Hommage à Samuel Paty : Tu es un Homme

Hommage à Samuel Paty en écho à Rudyard Kipling et rappel que la lutte contre l'amalgame islamophobe n'a jamais été autant d'actualité.

Hommage à Samuel Paty : Tu es un Homme

       Comme père, je suis dans l’état de ceux qui ont vécu l’effroi d’une mise à mort d’abattoir et comme médecin, je tente de détourner mon attention de ce  traumatisme en recherchant   une autre explication qu’un radicalisme religieux, cause ou conséquence d’une criminelle pathologie… en vain.

   Et je pense à la famille de Samuel et  à toutes ces questions qui les assaillent, à cette brutale réalité du monde qui les pénètre au plus profond du cœur comme une intrusion hideuse dans le courant d’une vie heureuse. Que peut-on reconstruire après une telle déflagration ?

   Et pourtant, pour le père et la famille de Samuel la reconstruction commence aujourd’hui.  Rudyard Kipling nous en a donné la recette  et c’est le rôle de tous les pères, quelque-soit leur couleur, leur religion et leur croyance, de poursuivre les rêves des enfants disparus :

« Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Seront à tout jamais tes esclaves soumis,

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire

Tu seras un homme, mon fils. » 

 Rudyard Kipling

Tu es

devenu un Homme, mon frère Samuel

Un homme mort,

tué

par un homme qui aimait plus la mort que la vie…

Mais c’est toi qui est dans nos cœurs,

 exemplaire et bien vivant.       M.J

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 Musulmans de France vous n’êtes pas nos adversaires.

Nous devons  lutter contre tout ce qui divise, tout ce qui  exclut, notamment les appels à la vengeance. Tous ces politiques qui battent l’estrade  pour nous parler d’unité républicaine  omettent de dire de quelle unité il s’agit et contre qui et pourquoi.

N' est-ce pas, une fois encore une unité qui divise ?

   Si nous devons conserver notre tête, ce n’est pas  pour concevoir de nouvelles armes et les tourner contre des adversaires qui ne sont pas nouveau. Nous en avons besoin, comme Samuel, pour comprendre et aussi pour que les Rois, les dieux, la chance et la victoire deviennent enfin nos esclaves.

   N’écoutons pas les imbéciles qui déclarent en gonflant le torse « expliquer, c’est collaborer ». C’était l’antienne d’un ancien premier ministre pour stigmatiser les (rares) intellectuels qui cherchaient à comprendre…). Une agression gratuite et fascisante que  récuserait ni Donald Trump toujours prêt, lui aussi à sortir son révolver quand il entend parler de culture, ni les islamistes eux-mêmes dont on connait le mépris pour les œuvres humaines.

C’est ainsi que, très couramment aujourd’hui, on stigmatise les « islamogauchistes » pour faire un amalgame entre de vrais coupables et leurs  "collabos" qui doivent être punis sévèrement- c’est le rôle de la Justice- et les citoyens pacifiques qui s’accrochent obstinément aux valeurs démocratiques, humanistes et laïques, comme le firent leurs pères au temps des  décolonisations et de la libération des peuples opprimés.

   Car comprendre est un devoir qui contourne le déni de l’intelligence et de la  fraternité. Il nous impose  d’aller au-devant du monde musulman et, en priorité des musulmans de France dont la grande majorité ne souhaitent pas être « séparés ».

Qui  dit cela parmi nos ténors politiques ? Au mieux quelque uns qui pensent que tout doit se faire  sous la  forme d’une stérilisante assimilation. Mais aucun ne reconnait  qu’il faut commencer par accepter les différences et faciliter un métissage progressif des cultures et des croyances, lequel apporte beaucoup plus qu’il ne retire à la civilisation future. Monsieur Darmanin vient de nous en faire une brillante démonstration en annonçant que la vente de produits Kacher en grandes surfaces est un encouragement au communautarisme…et alors ? qu’est ce qui est plus universel que la nourriture, le marché et la cuisine ? qu’est qui nous rapproche le plus que le partage du pain… et de tout ce qui va avec ?

   Il ne suffit pas d’encourager les français à détester le radicalisme islamique, il faut aussi les encourager à aimer le monde musulman, cette région particulière de la France avec ses spécialités, ses récits, ses artistes, ses traditions et son histoire, comme on aimons les autres régions de notre pays , bretonne, auvergnate, basque ou corse…

   Les musulmans de France ne sont pas nos adversaires, certains d’entre eux sont, comme les autres français, victimes d’une épidémie dangereuse de radicalisme. Le séparatisme se présente à eux comme une nouvelle forme de confinement à ajouter au tableau d’honneur des idées boomerang. Les autres musulmans français qui représentent 8 % de la population n’ont pas à subir de nouvelles  humiliations.  Abandonnés sans défense à la merci de leurs fous de Dieu, ils rencontrent de surcroît, sur un mode majeur, les mêmes difficultés de vie, et les mêmes angoisses pour l’avenir que l’ensemble de la population …Ce n’est pas la peur au ventre que l’on peut vivre, élever les enfants, travailler, se cultiver, voyager, avoir une vie sociale… Comme nous ? certes ; mais nous avons l’argent, le temps, l’espace, la bonne conscience et le patriotisme  d’un primo-arrivé (2000 ans ?)  qui refuse toute forme de partage. Eux ils n’ont ni le temps ni l’espace, ni l’argent pour vivre et nous exigeons d’eux une soumission bien plus contraignante que celle que leur propose leur religion…et, à ce prix, ils sont français.   

   Ne faisons pas comme Madame Alice Coffin qui trouve intelligent de détester les hommes parce que ce ne sont pas des femmes…son livre  devrait être mis au programme des élèves de 3 ième  pour illustrer la stupidité de l’intolérance. A moins qu'il soit utilisé pour argumenter de façon moderne le racisme :"Nous détestons les noirs parce qu'ils ne sont pas blancs"; une formule qui a le mérite d'être simple.

   Quand E. Macron, notre nouveau Pétain, déclare avec une conviction forcée  « ils ne passeront pas ! » de qui parle-t-il  ? Sans doute pas d’ envahisseurs venus du Sud en zodiac pour nous voler notre pays de cocagne…Mais peut être veut-il  nous préparer un nouveau Verdun pour liquider d’un coup tous ceux qui portent une culture différente de la nôtre et qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes. Souvenons nous de la haine des allemands qu'exprimaient jusqu'à leur mort les combattants de 14-18... le terrain avait été bien préparé, de part et d'autre,  pour que la guerre soit inéluctable, joyeuse et, si possible, courte. Alors méfions nous de ceux qui nous explique qu'il n'y a pas d'alternative à leurs décisions car, comme aux passages à niveau d'autrefois: un train peut en cacher un autre.

Le mépris, puis le haine ont toujours été nécessaires à l’affirmation de sa propre supériorité et à la justification d’une domination raciale ou religieuse. C’est ainsi que procédait le national-socialisme: d’abord se convaincre que le juif est méprisable pour s’autoriser à le mépriser, puis à légitimer toute violence à son égard. C’est sur la même trame que s’est développé et institutionnalisé l’esclavage en Amérique : se convaincre de sa propre supériorité pour légitimer l’exploitation économique d’une force de travail déshumanisée. Nous voyons où cela a conduit la « patrie de la liberté » ! MJ

 

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