Le revenu minimum universel "pour les Nuls"

Ayant reçu de nombreux commentaires à mon premier billet de Blog, même si une bonne partie est un échange de balles entre archéo- et néo-communistes, écolo profonds ou moins, je tiens à être plus clair et à spécifier ce qui me paraissait évident, sur trois points : 1. Ce qu’il « rapporte » ; 2. Ce qu’il coûte et à qui ; 3. En quoi il est lié à une révision profonde du travail.

 

1.      Le RMU ne supprime pas d’autres allocations, ne diminue pas les salaires et les indemnités de chômage, etc. ; il les complète ou les remplace, si cela représente pour son bénéficiaire une augmentation de revenu.

Par exemple, les allocations familiales. Elles sont, en 2017, d’environ 130 € par mois pour deux enfants et de 296 € pour trois enfants. Si le revenu moyen reçu par un enfant mineur est de 400 € par mois, chaque foyer recevra 800 € pour deux enfants et 1200 € pour trois enfants. Est-il si difficile de comprendre qu’il n’y aura plus besoin d’allocations familiales, de leurs calculs tortueux, de leurs plafonnements variables ?

Par exemple, l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) ou « minimum vieillesse ». Une fois qu’on a compris tous les cas particuliers, les conditions d’accès, les compensations, etc., on retient que l’ASPA est de 800 € par mois pour une personne seule et de 1243 € pour un couple (http://www.la-retraite-en-clair.fr/cid3190636/minimum-vieillesse-minimum-contributif-allocation-solidarite-personnes-agees.html). C’est à peu près le montant du RMU pour une personne et c’est nettement moins que le RMU pour deux personnes, d’autant plus que le RMU est versé à chaque individu, qu’il soit en couple ou non, veuf ou célibataire, ayant ou non des descendants, etc. Il est donc clair que l’ASPA peut disparaitre sans que cela porte tort à quiconque, bien au contraire. D’autant plus que bien des retraités ne sont pas au courant ou ne savent que faire pour réclamer l’APSA ou démontrer qu’ils y ont droit.

Par exemple, les allocations pour adule handicapé (AAH). Elles sont de 808 € par mois « au taux plein » (mai 2016). Les associations d’handicapés trouvent cela très insuffisants : ils ont raison. Avec le RMU, que l’on reçoit indépendamment du fait d’être handicapé ou non, on devra ajouter un revenu plus ou moins important selon que le handicap permet ou non, et plus ou moins, une activité rémunérée. Disons, uniquement pour se donner une idée, 500 € en moyenne par mois. C’est plus qu’un revenu « décent » (l’invention de Terra Nova reprise par Manuel Valls), c’est un revenu suffisant. Reste à savoir qui aura droit à ces 500 € de plus (en moyenne). C’est une question à débattre, car entre les 12 millions recensés par l’INSEE (2015) et les 1.028.800 ayant droit à l’AAH (2015), la marge est grande. Admettons que l’on s’en tienne aux actuels bénéficiaires de l’AAH, nous aurons une dépense – indépendante du RMU – de 6 milliards € par an, au lieu de 8,7 milliards. On ne peut pas dire que c’est un démantèlement de la sécurité sociale.

Par exemple, l’allocation chômage. Elle est en moyenne de 1058 € net, en juillet 2016. Admettons que cette moyenne passe à 1083 € en juillet 2017. Si le RMU, à cette même date, était de 833 € net par mois, il est clair que l’allocation chômage sera maintenue, mais qu’elle devra s’ajouter au RMU. Un chômeur touchant la moyenne aura donc 250 € par mois, en plus de du RMU, et ainsi de suite. Sauf que cela suppose que l er apport à l’emploi ne se modifie pas, alors que le RMU me paraît inséparable d’une réflexion sur le plein emploi  (un emploi garanti même durant les périodes de non-travail – c’est-à-dire de chômage, de congé de maternité, de congé de maladie, de congé pour études, etc.), vaste sujet qui fera l’objet d’un autre article dans ce blog.

