Et si la conquête spatiale était devenue enfin utile ?

voir la terre depuis l'espace, la meilleur façon de s'initier à la globalisation de nos responsabilités et de les assumer. Cela pourrait être bénéfique à tous les chefs d'Etat, à commencer par le notre.

Et si la conquête spatiale était devenue enfin utile ?

      A force de me demander si nos dirigeants, c’est-à-dire tous les dominants qui concoctent à leur seul profit un infernal avenir à la planète, sont stupides, pervers ou tout simplement ignorants, j’en suis arrivé à une conclusion qui pourrait donner du sens à l’ouverture de l’aventure spatiale aux friqués en recherche d’émotions nouvelles.

      C’est alors que je me suis souvenu des commentaires des premiers astronautes américains qui, à leur retour sur terre répondaient invariablement aux journalistes, qu’ils ne verraient plus jamais la terre autrement que dans sa fragilité et sa solitude. Plusieurs d’entre eux (je n’ai pas le courage ni la doc pour vous dire qui) ont même consacré beaucoup de temps et d’effort pour expliquer à leurs concitoyens que la protection de la planète était une ardente obligation. Plus récemment, entre deux galipettes didactiques, Thomas Pesquet, notre Thomas Pesquet, s’est souvent exprimé, notamment par ses photos, sur ce thème avec une sincère conviction. En l’écoutant et sans basculer dans un mysticisme scientiste, je me suis évidemment demandé ce que cette sollicitude pouvait apporter comme espérance aux humains doublement victimes des crises sanitaires et de l’urgence climatique.

      Après avoir longtemps douté des intentions commerciales  de Musk, Bezos, et Branson,  et de leur avenir comme tour-opérators de l’espace, je leur ai trouvé une justification. J’espère que tous les écolos voudront bien me suivre dans cette proposition et ne me reprocheront pas une forme d’apologie de l’emballement techno-scientifique. Il me semble que, puisque c’est possible,  cette nouvelle version de l’aventure spatiale devrait profiter dès maintenant à tous les humain-e-s, ici et maintenant, plutôt que de les faire rêver des vertes  prairies qui existent peut-être sur d’autres planètes inaccessibles.

      Alors voilà ; je propose que tous les chefs d’Etat, dès leur élection (ou leur conquête politique) effectuent un voyage circumterrestre de quelques jours avec au choix Musk, Bezos, Branson, Nasa ou autre conquérant des étoiles. Une sorte de baptême de l’espace, pour se convaincre de l’importance de tout ce qu’ils n’ont jamais pris en compte dans leur programme. Tout ce qui concerne l’ensemble indivisible de l’humanité  qu’ils découvriront :  la relativité de leur intentions nationales, l’artificialité des frontières, les prédations ravageuses des terres et des mers, les pollutions visibles à plus de 400 km, les manifestations nouvelles du changement du climat  qui révèlent notre impuissance, l’absence de zones intactes, de refuges et de paradis…

      Oui, 7 milliards d’êtres pensants appartenant à la même et unique espèce, doués de sentiments et d’intelligence, sont contraints là sous leurs pieds de cosmonautes, dans la solitude de leur communauté de destin, de   détruire leur lieu de vie et de consommer des ressources qui ne se renouvellent pas et de détruire les autres espèces à marche forcée. Même les nuits ne sont plus  un temps de repos, en témoignent toutes les lumières qui brillent dès que disparaît le soleil à l’horizon.

     Je propose donc que les Etats offrent à leur nouveau président cette  prise de conscience de tout ce qui ne s’enseigne pas. Que tous les dirigeants soient marqués au fer de cette expérience et se retrouvent liés par une prise de conscience humaniste, c’est-à-dire extra politique,  et le désir de toujours prendre en compte le sort de l’humanité et celui de la planète. C’est, pour l'heure, le seul service utile que la conquête spatiale pourrait rendre à l’humanité.

     Dans le vol inaugural de Elon Musk, il y avait une passagère nonagénaire qui est revenue ravie d’avoir pu réaliser le rêve de sa vie. J’attends avec impatience le jour où Emmanuel Macron fera la même expérience et je serai tout à fait d’accord pour que les frais soient imputables au budget de l’Etat… quoiqu’il en coûte ! 

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