RACISME TOTALITAIRE

Des policiers à genou pour se désolidariser de leurs collègues qui ont encore besoin d’un bouc émissaire pour se décharger de leur peur et des « petites différences » dont ils ont honte. L’anti racisme, en dépit de la légitimité de son combat, nous contraint à une autocensure qui nuit à la reconnaissance et à la description des variétés de notre espèce.

RACISME TOTALITAIRE

Je suis très impressionné par ce qui se passe en ce moment aux Etats Unis. Dans mon dernier billet je parlais de l’indignité des dominants et de la dignité des dominés. Depuis il y a eu ces images de haine…Certes je suis un antiraciste assumé mais je devine dans le comportement de certains dominés une rage de ne pas être blancs qui est comme une manifestation d’épuisement après tant d’années passées à revendiquer leur « négritude », cette dignité qui donnait tout son sens à leur révolte. Ils découvrent que la société américaine qui leur doit tant ne leur donnera jamais rien et qu’ils ont été trompés, y compris en 1968…des droits civiques ne restent que quelques places de plus dans les autobus et quelques otages dans les universités. Mais tous restent des étrangers soumis, ni intégrés ni assimilés, ni nègres ni blancs. La colère s’est déplacée : je suis comme vous, je le sais et vous le savez, mais vous vous obstinez à me persécuter et à voir en nous l’image de votre propre laideur. Des policiers se sont mis à genou pour bien se désolidariser de tous ceux qui ont encore besoin d’un bouc émissaire pour se décharger de leur peur et des « petites différences » dont ils ont honte.

 Quelques mots sur le racisme pour expliciter ce propos :

 Le terme race permet de dénommer les composants des espèces végétales et animales. Appliqué à l'homme le racisme est exclusivement réservé à la remise en cause de l’unité de l’espèce humaine, de l’égalité des hommes et de la fraternité qu’ils partagent. On peut bien sûr proscrire le mot race de notre vocabulaire, mais on ne proscrira pas pour autant le racisme qui s’enracine ailleurs.

L’exclusion du mot race de notre vocabulaire est donc moralement justifiée, mais elle condamne aussi la reconnaissance de la variété interne de l’espèce qui garantit son existence. L’antiracisme, en dépit de la légitimité de son combat, nous contraint à une autocensure qui nuit à la reconnaissance et à la description des variétés de notre espèce. Cet effet pervers est d’autant plus actif que la mondialisation s’emploie aujourd’hui à niveler les différences par égard et soumission à la culture dominante. De ce fait les racistes ont beau jeu en faisant appel au bon sens : « les races existent, c’est évident, il faut être aveugle pour ne pas les voir, et rien n’empêche de les comparer…». C’est faire retour au racisme d’antan quand la couleur de peau faisait référence et différence. S’intéresser aux races pour confirmer sa propre supériorité n’a évidemment rien à voir avec l’intérêt et l'attachement que nous devons porter à la diversité humaine. Or, la régression de la variété, qu’elle soit végétale, animale ou culturelle  a des conséquences stérilisantes impitoyables. Les antiracistes doivent donc être très attentifs à ne pas jouer contre leur camp par excès de zèle. Ils doivent veiller tout à la fois à la reconnaissance des diversités biologiques, géographiques, culturelles, religieuses…et s’opposer à tout groupe humain qui au nom d’une supériorité autoproclamée, prétendrait devoir dominer les  autres, c’est sur ce terrain que se retrouvent tous les extrémistes identitaires qui alimentent réciproquement leurs fantasmes de domination avec une évidente complicité.

Le credo de l’antiracisme consiste à démontrer que les hommes doivent se respecter et se reconnaître dans leur fraternité « malgré leur différence » cela est politiquement correct. Mais cette formule contient implicitement une critique des différences-sous entendu, « ce serait encore mieux si elles n’existaient pas ». La reconnaissance du rôle essentiel  de la diversité humaine devrait tout naturellement nous conduire à déclarer « pour leur différence ! »… surtout quand il y en a si peu entre un policier blanc ou noir et un manifestant blanc ou noir ! MJ

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