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Billet de blog 21 mars 2020

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DECLINAISON VIRALE

Le besoin d’alternative est irrépressible; l’année 2020 sera celle de la souffrance d'une fin de cycle mais aussi celle d’une renaissance et de convictions nouvelles L'été 14, Révolte et/ou fatalisme.

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DECLINAISON VIRALE

La catastrophe est là et nous sommes tous également concernés sans préavis, sans négociation, sans recours, sans avoir à faire des phrases, sans s’exprimer, tous concernés, là où nous nous trouvons tel que nous sommes.  Il fallait bien que l’orage éclate. C’était il y a deux mois, nous comprenions que la pandémie de corona virus allait être longue et nous faire souffrir sans pour autant réaliser qu’elle était fille du dérèglement climatique. La pandémie est-elle une expression isolée de la crise écologique, un hors d’œuvre ? ou bien la première manifestation d’un dérèglement global, un plat de résistance ? Nous le saurons cet été lorsqu’ il faudra faire face simultanément au télescopage du désordre de la sortie de crise sanitaire avec une probable canicule et son cortège de nouvelles contraintes. Nous allons traverser une période d’extrême fragilité psychologique et économique qui frappera en priorité les plus démunis et ceux dont la vie a été détériorée par une longue période de confinement.

LES LENDEMAIN QUI CHANTAIENT

L’année 2020 sera celle de la souffrance d'une fin de cycle mais aussi celle d’une renaissance et de convictions nouvelles. Nous avons vécu dans un monde sans alternative qui fut la cause de nos malheurs, cela a commencé loin de l’Occident, il y a deux siècles chez les plus pauvres des pays du sud, les démunis et les exploités. Aujourd’hui c’est partout dans le monde que s’imposent à l’humanité la peur et la souffrance, le deuil, le remord et une forme de sidération comme au réveil d’un cauchemar.

En l’espace de quelques semaines la vérité nous a sauté au visage. Les slogans d’hier : changer le monde ! ; un autre monde est possible ! ; nous pouvons vivre autrement ! changer la vie ! … Ont toujours eu une valeur romantique et onirique. Ils nous aidaient à vivre mais au fond nous n’étions pas convaincus. A cause d’un sentiment d’impuissance, d’une incertitude d’une absence de prise de conscience collective et bien sûr aussi à cause d’une fascination pour un progrès qui promettait des lendemains qui chantent…Ils n’ont chanté que pour une minorité de marchands d’illusions.

CONSTAT DE FAILLITE

Avant il y avait la bible Tatcher/Regan, TINA : «  their is no alternative », impossible de lui opposer une force contraire. Pour poursuivre son chemin, l’humanité n’aurait pour viatique que le capitalisme financier, la mondialisation économique, le libre-échange, la consommation et le profit… aujourd’hui, en l’espace de quelques jours nous découvrons avec l’expérience de la peur collective et du confinement que tout cela n’était que mensonge et que le besoin d’alternative est irrépressible. Ce n’est pas seulement parce que l’économie est ralentie, la bourse en pré collapsus, les échanges économiques qui refluent, nos chiens qu’il faut accompagner pour leur pipi en retenant notre souffle sous le masque… ce n’est pas non plus en raison du grand nombre de victimes, une note à payer qui nous bouleverse comme bouleversait, au temps de la grande guerre, l’arrivée dans les fermes du messager des tranchées. Le besoin d’alternatives est irrépressible car notre société a renoncé au futur en le subordonnant à un progrès mensonger laissant croire que la terre pourrait satisfaire les rêves de 7 milliards d’humains.

 L’urgence, dès maintenant est donc d’ouvrir les yeux et d’accepter le constat de la faillite de notre civilisation. Je sais que beaucoup vous diront qu’il faut faire confiance au génie humain Je le pense aussi ; mais ce génie ne doit pas s’appliquer à refaire le monde d’hier en plus moderne (c’est-à-dire en plus injuste) mais d’en construire un autre sur les valeurs définies par nos ancêtres dans l’enthousiasme révolutionnaire puis dénaturées pendant deux siècles par les promoteurs d’un ordre pyramidal de domination, de suprématisme et d’enrichissement sans cause. Nous voyons aujourd’hui tomber les masques de l’hypocrisie en même temps que s’effondre une civilisation de carton-pâte.

PREMIER COUP DE TONNERRE

Certains avaient vu venir depuis longtemps cet effondrement. J’en ai croisé qui, à l’image de Jacques Thibault, le révolutionnaire pacifiste de Roger Martin du Gard s’étouffent d’angoisse à n’être pas entendu dans leurs alertes climatiques, même par leurs proches amis plus fatalistes que révoltés.  Alors qu’il parcourait l’Europe de l’été 14 pour dénoncer les risques de guerre imminente et convaincre les bellicistes Jacques Thibault s’obstinait dans des discussions interminables et désespérantes tant est résistant le fatalisme collectif. L’assassinat de Jean Jaurès, tué par la première balle d’un conflit évitable mit un terme à cette quête stérile. Aujourd’hui il nous faut admettre que le fatalisme n’est plus de mise et que la pandémie est une forme d’avertissement qui doit nous inciter plus à la solidarité dans le changement que de sacrifice dans le désespoir.

A propos de la guerre de 14/18 on nous dit souvent que le corona virus est la plus grave pandémie depuis la grippe espagnole qui a explosée dans les tranchés en 1917, une bombe inattendue qui fit plus de morts que la guerre elle-même.

