ISLAMO-GAUCHISTE, TOI-MÊME !

L’attaque fulgurante du Gouvernement contre l’OVNI Islamo -Gauchiste laisse pantois. collaborateurs et séparatistes.

ISLAMO-GAUCHISTE, TOI-MÊME !

L’attaque fulgurante du Gouvernement contre l’OVNI Islamo -Gauchiste laisse pantois.

Une fois encore, par opportunisme politique, l’indignation collective est orientée contre tous ceux de nos concitoyens qui refusent  de se laisser entrainer dans un séparatisme aussi morbide que l’islamisme lui-même.

    Le Gouvernement, dans sa soif d’originalité sémantique après un mauvais usage du mot séparatisme a décidé de jouer aujourd’hui le couplet de la dénonciation de l’islamo-gauchisme. Cette chimère de carnaval chinois n’a pour seul objet que de désigner à la vindicte populaire ceux qui refusent une lutte frontale et partisane contre un ennemi intérieur identifié par la seule appartenance à une religion, une culture…(et une race ?). Ainsi faudrait-il désigner d'hypothétiques  porte-bidons  du terrorisme ambiant pour leur malveillance, leur lâcheté ou leur pacifisme et se donner l’illusion qu’ils se  constituent en parti politique.

Sans doute le parti des collabos ?...

   Des collabos qui, pendant les années d’après-guerre se sont constamment engagés contre l’Etat colonial, ont soutenu les opposants aux dictatures, dénoncé les abus de pouvoirs, la peine de mort, les massacres africains, les prédations multiples du capitalisme, la dénonciation des inégalités et des injustices…Des collabos qui ne rêvent que de la réintégration effective de la fraternité dans les valeurs républicaines…des collabos qui portent assistance aux migrants clandestins, qui font vivre la solidarité avec les plus pauvres et les plus faibles…Des collabos qui en ont pris plein la gueule avec la mondialisation, la déréglementation généralisée et la destruction en cours de ce qui fait l’unité de notre espèce.

    Des collabos, bien sûr ! mais collabos des Droits de l’homme et de la Protection des ressources communes du vivant. Ne pourrait-on pas en parler sérieusement plutôt que de se jeter des anathèmes à la figure et de subir cette lobotomie institutionnelle qui divise le peuple dans une période sans repère, sans confiance, sans espérance. Car  la dénonciation des « islamo gauchistes » n’a rien d’idéologique, ce n’est que l’exploitation d’une situation politiquement clivante pour ouvrir opportunément  la campagne présidentielle de 2022. Il n’y a rien à discuter car c’est une instrumentalisation qui flatte tous les conservatismes avec, il faut bien le dire  la complicité intéressée des Etats islamistes totalitaires  comme la Turquie qui ont tout à gagner de nos divisions.

Demander au CNRS de traiter l’islamo-gauchisme comme un fait de société, pourquoi pas ? mais il faut remonter loin dans notre histoire sans faire porter la responsabilité d’une pseudo gangrène à d’authentiques humanistes. Si gangrène il y a dans les universités c’est avant tout celle du mépris des sciences humaines, de l’histoire, de la curiosité et des représentations du monde dans toutes leurs complexités.  Depuis quelques semaines je me sens naturellement visé par cette vindicte … c’est troublant parce que je ne suis ni gauchiste ni islamiste, juste militant de la cause kurde dans le sillage de Danielle Mitterrand. Cependant, je serai toujours de ceux qui dénoncent  l’association de ces deux termes qui fait également  insulte à la Gauche et à l’Islam. Un peu comme le brun qui fait simultanément insulte au vert et au rouge… J’ ai des amis, ici et là qui refusent ce mélange mais qui sont tous d’accord sur un point : l’urgence, aujourd’hui, n’est pas de profiter d’une émotion collective pour appeler à l’union. C’est la ritournelle du jour qui se répète comme l’ultime traitement de la crise sanitaire; mais c’est aussi le slogan des apprentis dictateurs qui ne sont pas encore parvenus à la dernière étape de leur parcours : « tous unis derrière moi ! unissez-vous pour obéir etc. ». Alors que l’urgence, c’est de résister : - A tous ceux qui ont intérêt à désunir notre humanité par un recours insupportable au mensonge, à la domination économique, au chantage, au mépris, à la stigmatisation des faibles, des pauvres et des laissés pour compte ; résister à tous ceux qui veulent poursuivre, à leur seul profit, l’exploitation prédatrice des richesses naturelles ; résister, enfin,  au courant qui entraîne ceux qui refusent d’admettre qu’il est plus important de poser des limites au progrès plutôt que de poursuivre une fuite en avant qui nous précipite vers le chaos.

Méfions-nous de ceux qui fabriquent des mots pour désigner un nouvel ami ou un nouvel ennemi. Dans les deux cas le mot a un arrière-sens, comme on a des arrières pensées…

 MJ

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