Par exemple, le SMIC. Question très controversée : on ne va pas faire « un cadeau » aux employeurs (le cadeau c’est de leur donner des aides à l’emploi sans contrepartie, c’est d’admettre qu’ils fassent d’énormes marges bénéficiaires sous prétexte d’investissement dans la recherche, comme dans l’industrie pharmaceutique), car on exige d’eux qu’ils remboursent à la sécurité sociale le montant du RMU. Si cela paraît compliqué (un transfert de trop, et qu’il faudra contrôler) c’est tout de même plus simple et plus rigoureux que de leur laisser prendre en charge le RMU des salariés, ce qui placerait un tiers des résidents hors circuit de la sécurité sociale. Ceci ouvre tout de même un autre débat : celui du partage du travail salarié (et non de l’emploi : il ne faut pas confondre les deux : on peut être employé sans travail ou en travaillant peu ; on peut travailler sans être salarié (bénévole, indépendants, chef d’entreprise, libéral, etc.). La réduction du temps de travail est inévitable, car c’est une aspiration commune et que l’automatisation en tous domaines va réduire le temps de travail humain. Si on parvient à un « emploi garanti » cette question pourra être entièrement distinguée de la diminution du nombre de chômeurs.

2.      Ce qu’il coûte et qui va payer ?

 Je ne vais pas revenir sur les calculs exposés dans mon précédent article sur le RMU. J’ai pu me tromper dans le détail, mais c’est l’ordre de grandeur qui compte : le RMU ne coûtera pas 400 à 600 milliards € de plus, puisqu’il remplace d’autres dépenses. Un commentateur de bonne foi – Henryrecor – entièrement d’accord avec l’idée du RMU, conteste mon calcul, car j’oublierais les charges sur le RMU.  Si on les prend on compte on arrive à moins de 600 € par. Mais quelles charges ? Ce n’est pas un salaire, il n’ouvre pas à d’autres droits que lui-même, il n’est pas une assurance (chômage, maladie, etc.) où les prestations et les cotisations s’équilibrent. Les seules « charges » qu’il subit ce sont les impôts sur le revenu. Car, bien que j’ai oublié d’en parler, tout le monde paiera des impôts sur le revenu, même à taux très faible. Ce n’est pas donner d’une main pour reprendre de l’autre, car – admettons comme simulation et non comme dogme fiscal – si ceux qui n’ont rien de plus que le RMU paient 2% d’impôt, ils contribuent au trésor public comme tout le monde.

Je persiste à écrire qu’il ne coûtera, in fine, que quelques dizaines de milliards € et non quelques centaines de milliards. Où trouver ces dizaines de milliards manquants ?

Sûrement pas avec l’impôt sur le revenu payé par ceux qui n’ont que le RMU, qui même s’ils étaient 50 % de la population (enfants inclus), « rapporteraient » à l’État 5 à 6 milliards €. Il faudra recourir à une taxation bien plus élevée sur les patrimoines, le laxisme fiscal (ans parler de l’évasion fiscale, très difficile à contrôler) ayant abouti, en 2015, à un montant de 5,22 milliards pour l’ISF, alors que les vingt familles les plus riches de France possèdent 228 milliards € en 2016 (source : http://www.capital.fr/a-la-une/classement-des-francais-les-plus-riches/2016/les-20-francais-les-plus-riches-en-2016). Si ces familles étaient taxées à hauteur de 4% de leur patrimoine – deux fois plus que les détenteurs du seul RMU - , cela ajouterait un peu plus de 9 milliards €, sans mettre ces familles en danger. Si on l’appliquait aux cent plus grosses fortunes (327 milliards en 2016), cela irait jusqu’à 12 milliards €. Nous voici déjà à 18 milliards €. Ce qui devrait suffire.

Les seuls « perdants », si l’on ose dire, seront les plus riches, et dans une proportion qui ne risque pas de les réduire à la mendicité.

Il faut alors se frotter beaucoup les yeux pour lire que : « Ce projet, loin d’être une étape vers le progrès social, n’est qu’une des aberrations engendrées par le néolibéralisme dans notre imaginaire social. L’allocation universelle est, en ce sens, l’expression la plus aboutie de l’utopie du libre marché ». j’aimerais qu’on m’explique comment le blanc se transforme en noir ou le navet en pomme de terre.

Si on rappelle qu’il représentera 25,8 % du PIB prévu en 2017 (590 sur 2287 milliards), et qu’il s’agit d’une nette augmentation du « pouvoir d’achat », notamment de services essentiels (médicaux, dentaires, oculaires, d’habitation, etc.), par les plus pauvres, il est tout à fait clair que c’est une dépense qui rapporte à l’ensemble de la société, contrairement à l’envol des dividendes et des très hauts salaires qui ne profitent qu’une très petite minorité. On peut rêver de révolution socialiste ou communiste ; en attendant, le RMU est un moyen simple de faire sortir de l’angoisse, de l’humiliation et de la misère des millions de personnes.

