BARBARA

Rappelle toi Barbara, n'oublie pas... Le mal était fait. Un mal extrême que nous redoutions et qui s’est abattu sur nous comme une « pluie de fer, de feu, d’acier de sang…Rappelle-toi Barbara, rappelle-toi.  Ce jour-là,

Vendredi 13 novembre, Déjà, il y a 5 ans…

  Une haine à l’état pur s’est abattue sur nous ce jour-là.

 Avec la sinistre violence d’un bombardement aveugle.

Le mal était fait. Un mal extrême que nous redoutions et qui s’est abattu sur nous comme une « pluie de fer, de feu, d’acier de sang…Rappelle-toi Barbara, rappelle-toi.

 Ce jour-là,

N’oublie pas* !». *

Cinq cents victimes touchées dans leur corps, dont cent en sont morts.

Ce jour-là.

Et nous tous, victimes indirectes, touchées dans nos  cœurs et ce que nous avons de plus précieux : notre humanité et notre identité républicaine.

Une fois encore quelques hommes ivres de certitudes messianiques sont venus du fond des âges insulter l’humanité tout entière. Un désir de domination sans limite qui s’exprime de proche en proche, conquête après conquête et se proclame global et irréversible…total quoi ! Seule la démocratie, en dépit de toutes ses imperfections, peut s’opposer à ce totalitarisme.

La démocratie, c’est le refus d’un ordre imposé à tous par une minorité autoproclamée par intérêt politique, religieux ou ethnique. Mais c’est aussi la reconnaissance de la diversité de l’espèce humaine et le combat permanent contre l’uniformisation des individus. Synthèse bien difficile à réaliser, mais indispensable, pour nous protéger simultanément du fascisme religieux des monstres de Dieu et de la résurrection d’un fascisme occidental qui s’alimente de nos angoisses identitaires.

La seule façon de résister au quotidien à ces deux périls consiste à affirmer notre solidarité à l’égard des femmes et des hommes, menacés directement par l’un et l’autre.

- ceux qui, dans notre pays, courbent déjà le dos sous l’effet conjugué des extrémismes religieux et politiques qui leur refusent le droit à l’égalité, à la liberté et à la fraternité,

-  ceux qui viennent d’ailleurs, poussés par une force majeur irrépressible, se réfugier chez nous.

 C’est ainsi que l’empathie-le souci de l’autre- peut s’imposer comme la meilleure alliée de la laïcité et de l’esprit de résistance. Danielle Mitterrand ne disait rien d’autre en écrivant : « Je comprenais que les murs les plus contraignants et les plus violents n’étaient pas les murs de béton, de pierre ou de fer qui vous opposent un obstacle physique, mais ceux qu’une quelconque dictature vous force à porter en vous-même : le mur de l’intolérance et de l’apartheid,  celui de l’argent et celui du mépris…Pour lutter contre les murs qui séparent, qui enferment et qui isolent, il faut commencer par abattre les terreurs que nous portons en nous et ne jamais retenir l’élan qui nous pousse vers l’autre. »

Car la terreur a pour objet de provoquer la haine. Haine des terroristes, certes, mais cela ne les impressionne pas, bien au contraire car elle est leur plus précieuse alliée. Elle est en soi une arme de guerre dont le mot d’ordre est « faites-vous haïr ». La haine une bombe porteuse d’une infinité de sous munitions explosives, souvent à retardement comme autant de balles qui pénètrent le corps social, s’infiltrent à tous les niveaux de son organisation pour inspirer à certains, sans doute prédisposés, un mode légitime et banal de comportement criminel bien au-delà d’un désir légitime de vengeance.  

 La haine n’est que le point de départ émotionnel d’une manipulation collective qui s’apparenterait à une permission : celle de détruire tout ce qui fait la cohésion et l’identification réciproque des humains, elle s’étend ainsi, hors du champ de bataille, de proche en proche sur d’autres espaces, privés et publics. Ainsi il devient légitime de haïr et de le dire ; haïr ses voisins, son patron, ses semblables parce qu’ils ne sont pas tout à fait semblables, haïr ses gouvernants, la démocratie, les valeurs républicaines, la démocratie et les droits de l’homme. Dés lors qu’il est permis de haïr, tout peut être haï. C’est cette corruption de l’intérieur du corps social que recherchent les djihadistes et c’est donc sur ce terrain qu’il faut se battre. MJ

 * Jacques Prévert

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.