RACISME et RACIALISME

L'antiracisme dérape et fini par servir la soupe aux racistes. Il est temps de rappeler que les races n'existent que lorsqu'elles sont utilisées pour justifier une politique séparatiste.

RACISME et RACIALISME

Ils sont nombreux ceux qui militent pour l’égalité et contre le racisme mais qui refusent cependant d’admettre que « les différents » ont droit à la fierté d’être ce qu’ils sont. On leur « propose », quand on ne les oblige pas par la loi, à adopter une fierté collective nationale par souci d’égalité, certes, mais qui nécessite une longue maturation culturelle, de part et d’autre. Tout est affaire de sincérité, de respect et d’intelligence des limites qui vaut, dans une société pluriculturelle, pour les accueillis comme pour les accueillants. Impossible ? compliqué ? bien sûr que non, l’acceptation des différences n’est pas insupportable : il suffit d’encourager l’expression des fiertés.  C’est ce que les LGBT ont compris en se faisant reconnaitre par l’affirmation de leur fierté. C’est la seule arme pacifique des minoritaires, qu’il s’agisse de sexualité, de genre ou de couleur. C’est ainsi qu’ils sont sortis de leur ghetto respectif. L’égalité n’est pas seulement une affaire normative politique et économique mais aussi et surtout une obligation de décloisonnement de la société, d’affirmation de soi et de réciprocité. C’est avec cette conviction qu’il faut s’engager dans le chantier de reconstruction d’une civilisation nouvelle et affronter les « fixistes » nostalgiques qui soufflent sur les braises du racisme dans l’entre soi d’un productivisme séparatiste.

 Le racisme est avant tout la manifestation du désir de domination d’un groupe fortement identifié par son origine, son territoire, sa culture ou sa religion. Cette domination s’exerce le plus souvent sur une minorité qui vit sur le même territoire sans partager pour autant cette culture, cette religion ou cette origine. Le désir de domination qui s’affronte en permanence au désir d’identification à l’autre, profite toujours d’une disculpation morale délivrée par une autorité supérieure, généralement religieuse, qui fournit l’encouragement nécessaire  soit  au prétexte d’un danger collectif imminent (pour le pays, la culture, la foi, la pureté de la race…), soit une perfide justification par une démonstration « rationnelle » de la débilité constitutionnelle des dominés, êtres inférieurs et indignes de respect. Des humains, certes, mais des sous-hommes frustes et violents, à la sexualité exacerbée, des sauvages cannibales, des homosexuels dégénérés, des tarés porteurs d’épouvantables risques de contamination…Le  Rwanda et sa radio des mille collines  en a été un bon exemple de masse parmi les plus récents.

   Dans nos pays le racisme s’installe bien à l’abri des justifications rationnelles que nous apportent des « experts » intellectuels auto-désignés, religieux, moralistes philosophes ou éditorialistes chargés d’expliquer ceci par cela et de trouver une logique, voire une morale, au racisme. Beaucoup ont répondu présent dans les années trente pour donner du crédit aux théories de la pureté de la race. Un étonnant renouvellement de ces expertises racistes est en cours depuis quelques années aujourd’hui, conduites par des leaders d’opinion, intellectuels autoproclamés, X, Y, Z… (surtout Z*), dont le but est de discréditer le principe de Fraternité au bénéfice de celui de soumission !

               J’ai été très impressionné par la réplique quasi sismique, en 2020, des revendications civiques des noirs américains et surtout par la brutalité de la réponse trumpiste. Certes je suis un antiraciste assumé et je perçois dans la rage de ne pas être égaux comme une manifestation d’épuisement des Noirs. Après tant d’années passées à revendiquer leur négritude, cette dignité qui donnait tout son sens à leur révolte, ils découvrent aujourd’hui que la société américaine, qui leur a tant promis, ne donnera jamais rien. Ils ont été trompés, y compris en 1968. Des droits civiques, il ne reste que quelques sièges de plus à l’avant des autobus et des étudiants otages de numerus clausus indigne. Ces jeunes sont traités comme des citoyens incomplets, des étrangers soumis, ni intégrés ni assimilés, ni nègres ni blancs, et leur colère s’est déplacée :  "nous sommes comme vous, je le sais et vous le savez, mais vous vous obstinez à nous persécuter et à voir en nous l’image de votre propre laideur.

Et il est vrai que le racisme moderne fonctionne comme une forme d’hygiène mentale qui permet de s’exonérer du poids de nos perversions en les dénonçant chez les autres.