Et que dire des dépenses qui seraient évitées, si la complexité des systèmes d’allocations, d’indemnisation et de prise en charge étaient simplifiées. Un exemple, parmi des milliers : « Je viens de recevoir du tribunal administratif une ordonnance annulant huit ans de poursuites d'huissiers envoyés par le RSI pour des cotisations concernant une période de deux ans après la liquidation judiciaire de ma petite société. Un plein carton de sommations d'huissiers (à 30 € pièce pour le contribuable).
Et la greffière du tribunal, ainsi qu'une inspectrice assermentée de la CAF, m'ont dit que nous étions entre trente et trente cinq mille dans mon cas en France. »

3. En quoi peut-il aider à refonder les relations de travail et d’emploi.

Si le RMU « donne à chacun plus de liberté de choix d'un emploi, ui va faire les métiers chiants comme éboueurs par exemple ? » D’abord les éboueurs ne sont pas trop mal payés, entre 1235 € et 1749 € net par mois à Paris et travaillent, durement, 28 à 30 ans par semaine. Ils sont le plus souvent fonctionnaires. On n’est donc pas prêt de manquer d’éboueurs !

En revanche beaucoup de métiers à temps partiels sont subis, parce que les horaires sont pénibles, et les personnels traité comme des sous-hommes ; en l’occurrence, le plus souvent des sous-femmes.

Certains métiers à temps plein sont dangereux, épuisants, très monotones, dépourvus de la moindre gratification et, soit ils disparaitront, soit ils devront être réaménagés – au lieu de faire du lean management les DHR devront réellement enrichir les tâches et créer des conditions de travail supportables et agréables, sous peine d’un énorme turn over.

La pression à faire accepter un emploi précaire : CDD (y compris les intérim en CDD), les obligations de se déplacer loin de son domicile ou de sa famille sous peine le licenciement, la pression aux heures supplémentaires non déclarées voire non payées. Le trafic des « esclaves du travail » se sera fortement réduit ou disparaitra.

On peut penser qu’un grand nombre de salariés vont choisir de travailler à temps partiel – ou obtiendront une forte réduction de la durée légale de travail – non par paresse mais parce que le cumul du RMU et d’un travail à durée réduite – 20 heures, 26 heures, 32 heures, etc. – leur suffira pour vivre, ce qui va augmenter le partage du travail et réduire très fortement le chômage structurel. Ajouté au fait que ce choix personnel de travailler moins de temps ne sera plus vécu sous la menace du licenciement.

Ainsi : « Aujourd'hui au delà de ma vie professionnelle (salariée), je passe  beaucoup de temps à ressasser les activités  alternatives que j'aurais aimé exercer, si je n'avais pas eu la pression du ‘’bon salaire’’. Je pense que nous sommes beaucoup dans ce cas. » Oui, sans aucun doute. Beaucoup d’entre nous aimeraient pouvoir se livrer à des activités créatives, humanitaires, culturelles, sportives et autres… avant la retraite.

Lorsqu'on est chômeur - même volontaire comme ce fut mon cas il y a 30 ans, car mon revenu de chômeur était supérieur à mon salaire si j'avais réintégré la fonction publique, dont j'étais en congé depuis 3 ans - on finit par douter de soi, de son utilité sociale, de ses capacités, et on tend à se replier sur soi-même. Même si on n'est pas chômeur, mais qu'on est payé à ne rien faire (chômage technique ou mise au placard) ou à faire des choses sans intérêt, on déprime aussi. Moralité (rapide) : le travail c'est la santé... mentale et ne rien faiore c'est la perdre. Très peu de personnes souhaitent rester sans travail, mais très peu acceptent à un travail qui n'en est pas un

 

Par ailleurs, dire que les machines vont remplacer le travail humain et que le RMU est une façon à peine déguisée de pallier à cette perte massive des postes de travail, est d'une ignorance crasse. Depuis la mécanistation du travail (au XVIIe siècle dans les filatures), on a vu les types de travail se transformer en qualité et en proportion : de l'agriculture manuelle à l'industrie manufacturière, de l'industrie aux métiers du tertiaire, du tertiaire (depuis 20 à 30 ans) aux métiers de régluation, de supervision, de management, etc. Et on peut être certain, avec l'allongement de la durée de vie que les métiers liés aux soins, à l'éducation, à la rcherche soicentifique et technique, à la protection des populations, à la justice, à la culture, au tourisme, aux sports et aux loisirs en général... ne vont qu'augmenter.

 

 

 

 

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