 Nous vivons aujourd’hui une situation très comparable : alors que nous nous préparions à faire une guerre totale au désordre climatique, voilà qu’il faut nous mobiliser contre un autre ennemi dont nous connaissions, certes, l’existence mais pas la détermination et la rapidité d’action. Depuis la Cop 21, nous savions qu’un énorme orage nous bouchait l’horizon, annonciateur d’une inévitable catastrophe climatique majeure. En 2019 nous sommes restés sous pression, comme en été quand on attend le premier coup de tonnerre, en sueur, avec cet énervement caractéristique des dépressions cycloniques…

PREVOIR

La nature est surprenante : nous étions tous convaincu que notre ennemi serait le réchauffement climatique et voilà que c’est un virus. Mais Il n’est pas nécessaire de chercher bien loin pour découvrir les liens entre ces deux catastrophes ni de s’interroger sur leur ordre d’apparition. Ayant passé 4 années avec Haroun Tazieff au temps où il était au Gouvernement en charge de la prévention des risques majeurs, je puis assurer que ses déclarations sur les risques de déstabilisation systémique de la biosphère avaient une allure prophétique sans qu’il puisse évidemment se prononcer sur l’ordre dans lequel ils surviendraient. On s’est empressé d’oublier ce conteur des volcans et d’enterrer la prévention des risques majeurs. Le Gouvernement dans son obsession d’orthodoxie libérale a laissé hors de ses priorités la mise à niveau des instruments essentiels de santé publique indispensables pour affronter le temps des catastrophes majeures, climatiques, épidémiologiques et technologiques. Il est vrai qu’imaginer et prévenir ces catastrophes est toujours hasardeux sans le concours permanent des scientifiques.

 A ce sujet, je trouve cocasse aujourd’hui que notre Président insiste tant sur le recours aux scientifiques pour cautionner ses décisions alors qu’il a accordé -comme tous ses alter ego- si peu d’intérêt à la modeste supplique de la jeune Greta Thunberg « Nous vous demandons simplement d’écouter les scientifiques ». Espérons que ce recours au savoir scientifique ouvre une relation nouvelle entre la connaissance et la politique et que, désormais le GIEC sera pris au sérieux.

CONSTRUIRE UN EDIFICE SOCIAL NOUVEAU

Il est normal, à cause de toutes ces souffrances, de souhaiter pour la sortie de crise un retour à la situation antérieure. Mais une sortie de crise ce n’est pas un retour en arrière ; c’est la construction d’un édifice social nouveau, d’une civilisation débarrassée de ses perversions responsables de son propre effondrement. C’est surtout l’abandon de dogmes hypocrites et la « remise en sens » de nos valeurs universaliste, humaniste, républicaine et fraternelle. 

Nous ne partirons pas en effet de rien, à condition de rétablir la promotion des droits de l’homme et celle des valeurs de la république auxquelles il nous faudra ajouter le devoir de respecter la nature, de restaurer ce que nous avons abimé, de reconstruire si possible ce que nous avons détruit et de considérer l’ensemble du vivant comme une dynamique globale ayant sa propre vie garantie par sa diversité et sa complexité.

La gestion de crise actuelle nous propose un confinement salutaire non seulement en ralentissant la progression de l’épidémie mais aussi en dynamisant notre réflexion et notre confiance en soi. Ce qui change avec le confinement c’est la possibilité, nouvelle pour certains, de penser à sa vie et à son sens, d’y penser et d’en parler avec ses proches, ce qui n’est pas courant quand on a pris l’habitude de laisser parler les autres les politiques, les éditorialistes, les experts, les je-sais-tout dragués dans la rue, les menteurs et les truqueurs sur tous les écrans, des plus petits aux plus grands. Le confinement c’est l’occasion d’expérimenter une autre façon de vivre, de tourner le dos au consumérisme, de réaliser que « le ciel est par-dessus le toit, si bleu, si calme » c’est communiquer autrement et sur d’autres sujets que la quotidienneté des événements. Ce retour, pourtant modeste, à l’état de nature, cette distanciation généralisée de notre mode de vie centré sur la compétition productiviste, cette prise de conscience de la fragilité de notre civilisation victime de sa boulimie, sont une chance qu’il ne faut pas laisser s’échapper même si le scepticisme et la peur l’accompagnent.

PAS DE HONTE A PREFERER LE BONHEUR

La peur a pour effet de donner aux hommes quelque chose à partager, une conviction collective, et un désir aigu de passage à l’acte. La solidarité à un effet direct en matière de secours mais elle fonde également un sentiment de proximité utile, de cohésion et de solidité de la trame sociale qui nous supporte. La solidarité, loin d’être une forme de soumission à un ordre extérieur est aussi et surtout une affirmation de soi, et la mise en pratique par chacun au profit des autres de nos valeurs républicaines. Nous ne sommes plus des objets, ni des pions ni des petits pois. La solidarité en situation de catastrophes majeures nous rend sujet, digne et libre. Il ne peut y avoir de bonheur individuel sans bonheur collectif ni retour au droit de l’homme le plus exigeant : le droit à la vie. Ce droit qui nous oblige le plus afin de protéger les faibles par des élans salutaires de solidarité et de partage … Il n’est que de relire la Peste d’Albert Camus pour comprendre ce sentiment qui permet de renoncer à l’héroïsme individuel et nous donne des idées neuves. « Il n’y a pas de honte à préférer le bonheur » (A. Camus. La Peste). Ce livre raconte par le menu toutes les étapes d’une épidémie mais aussi celles d’une prise de conscience de l’universel révélé par le malheur. Je vous en conseille la lecture pour occuper votre garde à vue. MJ

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