une adaptation de la laïcité à notre époque…

Insulter et mépriser une catégorie de personnes en les renvoyant aux limites de la civilisation a toujours été le coup d'envoi du racisme organisé. Autrefois ont leur reprochait d'être dépourvus d'âme, puis de pureté du sang, puis d'une immoralité qui leur faisait franchir le seuil de l'animalité, puis enfin, d'exister. Il ne restera plus alors qu'a mettre en place une forme d'eugénisme qui pourrait viser, pourquoi pas?, les malades, puis les porteurs sains, puis leurs proches en commençant par les vieux et les migrants. Il suffirait de trouver un virus sélectif…ça ne doit pas être très difficile!

La stigmatisation est l'arme des puissants autarciques et égoïstes. Entre la fin de leurs privilèges et la fin de l'humanisme, ils ont choisi depuis longtemps. C'est pourquoi il est essentiel de se battre sur le champ de la morale fraternelle et universelle.

Pour le moment cette affaire d'ensauvagement, c'est juste un peu d'huile sur le feu, un coup de fouet pour la rentrée scolaire, pour parler d'autre chose que de virus. C'est  le retour, une fois encore, d'un ennemi de l'intérieur pour le mépriser, le désigner à la vindicte et ouvrir en grand les portes du racisme, façon Zemour.

Et, en plus, les biens pensants sont tellement bien-pensants qu'ils ne s'aperçoivent pas que la stigmatisation des jeunes sans boulot, sans éducation, sans valeur sociale, sans passé et sans autre fierté que celle de la provocation, les gratifient d'un rôle d' adversaires privilégiés. Plus ils seront écarter du destin national et plus ils s'affirmeront comme nos mauvais objets…nos "ennemis de l'intérieur". Ils acquerront une identité qui les enferme dans une communauté d'appartenance, avec ses identifications réciproques, ses fidélités, ses engagements d'honneur et une détestation accrue pour ceux qu'ils ne reconnaissent pas comme leurs.

Il est  facile de se convaincre de sa propre supériorité lorsqu’on dispose des récits de l’Histoire, des richesses culturelles, du marché de l’emploi, de l’usage des lieux de vie, des réseaux consuméristes des canons de la mode et du vivre ensemble.

Il est facile de rejeter aux marges de notre société ceux qui  refusent de stériliser leurs croyances, leur culture et leur mémoire et de les transformer en patrimoine figé et silencieux.

Il est facile, enfin, de dire que le droit à la caricature est universel si on fait mine d’ignorer qu’une culture dominante peut tout se permettre, y compris de caricaturer ses propres idoles, tandis qu’une culture dominée éprouve la dérision comme une humiliation de plus.

Il faut renoncer à ces facilités de la pensée qui flattent l’entre soi et qui rejettent les musulmans de France dans une communauté d’intouchables. Nous devons au contraire aller les uns vers les autres dans un mouvement partagé, une interpénétration  réciproque, une reconquête de la confiance.

C’est sur ce terrain-là qu’il faut mobiliser nos énergies, dans les institutions publiques, les écoles, les associations et tous les lieux de communication et de partage, de la rue à l'internet en passant par les synagogues, les temples, les églises et les mosquées. Il faudra longtemps pour atteindre ce but; mais, dés à présent, un changement d’attitude, un effort de compréhension, l’exclusion des provocations et le refus de toute forme de racisme et d'exclusivité s’imposent à chacun d’entre nous, quelle que soit son origine, son histoire et sa spiritualité. MJ

 

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