ILLICH, DJIAN ET AMISHES

Bien venu à Ivan Illich dans le monde dont il avait dénoncé les turpitudes et les dangers bien avant les écologistes. Ces derniers l'ont oublié alors qu'ils lui doivent tant et que l'alternative humaniste est toujours en panne.

 

Merci à Jean-Michel Djian pour son très beau livre "Ivan Illich, l'homme qui a libéré l' avenir " (seuil) et dont la publication nous rappelle de vieux rêves d'adolescent. Malheureusement, Ivan Illich n'à libéré que des rêves avant d'être enseveli sous les tombereaux du gaspillage marchand, de l'uniformisation culturelle et de la pestilence populiste.

Ils sont nombreux ceux qui ont proposé depuis Ivan Illich de promouvoir une convivialité accrue en donnant la plus grande autonomie possible à des territoires limités et de développer leur autosuffisance par le recours aux ressources naturelles et humaines de proximité. Ce serait revenir à l'esprit des communs mais cette organisation sociale n’est imaginable que comme des inclusions tolérées par une société "moderne" qui en supporterait l’exaltation libertaire, l’imagination solidaire, et les expérimentations sociales.

On perçoit bien les limites de la généralisation de cette organisation dont le premier défaut serait de cantonner les possibilités du partage à des ressources locales et d’établir de nouvelles frontières territoriales qui impliqueraient à termes des conflits entre ceux qui disposent d'un bien et ceux qui n'en disposent pas. De plus ce dispositif ne peut prétendre maintenir à niveau et même reconstituer le capital vital de la planète. Enfin, s’il est possible et même souhaitable, d’expérimenter cette convivialité qui se développe en Occident comme une alternative de vie sociale sous une forme coopérative, il est impossible d'adapter ce principe ancestral aux ressources de la planète et aux besoins de 7 milliards d'êtres humains.

Ces communautés n’auraient pas en effet un accès direct aux indispensables moyens d’assistance à la vie que porte en elle la connaissance technoscientifique. Or l’usage raisonnable de ces ressources doit être maintenus, non pour accroitre le toujours plus du monde capitaliste, mais le toujours mieux d’une convivialité élargie. C’est bien ainsi qu’il faut répondre aux persifleurs qui, à coup d’âge des cavernes, de lampes à huile et d’Amishes agitent le spectre d’un retour dans le passé. C’est la forme la plus hypocrite du déni au service de l’hypertélie capitaliste(Patrick Tort, L'intelligence des limites, essai sur le concept d'hypertélie Gruppen ed. 2019)

Car, se détourner du productivisme n’implique pas évidemment le refus d’amélioration du bien-être que peuvent nous apporter les connaissances scientifiques et la technologie. Encore une fois il nous faut faire appel au principe d’intelligence des limites, dont est totalement dépourvu le capitalisme. Les techniques modernes comme la 5G permettent de s’affranchir des distances pour télé travailler, piloter des usines, des navires et des avions, ou robotiser des interventions chirurgicales complexes et faire la guerre... mais elles ne sauront satisfaire le besoin de fraternité, composante essentielle d’une civilisation conviviale.

Ce n’est pas par la course en avant de la technique et du numérique que les populations seront convaincues de leur utilité, tant qu’elles ne contribueront pas à plus de justice sociale dans le monde et à une réparation efficace et évidente de la planète.

Il faut aujourd’hui dénoncer l’asservissement du savoir-faire technoscientifique par un ensemble d’entreprises capitalistiques qui ne sont que l’avant-garde d’une civilisation d’automates dont le destin n’est que sa propre survie.

Que faire face à cette violence du capitalisme monolithique sinon poser avec la même détermination la question de l’alternative humaniste ? Une détermination à laquelle Ivan Illich a tant contribué. C'est pour cela qu'on l'aime...MJ

 

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