               Le terme de race permet, dans l’usage des naturalistes, de nommer certaines subdivisions ultimes des espèces végétales et animales,  équivalent à ce que l’on entend historiquement par sous-espèces ou par variétés. Appliqué à l’homme, le terme de racisme est exclusivement réservé à la remise en cause de l’unité de l’espèce humaine, de l’égalité des hommes et de la fraternité qu’ils partagent. On peut bien sûr proscrire le mot race de notre vocabulaire, mais on ne proscrira pas pour autant le racisme, qui s’enracine ailleurs : la domination et le profit. L’antiracisme a fini par être bousculé par cette offensive au point d’adopter à son tour une forme de radicalité qui, paradoxalement, apporte des arguments nouveaux aux tenants d’une supériorité blanche.

L’exclusion du mot race de notre vocabulaire traduit certes une attitude morale, mais elle condamne aussi la reconnaissance de la variété interne de notre espèce, qui garantit son existence. L’antiracisme, en dépit de la légitimité de son combat, nous contraint à une autocensure qui nuit à la reconnaissance et à la description des variétés de notre espèce. Cet effet pervers est d’autant plus actif que la mondialisation s’emploie aujourd’hui à niveler les différences par soumission à la culture dominante. De ce fait les racistes ont beau jeu en faisant appel au bon sens : « les races existent, c’est évident, il faut être aveugle pour ne pas les voir, et rien n’empêche de les comparer…et de les classer ». C’est faire retour au racisme d’antan, quand la couleur de peau faisait référence et différence. S’intéresser aux races pour confirmer sa propre supériorité n’a évidemment rien à voir avec l’intérêt et l’attachement que nous devons porter à la diversité humaine. Or, la régression de la variété, qu’elle soit végétale, animale ou culturelle a des conséquences stérilisantes impitoyables. Les antiracistes doivent donc être très attentifs à ne pas jouer contre leur camp par excès de zèle. Ils doivent veiller tout à la fois à la reconnaissance des diversités biologiques, géographiques, culturelles, religieuses…et s’opposer à tout groupe humain qui au nom d’une supériorité autoproclamée, prétendrait devoir dominer les autres. Car c’est sur ce terrain que se retrouvent tous les extrémistes identitaires qui alimentent réciproquement leurs fantasmes de domination avec une évidente complicité.

  Le credo de l’antiracisme consiste à démontrer que les hommes doivent se respecter et se reconnaître dans leur fraternité malgré leur différence. Cette formule est « politiquement correcte », cependant elle contient implicitement une critique des différences – sous-entendant :  ce serait encore mieux si elles n’existaient pas-. La reconnaissance du rôle essentiel de la diversité humaine devrait tout naturellement nous conduire à déclarer : pour leurs différences, surtout quand il n’y en a si peu entre un policier blanc ou noir et un manifestant noir ou blanc qui prétendent l’un et l’autre obéir à la même Loi religieuse et à la même fierté patriotique.

Avec le racialisme nous sommes parvenus en France à une confrontation radicale entre les blancs et les non blancs, ces derniers reprochant à juste titre aux français  antiracistes de rester dans la dominance et d’interdire aux « autres » de peau et de culture, toutes possibilités d’être fiers de leurs origines et de leurs différences. Or cette revendication de fierté est insupportable à ceux qui ne connaissent pas la cause des différences, ceux qui ne la comprennent pas, ceux qui ne veulent pas la comprendre, a ceux, enfin, qui ne comprennent pas que l’on puisse refuser la fierté d’être blanc et qui reçoivent ce refus comme une insulte à leur primauté. Ils sont nombreux ceux qui militent pour l’égalité et contre le racisme mais qui refusent cependant d’admettre que « les différents » ont droit à la fierté d’être ce qu’ils sont. On leur « propose », quand on ne les oblige pas par la loi, à adopter une fierté collective nationale par souci d’égalité, certes, mais qui nécessite une longue maturation culturelle, de part et d’autre. Tout est affaire de sincérité, de respect et d’intelligence des limites qui vaut, dans une société pluriculturelle, pour les accueillis comme pour les accueillants. Impossible ? compliqué ? bien sûr que non, l’acceptation des différences n’est pas insupportable : il suffit d’encourager l’expression des fiertés.  C’est ce que les LGBT ont compris en se faisant reconnaitre par l’affirmation de leur fierté. C’est la seule arme pacifique des minoritaires, qu’il s’agisse de sexualité, de genre ou de couleur. C’est ainsi qu’ils sont sortis de leur ghetto respectif. L’égalité n’est pas seulement une affaire normative politique et économique mais aussi et surtout une obligation de décloisonnement de la société, d’affirmation de soi et de réciprocité. C’est avec cette conviction qu’il faut s’engager dans le chantier de reconstruction d’une civilisation nouvelle et affronter les « fixistes » nostalgiques qui soufflent sur les braises du racisme dans l’entre soi d’un productivisme séparatiste.MJ

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