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Billet de blog 15 oct. 2021

Hommage à Samuel Paty : Tu es un Homme, mon fils

La commémoration de l'assassinat de Samuel Paty me permet de rappeler le poème de Rudyard Kipling "SI", comme un hommage à ses parents et à ses collègues professeur(e)s d'Histoire.

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Hommage à Samuel Paty : Tu es un Homme, mon fils

      Je renouvelle ce blog de l’an passé comme un message adressé au père de Samuel que je ne connais pas et aux enseignants d’histoire qui se trouvent aujourd’hui au premier rang de la solidarité.  Comme père, j’étais dans l’état de ceux qui ont vécu l’effroi d’une mise à mort d’abattoir et comme médecin, je tentais de détourner mon attention de ce  traumatisme en recherchant   une autre explication que le radicalisme religieux, cause ou conséquence d’une criminelle pathologie… en vain.

Et je pensais  à la famille de Samuel et  à toutes ces questions qui les assaillaient, à cette brutale réalité du monde qui les pénétrait au plus profond du cœur comme une intrusion hideuse dans le courant d’une vie heureuse. Que peut-on reconstruire après une telle déflagration ? Et pourtant, pour le père et la famille de Samuel la reconstruction commençait. 

Rudyard Kipling nous en a donné la recette  et c’est le rôle de tous les pères, quelque-soit leur couleur, leur religion et leur croyance, de poursuivre les rêves des enfants disparus :

« Si tu peux conserver ton courage et ta tête/ Quand tous les autres les perdront/Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire/ Seront à tout jamais tes esclaves soumis,/ Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire/ Tu seras un homme, mon fils. » 

 Rudyard Kipling

 Samuel tu es depuis un an un homme mort, tué par un autre homme qui aimait plus la mort que la vie…tu es  dans nos cœurs, exemplaire et bien vivant. Samuel, c'est toi  le martyr...          Tous ceux qui sont aujourd’hui dans le chagrin doivent  lutter contre tout ce qui divise, tout ce qui  exclut, notamment les appels à la vengeance. Mais je garde un fond de méfiance à l’endroit de tous ces politiques qui battent l’estrade  pour nous parler d’unité républicaine  omettant de dire de quelle unité il s’agit, contre qui et pourquoi faire.

       N' est-ce pas, une fois encore une unité qui divise ?

        Comment un enfant peut-il faire la différence entre un musulman et un terroriste? pour lui, ils sont l'un et l'autre  arabes conformément au terrifiant simplisme de Zemmour. Ce n'est pas une minute de silence pour une commémoration annuelle qui peut y changer quelque chose. Que se passe- t- il dans la tête d'un enfant arabe déjà stigmatisé par son origine, quand on lui explique, même avec des mots choisis, qu'il est forcément complice des fous de dieu terroristes? que va-t-il se dire à la récré et sur les réseaux à l'adresse des harceleurs? subir ou se révolter? L'hommage dû à Samuel ne doit pas être une incitation à s'identifier de part et d'autre à des vengeurs masqués ou à des victimes par procuration.  Une forme de jeu réaliste ou on tue "pour de vrai" comme dans les nouvelles séries de Netflix. C'est contre cette nouvelle banalisation du mal qu'il faut se mobiliser.

        Je comprends les réticences des enseignants auxquels on demande de contribuer à un hommage public sans pouvoir s'exprimer  sur la complexité d'une situation  socio-politique et avec le risque de  réactivation d'une émotion violente qui incite un jeune public à haïr plutôt qu'à comprendre. Une commémoration de ce type est toujours une alliance qui éveillent la solidarité et l'émotion traumatique. Or l'assassinat  de Samuel Paty est l'illustration paroxystique d'une situation de notre pays qui favorise toutes les peurs, les violences et les mensonges complotistes. Je crains personnellement que cette journée prenne plus l'allure d'une réactivation que d'une résilience. Est-ce le but recherché?

Notre pays, historiquement terre d'accueil, s'est progressivement abandonné à une xénophobie confortable qui inclut désormais tous les musulmans. La référence facile à une laïcité dogmatique qui n'a plus rien à voir avec la protection de la République et celle de la liberté d'expression, apporte un argument biaisé aux islamophobes. Ceux-ci refusent en effet de comprendre que le respect de l'autre s'impose à eux comme aux musulmans et que la laïcité n'est pas un combat mais un état d'esprit.

Un combat qui permet de promouvoir le respect de chacun en tant qu'être humain et de rétablir l' unité du pays par une stricte application des valeurs de la République dans leur complémentarité. Il est aisé d'expliquer aux enfants que chacune des valeurs de la République est limités par les deux autres. Qu' elles forment ensemble une valeur globale supérieure à l'addition de ses composantes. Essayez, les exemples sont multiples et permettent de dépasser -ou de contourner- les difficultés identitaires et surtout de parler du rôle essentiel de la fraternité pour permettre  que  "les Rois, les dieux, la chance et la victoire deviennent enfin nos esclaves". MJ

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