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Billet de blog 21 oct. 2021

RECHAUFFEMENT: LA VERITE... ENFIN!

Les pétroliers nous ont caché une terrible vérité qui, dans les années 70, n’était connue que de ceux qui gavaient l’atmosphère de gaz à effet de serre. Ils en connaissaient parfaitement leur propriété et leur nocivité. Ils nous ont fait perdre un temps précieux.

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A l’aube d’une sixième extinction de masse, l’ irréversibilité des mécanismes qui se sont mis en mouvement pour alimenter le réchauffement climatique nous incitent à un grand pessimisme. Et cela, d’autant plus  que se révèle aujourd’hui un facteur aggravant inédit : l’indifférence et l’inaction des décideurs politiques*. Cette attitude doit beaucoup à l’active complicité des Gouvernements et des pétroliers, enfin dévoilée cette semaine par le Monde et Mediapart.

Au pessimisme vient aujourd’hui s’ajouter une grande colère.  Elf, le champion de la France-Afrique, Total dont le nom est devenu l’adjectif qui convient le mieux à son hypocrisie et bien d’autres exploitants dépourvus de toute intelligence des limites nous ont caché une terrible vérité qui , dans les années 70 n’était connue, établie et mesurée que de ceux qui gavaient l’atmosphère de gaz à effet de serre. Ils en connaissaient parfaitement leur propriété et leur nocivité.

L’exploitation pétrolière, une fois amortie les investissements, a créé de telles rentes de situation, analogues à des enrichissements sans cause, qu’il était impossible -de leur point de vue- de cesser de pomper le pétrole pour en faire des dollars. Ces shadoks maléfiques ont délibérément ignoré qu’ils en faisaient aussi une superbombe écologique à retardement.

Leurs mensonges à répétition étaient  soutenus par une cohorte  de journalistes, de scientifiques dévoyés et de responsables politiques qui ne pouvaient faire face au prix de leur ambition. Je pense bien sûr à l’un d’eux , devenu ministre, et que mon ami Haroun Tazieff avait ridiculisé en 1977 au pied de la Grande Soufrière, le volcan explosif de la Guadeloupe.  Ce Monsieur que les sciences de la terre oublieront vite a largement contribué à retarder d’au moins 30 ans la prise de conscience des Français. 

Celle-ci s’est cependant affirmée progressivement comme une urgence vitale absolue. En 2019 le risque d’un réchauffement excessif de la planète a été pris en compte, bon gré mal gré, par les maitres du monde réunis en COP 21 à Paris. Ils ont réussi, sous la pression des scientifiques en général et du GIEC en particulier, à s’accorder sur un calendrier de réduction de l’exploitation des énergies fossiles avec une perspective de décarbonation totale des productions humaines jusqu’au retour d’un taux de CO2 compatible avec l’équilibre du climat.

C’était un beau résultat mais, trois années plus tard, nous avons découvert que cet agenda ne serait pas tenu  et que le réchauffement de la planète était déjà  passé au-dessus des prévisions de 2025 (de 1, 5° à 2,7°).

Tant d’années perdues par la faute des pétroliers qui voulaient épuiser les ressources fossiles jusqu’à la dernière goutte avant de passer à autre chose…Voilà une belle  conséquence  de la déréglementation libérale de l’économie qui avait permis aux gouvernants de se  laver les mains  d’une obligation vitale, celle de prévoir, fondement essentiel de la gouvernance.  

Trente années  pendant lesquelles les humains auraient pu anticiper une relève énergétique et, également une remise en cause de leur mode de vie. Ils auraient pu aussi, plutôt que de s’abandonner aux délices du productivisme de satisfaction des désirs, donner une claire priorité à un progrès humaniste, celui de la satisfaction des besoins et du partage équitable des ressources de la nature.

Sans ces mensonges, le mépris de tous les gouvernants français pour le non productif au sens de la doxa économique libérale  se serait révélé bien plus tôt à l’opinion. Le cours de la politique en aurait été favorablement détourné avant que soient mises en place toutes les compromissions pseudo-écologiques auxquelles se sont livrées les principales sociétés multinationales. Il ne s'agissait pour elles que de retarder l’heure des comptes.  Le green washing, notamment, nous apparait aujourd’hui comme une belle entreprise d’enfumage… on ne se refait pas !

C’est dans la plus parfaite hypocrisie que les maitres du monde ont organisé une information biaisée et  financé non seulement des mouvements climatosceptiques, mais aussi de nombreuses organisations non gouvernementales de développement et de protection écologique qui ont toujours été leurs adversaires serviles. Beaucoup d’entre elles, de bonne foi, n’ont pas vu que ces encouragements avaient la forme d’un bâillon et  le goût du pétrole.

Ainsi ont-elles ringardisé l’humanisme par la dépendance à l’argent et la mauvaise conscience. De nos jours, alors que toutes les cartes de la solidarité humaine sont éparpillées, parfois même, passées dans des mains hostiles, leur seul effet consiste à maintenir  la civilisation dans sa zone de confort. C’est ce qui explique le déni obstiné des climato-sceptiques qui ont compris, depuis belle lurette que rien ne sera pire que la prise de conscience de l’irréversibilité du réchauffement climatique qui, inévitablement conduira à une situation insurrectionnelle globale contre l’ordre libéral. 

Pour les responsables politiques  il n’y a qu’une seule urgence, ne pas affoler les populations et sauver les capacités de production économique et d’enrichissement financier.

L’indifférence  politique est à la fois un leurre et un risque additionnel à prendre en considération. C’est le seul traitement  que les politiques peuvent administrer dans l’unique but d’éviter leur mise en cause. Eviter de faire des vagues pour ne pas être emporté par un tsunami. Maintenir tout en l’état, amuser la galerie avec le quotidien, les états d’âme des uns et des autres, les faits divers, la peur de l’autre, qu’il soit gendarme ou voleur.

Elle entretient l’espérance cathartique d’une miraculeuse protection des nantis, des « dirigeants », des puissants et de ce qu’ils appellent le monde civilisé, c’est-à-dire le leur.

Elle ne  permet pas de comprendre que, dès aujourd’hui il faut  changer le monde déjà en soins palliatifs.

C’est à cette mobilisation que je souhaite apporter ma contribution en fidélité à ceux qui m’ont convaincu : Haroun Tazieff pour les sciences de la terre et Danielle Mitterrand pour l’altermondialisme. MJ

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